L’entreprise de Québec Medicago a lancé lundi ses «essais cliniques de phase 1» dans les laboratoires de la rue Einstein de Syneos Health.
L’entreprise de Québec Medicago a lancé lundi ses «essais cliniques de phase 1» dans les laboratoires de la rue Einstein de Syneos Health.

Candidat vaccin de Medicago contre la COVID-19: les essais sur des humains lancés à Québec

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Son candidat vaccin contre la COVID-19 a été réalisé à Québec, et c’est aussi ici qu’il a commencé à être testé sur des humains : l’entreprise de Québec Medicago a lancé lundi ses «essais cliniques de phase 1» dans les laboratoires de la rue Einstein de Syneos Health, une compagnie spécialisée dans les essais cliniques. Mais qu’est-ce que cela veut dire, au juste? À quoi cela sert-il? Que recevront les participants? Le Soleil s’est entretenu avec la directrice des affaires scientifiques et médicales de Médicago, Nathalie Charland, afin d’y voir plus clair.

Le Soleil: Les essais de phase 1 servent en général surtout à vérifier la sécurité d’un médicament ou d’un vaccin, même s’il peut y avoir des données sur l’efficacité qui sont colligées en même temps. C’est le cas encore ici?

Nathalie Charland: Oui, c’est bien ça, sauf que ce n’est pas l’efficacité du vaccin à proprement parler qu’on va regarder, mais plutôt l’immunogénicité : on va déterminer, par exemple, le niveau d’anticorps que le corps produit après avoir reçu le vaccin. On ne pourra pas dire, cependant, que tel niveau d’anticorps équivaut à être immunisé, même si le fait de produire des anticorps sera considéré comme un pas dans la bonne direction.

On va aussi tester différentes formulations du vaccin, c’est-à-dire différentes combinaisons de doses et d’adjuvants (des substances qui stimulent la réponse immunitaire et augmentent généralement l’efficacité des vaccins).

LS: Concrètement, comment ça va se passer pour les participants? Ils vont recevoir combien de doses du vaccin? Seront-ils suivis pendant plusieurs semaines?

NC: On va commencer par prendre une prise de sang, afin d’avoir un «point de départ» qui va permettre de mesurer l’effet du vaccin. Chaque participant va ensuite recevoir une formulation ou une autre du vaccin, et ça va se faire en deux doses : une première administrée à partir de lundi, puis une deuxième au bout de 21 jours.

Et en tout temps, on mesure l’innocuité du candidat vaccin. Quand on injecte quelque chose, c’est sûr qu’il peut y avoir des réactions locales comme des rougeurs ou une petite bosse. Certains participants peuvent faire un peu de fièvre aussi, ce sont des effets secondaires bénins auxquels on s’attend. Le suivi va ensuite s’étendre jusqu’à 6 mois, ce qui est un suivi normal pour un candidat vaccin afin de voir s’il y aurait des effets secondaires à retardement.

LS: Vous visez 180 volontaires dans cet essai clinique. Avez-vous eu de la misère à recruter?

NC: Non, on n’a pas eu de difficulté. En fait, je peux vous dire que dès le 12 mars, quand on a annoncé qu’on avait un candidat vaccin, on recevait des appels de gens qui voulaient le tester, alors on ne s’attend pas à avoir des problèmes de recrutement.

LS: Medicago prévoit être en mesure de produire 100 millions de doses de vaccin d’ici la fin de 2021. Est-ce un «meilleur des scénarios» ou une prévision conservatrice?

NC: En fait, on veut commencer la production du vaccin pendant les essais cliniques de phase 2 et 3, qui servent à mesurer l’efficacité, qui sont prévus cet automne. On lancerait alors la production en espérant que les résultats prouveront son efficacité et permettront une mise en marché dans la première moitié de 2021. Parce que pour produire 100 millions de doses, ça prend du temps.

Déjà, il a fallu beaucoup accélérer le processus pour en arriver à ça. En mars dernier, on parlait de finir les essais de phase 3 d’ici la fin de 2021, et là on parle de fin 2020. On a fait en trois ou quatre mois ce qui prend habituellement de cinq à six ans.

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Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée parce qu'elle indiquait que certains des participants à l'essai clinique allaient recevoir un placebo, ce qui ne sera pas le cas.