Le tramway toujours loin de séduire les banlieues

Image du tramway à l'intersection de l’avenue Roland-Beaudin et du Boulevard Hochelaga.

L’appui au tramway se bute encore aux limites de son tracé. Le dernier sondage de l’administration Marchand montre une baisse de l’appui public au projet, et véritable fracture entre les citoyens des quartiers que traverserait le tramway et ceux des arrondissements en périphérie.


Le sondage, mené par la firme Léger auprès de 1005 répondants de Québec, conclut que 54% des citoyens ont une mauvaise opinion ou une très mauvaise opinion du projet de tramway. Quelque 36% disent bien ou très bien voir l’arrivée d’un tramway à Québec, alors que les 10% restants disent ne pas connaître suffisamment le projet pour en avoir une opinion.

Le coup de sonde marque une baisse de l’appui populaire au projet et souligne la fracture entre les résidents des quartiers où devrait passer le tramway et ceux des quartiers périphériques.

Alors que les citoyens de Sainte-Foy (55 %) et de La Cité-Limoilou (51 %) au fait du projet porté par l’administration Marchand l’appuient majoritairement, les résidents de Beauport (31 %), de La Haute-Saint-Charles (29 %), de Charlesbourg (35 %) et du quartier Les Rivières (29 %) ont une vision bien plus négative du projet.

Correction

Une précédente version de cet article indiquait que 60% des répondants du sondage avaient une opinion négative du projet, contre 40% avec une opinion positive. Ces données, présentée par la Ville de Québec, prenaient en compte la répartition des indécis (10%). Lors des précédents sondages, l'administration Marchand présentait plutôt le niveau d'appui avant la répartition des indécis.

Bruno Marchand ne s’étonne pas de voir les quartiers qui pourront profiter d’un éventuel tramway appuyer davantage le projet.

« Si vous voulez savoir si les gens sont pour le tramway, regardez où il passe. »

—  Bruno Marchand, maire de Québec

Tout comme la vice-présidente de la firme Léger, Cyntia Darisse, le maire de Québec considère les résultats comme « stables » et « cristalisés ».

La période où le sondage a été mené, entre le 28 septembre et le 10 octobre, était « intense et pas facile pour le projet de tramway », a noté le maire. Alors que Léger sondait, la CAQ a subi une dure défaite dans Jean-Talon, ramené le projet de troisième lien sur la table et promis une « consultation sur la mobilité dans la grande région de Québec ».

Mais cela ne « semble pas avoir eu d’impact » sur les résultats du coup de sonde, a estimé la représentante de Léger.

Les résultats détaillés du coup de sonde réalisé par l'administration Marchand indiquent une grande différence entre l'appui dans les quartiers où devrait passer le tramway et ceux qui en sont plus éloignés.

Lors du dernier coup de sonde, réalisé en septembre dernier par SOM-Le Soleil, l’appui au projet de tramway accusait une importante chute, alors que le maire Marchand annonçait que la facture serait plus salée que prévu.

À peine 32 % des 344 répondants de la région de Québec se disaient en faveur du tramway, soit une glissade de cinq points de pourcentage depuis le sondage précédent, publié en avril. Depuis le début de 2023, l’appui populaire au tramway a dégringolé de 12 %.

Les trois derniers sondages menés par l’administration municipale en janvier, mai et octobre 2022 situaient les appuis au projet entre 41 % et 44 %.

Dans tous les cas, Bruno Marchand ne compte pas s’enfarger dans la quête d’acceptabilité sociale pour continuer à mener son projet, même si le gouvernement Legault laisse entendre qu’il est de sa responsabilité de s’assurer de l’appui des citoyens.

« On ne pourra jamais dire qu’on aura obtenu l’acceptabilité sociale », a estimé le maire de Québec, parlant d’une donnée « qui bouge [et] qui va continuer de bouger ». Mais il espère pouvoir rallier encore quelques citoyens au projet. « Est-ce que 40 % c’est suffisant? Non. »

« Ce qui me rassure le plus, c’est l’idée que les arrondissements qui sont touchés sont favorables. »

—  Bruno Marchand, maire de Québec
Le modèle proposé par le géant français est le Citadis Spirit.

Le prix avant tout

Le sondage rendu public par l’administration Marchand confirme également l’appétit des citoyens de Québec pour les détails financiers du projet de tramway, attendus depuis des mois. Alors que 65 % des répondants du coup de sonde s’affirment « très ou assez familiers » avec le projet proposé, 35 % d’entre eux affirment ne pas l’être.

Et parmi les 805 répondants qui se disent « assez, peu ou pas du tout familiers » avec le tramway, la question du prix est en tête des informations jugées manquantes pour se faire une tête sur le projet.

Quelque 57 % de ceux-ci désirent en savoir davantage sur les coûts du tramway avant de se dire « très familiers » avec le projet. Les répondants veulent aussi être plus informés sur les impacts sur la circulation dans les quartiers que promet de traverser le tramway et la localisation prévue des stations pour se considérer bien au fait de la proposition.

Les consortiums intéressés à participer à la construction du tramway ont jusqu’au 2 novembre prochain pour déposer leurs propositions à la Ville de Québec. Ce n’est qu’à ce moment que les élus pourront discuter publiquement du prix revu du tramway, qui sera immanquablement propulsé à la hausse par l’inflation.

Mais l’administration municipale signale qu’elle pourrait encore attendre des semaines, voire des mois, avant de dévoiler publiquement le budget du projet de tramway, selon la vitesse des négociations qui pourraient avoir cours entre la Ville et les consortiums intéressés.

Le maire de Québec, Bruno Marchand, promet qu'il continuera à défendre son projet de tramway.

Les phases deux et trois pour convaincre

Bruno Marchand analyse que les résidents des quartiers éloignés du tracé proposé sont plus réticents au tramway parce qu’ils ne s’imaginent pas pouvoir en profiter. Mais le maire de Québec croit que la présentation d’un plan « global » sur la mobilité sur le territoire de sa ville pourrait les convaincre du bienfondé du projet, pour l’instant réservé au centre-ville et à Sainte-Foy.

Bruno Marchand espère pouvoir présenter « le plus vite possible » une vision long terme « qui répond aux aspirations » des banlieues, notamment par d’éventuelles phases 2 ou 3 de tramway se rendant dans des quartiers excentrés.

« C’est normal que lorsqu’il n’y en a pas pour vous, que ça ne passe pas dans votre quartier, du moins dans la première phase, que vous soyez davantage contre ce projet », a convenu le maire, qui croit qu’une telle vision pourrait rendre le tramway plus acceptable pour les résidents des banlieues.

« C’est évidence que, ce qu’on n’offre pas aux gens, on ne peut pas leur demander d’être d’accord. C’est normal. »

—  Bruno Marchand, maire de Québec

Le maire a également juré être en train de travailler avec la CAQ sur une proposition pour améliorer la desserte des banlieues de Québec, tel que promis par les deux niveaux de gouvernement. « Présentement, ce qu’on travaille avec le gouvernement, c’est quelque chose de plus large que juste un projet de tramway qui va couvrir l’ensemble de la ville. »

« Ça ne veut pas dire que [l’appui] serait à 50 % si le tramway faisait tout le tour de la ville, a toutefois nuancé le maire. Mais les chiffres seraient beaucoup plus hauts », a-t-il estimé.

Image du tramway près du boulevard Pie-XII.

Une analyse que partage le chef de Québec d’abord, Claude Villeneuve. Tout comme le maire, l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Québec estime que la présentation de nouvelles options de mobilité vers les banlieues améliorerait l’appui en périphérie. « Si on montrait aux gens la suite, ça susciterait de l’intérêt et de l’adhésion », a-t-il convenu.

L’opposition dénonce tout de même un « manque de leadership » du maire Marchand, l’accusant de ne pas être allé à la rencontre des résidents des banlieues pour les convaincre du bienfondé du tramway. « Bruno Marchand a aussi beaucoup magané le projet pendant la campagne [électorale de 2021] », a noté M. Villeneuve.

Équipe priorité Québec, farouchement opposée au projet, a pour sa part laissé planer le doute sur la légitimité du sondage, mené par Léger. « Trouvez-moi un projet dans le monde entier où on se satisfait que 60% des gens sont contre le projet? », a martelé Stevens Mélançon, conseiller de Chute-Montmorency-Seigneurial.