Ensemble, de Wartin Pantois, figure dans la nouvelle exposition permanente de l’Assemblée nationale qui met en relief l’art comme forme d’engagement social et politique au Québec.

Wartin Pantois entre à l’Assemblée nationale

L’artiste connu sous le pseudonyme de Wartin Pantois fera officiellement son entrée à l’Assemblée nationale samedi matin. Une photo de l’une de ses œuvres de street art a été sélectionnée pour faire partie d’une exposition permanente dans la galerie des présidents de l’hôtel du Parlement aux côtés d’œuvres d’artistes reconnus comme Jordi Bonnet et Armand Vaillancourt.

La nouvelle exposition permanente, qui sera lancée samedi, s’intitule Inspirer et met en relief l’art comme forme d’engagement social et politique au Québec, du XXe siècle à aujourd’hui, en mettant en valeur diverses formes d’expression comme la littérature, la chanson, le cinéma, l’humour et les arts visuels à travers des œuvres, des photos et des artefacts.

«Bien honnêtement, j’ai été surpris quand j’ai reçu un courrier électronique de l’Assemblée nationale, qui voulait une photo d’une œuvre que j’ai faite dans la rue, c’est-à-dire celle appelée Ensemble et créée pour rendre hommage au Centre multiethnique de Québec», raconte au bout du fil l’artiste qui s’était entre autres fait connaître il y a quelques années pour ses silhouettes blanches de cyclistes et de piétons mortellement happés dans Saint-Roch et ses portraits grandeur nature réalisés sur deux portes barricadées d’un immeuble à l’abandon de la rue Christophe-Colomb Est pour dénoncer les évictions de locataires.

Réflexion

Au-delà de la surprise, l’artiste engagé plus habitué à travailler avec des organismes communautaires et des collectifs citoyens qu’avec des institutions politiques avoue avoir réfléchi avant d’accepter. «Je me demandais si c’était une forme de récupération, de légitimité que j’accordais à cette institution que je pourrais plutôt questionner. Mais après réflexion, je me suis dit que c’était quand même mieux de participer», poursuit-il. «C’est intéressant, car je m’infiltre habituellement dans la rue, dans des endroits où on ne s’attend pas nécessairement à voir de l’art. Cette fois, c’est comme si je m’infiltrais à l’Assemblée nationale.»

Wartin Pantois avoue également qu’il apprécie le fait que l’œuvre choisie soit Ensemble dans une période où le débat sur les signes religieux fait rage. «Sur l’œuvre, il y a une femme portant le voile, un homme portant le turban... J’ai créé Ensemble en 2017 alors que je revenais d’un séjour au Portugal et en Allemagne et que de récentes manifestations de groupes identitaires de droite donnaient une image que je considère un peu réduite de la Ville de Québec», poursuit-il.

Diversité d’opinions

C’est pour contrer cette image médiatique qu’il a choisi de s’inspirer du Centre multiethnique, qui fait un travail de fond afin de venir en aide aux immigrants de la capitale. «Même si je suis athée et que, pour moi, la religion n’est pas quelque chose d’important, cette œuvre montre aussi la diversité des croyances religieuses, les rend visibles. Je trouve que c’est quand même à propos, ça me fait penser qu’il n’y a pas de pensée unique au Québec», explique-t-il.

En même temps, l’artiste ajoute que le fait que l’Assemblée nationale souhaite exposer cette œuvre lui redonne une certaine confiance en nos institutions. «Au-delà du fait que je trouve assez touchant et que je considère comme une marque de reconnaissance le fait qu’on m’invite à présenter une œuvre, je crois aussi que d’une certaine façon, ça démontre que nos institutions approuvent une certaine diversité des opinions», conclut-il.