Delphine et Eunice Banza, 18 ans et 17 ans, ne pourront peut-être pas partir en voyage humanitaire avec leurs camarades de classe de l'école secondaire Vanier. Leur tante Yollande Osang ne comprend pas ce qui bloque leur dossier.
Delphine et Eunice Banza, 18 ans et 17 ans, ne pourront peut-être pas partir en voyage humanitaire avec leurs camarades de classe de l'école secondaire Vanier. Leur tante Yollande Osang ne comprend pas ce qui bloque leur dossier.

Voyage scolaire: minuit moins une pour deux réfugiées congolaises de Québec

Deux élèves de l’école secondaire Vanier, réfugiées congolaises arrivées à Québec en 2014 sans leurs parents, demandent l’intervention du gouvernement fédéral pour que leur demande de citoyenneté aboutisse. Sans ce sésame donnant droit à un passeport, les sœurs ne pourront s’envoler avec leurs profs pour un voyage humanitaire au Costa Rica, fin février.

«Ça nous déchire le cœur. On part avec 15 élèves, on trouverait ça plate de les laisser à Québec», laisse tomber Martin Ouellet enseignant de physique. «On ne comprend pas pourquoi c’est long comme ça.»

«C’est digne de la maison des fous dans Les 12 travaux d’Astérix où il faut se procurer le laissez-passer A -38, ajoute-t-il. De nombreux problèmes et délais administratifs semblent faire en sorte que leur départ est compromis.»

«Il y a un blocage quelque part. […] Ça a assez duré», déplore une autre prof, Audrey Simard. «Le délai est extrêmement court. Il est minuit moins une pour qu’elles obtiennent leur citoyenneté.»

«C’est difficile»

Nous voici donc à l’école secondaire Vanier, attablés avec Delphine et Eunice Banza, 18 ans et 17 ans. Se joint à nous la tante Yollande Osang qui s’occupe des quatre enfants de la fratrie tandis que les parents sont toujours en Ouganda.

«C’est difficile», s’épanche Eunice. «On a fait beaucoup de financement pour participer à ce voyage-là. C’est comme si c’était pour rien.» Vente de bûches, de fromage, de chocolat; quilles; friperie, emballage des courses dans des épiceries… Elles ont multiplié les activités caritatives afin d’amasser les 2700 $ requis.

Mais, entre-temps, leur démarche de citoyenneté entreprise durant l’été 2018 n’a pas été couronnée de succès. 

«Je suis déçue», exprime Delphine. «À ce stade-ci, moi, dans ma tête, c’est que je ne pars pas…»

Pourtant, les deux filles ont visité New York et Washington avec leurs enseignants durant les dernières années. Leur statut de résidentes permanentes a, ces fois-là, suffi à obtenir un visa.

Qu’est-ce qui bloque maintenant ? La tante et tutrice, Yollande Osang, explique que le Costa Rica a des exigences pointues pour les résidents permanents. Entre autres de fournir des documents de naissance du pays d’origine traduits en espagnol : «Là où on était [au Congo], on a brûlé tout… On n’a même pas de passeport congolais.» Elles ont fui un conflit armé, dit-elle.

Incompréhension

Il est donc apparu plus porteur d’investir les efforts dans l’obtention de la citoyenneté canadienne. D’où la demande déposée en août 2018, indique Mme Osang.

Mais il y a eu des ratés. Mal compris, les formulaires n’ont pas été remplis selon les exigences. Des corrections ont cependant été apportées à plusieurs reprises afin de satisfaire l’État, explique-t-elle. Puis l’incompréhension s’est installée entre le gouvernement et la famille de Québec.

En août, la troupe a contacté le député fédéral Jean-Yves Duclos. «Il nous a beaucoup aidés.» 

Mais le dossier est toujours à l’étude. Et le délai pour obtenir un passeport avant le départ pour le Costa Rica rétrécit.

Nous avons interpelé le cabinet du député de Québec et président du Conseil du Trésor Jean-Yves Duclos. «On est au courant du dossier. M. Duclos suit très attentivement le dossier», assure son attaché de presse Karl Sasseville.

Nous avons aussi interpelé le cabinet du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino. Le directeur des communications, Mathieu Genest, devait nous rappeler. Au moment de publier cet article, nous étions en attente de ses explications.