Après avoir reçu des chèques puis des dépôts directs du gouvernement fédéral l'an dernier, Jean-Philippe Harvey doit maintenant rembourser, mais il se bute à un nouveau dédale administratif.

Vouloir rembourser le fédéral... sans succès

Pour la deuxième fois en un an, Jean-Philippe Harvey est pris avec un drôle de problème, gracieuseté du système de paye fédéral Phénix. Lui qui recevait des chèques pour lesquels il n'avait pas travaillé, il y a 11 mois, il n'arrive maintenant pas à rembourser au gouvernement les quelques milliers de dollars reçus indûment.
En septembre dernier, Le Soleil vous racontait l'histoire de celui qui, après avoir travaillé un total de trois jours à Emploi et Développement social Canada, ne cessait de recevoir des chèques de 1052 $, chaque deux semaines, de la part de son ancien employeur. Craignant de perdre ses prêts et bourses en raison de son revenu gonflant, l'étudiant n'encaissait pas les chèques et avait appelé le Centre des services de paye de la fonction publique pour faire arrêter les paiements. Deux semaines plus tard, on lui versait encore 1052 $, mais par dépôt direct.
«Ils ont arrêté de me payer peu de temps après la publication de l'article», raconte aujourd'hui Jean-Philippe Harvey. N'empêche, il avait finalement encaissé plus de 3000 $ indûment. L'automne dernier, il reçoit un courriel du fédéral l'avisant de la somme exacte qu'il doit au gouvernement. «Ils n'ont pas téléphoné ni envoyé de lettre, seulement un courriel qui s'est ramassé dans mon courrier indésirable.»
Heureusement, le message rejoint son destinataire, qui appelle au numéro de téléphone indiqué. «Je voulais les détails du montant que je devais et connaître les modalités de paiement. Au téléphone, on m'a expliqué dans un français encore une fois très approximatif que mon dossier était transféré à un autre employé, qui me rappellerait.»
Des mois d'attente
M. Harvey demande alors s'il peut avoir un numéro de téléphone pour joindre lui-même l'employé responsable de son dossier, si jamais il n'a pas nouvelles. «On m'a dit non. Que c'était quelque chose qui restait à l'interne.»
«Six ou sept mois» plus tard, toujours pas de signe de vie du fédéral. Ni courriel ni appel téléphonique, le résident de Québec attend toujours. Il ne savait d'ailleurs pas trop comment gérer les quelques milliers de dollars dans sa déclaration de revenus de 2016. Alors que plusieurs cherchent à signer le plus petit chèque possible à l'agence du revenu du Canada, la situation de Jean-Philippe Harvey était plutôt inhabituelle.
Il a plus de 3000 $ à redonner au gouvernement, mais n'y arrive pas.
Phénix toujours problématique
Dans ses entretiens avec Le Soleil, Jean-Philippe Harvey a toujours souligné que son cas était plutôt mineur. Contrairement à bien des travailleurs fédéraux canadiens, il ne s'est jamais retrouvé dans une situation financière précaire parce qu'il n'était pas payé pour ses heures travaillées.
Depuis 17 mois, les nombreux problèmes qu'a connus le système de paye automatisé Phénix ont été bien documentés. Conçu sous l'essor du gouvernement conservateur, à partir de 2009, au coût de 300 millions $, Phénix devait permettre des économies de 70 millions $ par an. Son entrée en fonction, en 2016, a plutôt mené à un fiasco sans fin.
En avril, des employés fédéraux ont manifesté simultanément dans neuf municipalités québécoises pour dénoncer les problèmes persistants qu'ils éprouvaient pour être payés. Fin mai, plus d'un an après la mise en marche de Phénix, le gouvernement fédéral annonçait le rappel au travail de 200 employés préalablement congédiés afin de tenter de régler les problèmes du système défectueux. L'annonce, qui portait le nombre d'employés travaillant sur le système Phénix à 500, a nécessité un investissement de 142 millions $.  Avec La Presse canadienne