La charge virale (en présumant qu’elle joue un rôle) n’est pas le seul facteur qui influence la gravité d’une infection.
La charge virale (en présumant qu’elle joue un rôle) n’est pas le seul facteur qui influence la gravité d’une infection.

Un seul virus pour rendre malade?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Un travailleur de la santé régulièrement en contact avec des personnes contaminées risque-t-il, s’il contracte la COVID-19, d’avoir des symptômes plus importants que quelqu’un qui a attrapé la maladie à la suite d’un bref contact avec un individu infecté?» demande Johanne Martin, de Neuville.

De son côté, Pascal Renaud pose une question très reliée : «Suffit-il d’un seul virus pour rendre malade? Autrement dit, y a-t-il un nombre minimum de particules virales à partir duquel on peut être infecté?»

R: En théorie, un seul virus peut suffire à rendre malade, pour peu qu’il parvienne à infecter une cellule et s’y faire répliquer. En pratique, cependant, les chances sont extrêmement minces, voire négligeables, pour que cela se produise avec une seule particule virale. Car même chez quelqu’un qui n’a pas d’anticorps, le système immunitaire a d’autres moyens de repousser les envahisseurs, et la maladie a de meilleures chances de les contourner s’il y a beaucoup de virus que s’il y en a un seul.

Et puis, les virus ne peuvent entrer dans une cellule que si les protéines à leur surface parviennent à s’accrocher à certains récepteurs spécifiques sur la membrane cellulaire, mais ils sont totalement incapables de bouger ou de se déplacer par eux-mêmes. Alors le hasard doit faire en sorte que la protéine virale arrive vis-à-vis du bon récepteur — et à ce jeu comme à la loterie, plus la maladie a de «billets», meilleures sont ses chances de «gagner».

À l’heure actuelle, dit Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les virus émergents à l’Université Laval, «on ne connaît pas la dose infectieuse [ndlr : le nombre minimal moyen de particules virales qu’il faut pour infecter quelqu’un] pour la COVID-19». Mais il est assuré que c’est nettement plus que 1. À titre de comparaison, on estime qu’il en faut autour de 18 pour les norovirus qui donnent la gastro — et ce sont des virus très contagieux.

Maintenant, est-ce qu’être exposé à plus de virus dès le départ, comme le personnel de la santé, signifie que les symptômes seront plus sévères? Ça non plus, «ce n’est pas clair encore», indique DBoivin.

Ça pourrait bien être le cas puisque si la «dose» initiale est plus grande, cela implique que le virus part avec une longueur d’avance dans sa réplication. Alors au bout d’un certain temps, les particules virales seront donc plus nombreuses dans l’organisme que si la dose initiale avait été moindre. Dans certaines maladies comme la grippe, on sait que plus il y a de virus dans le corps, pires sont les symptômes en moyenne, mais les données dont on dispose présentement au sujet de la COVID-19 ne permettent pas de le déterminer avec certitude. 

Deux études contradictoires sont en effet parues à ce sujet dans la revue médicale The Lancet au cours du mois de mars. L’une a trouvé que «la charge virale [ndlr : le nombre de virus dans l’organisme] était environ 60 fois supérieures chez les cas sévères que dans les cas modérés, ce qui suggère qu’une charge virale plus élevée pourrait être associée à des résultats cliniques plus graves». L’autre n’a cependant observé aucune association entre la charge virale et la sévérité des symptômes. Il faudra donc attendre avant d’être fixé.

Par ailleurs, précise Dr Boivin, la charge virale (en présumant qu’elle joue un rôle) n’est pas le seul facteur qui influence la gravité d’une infection. D’autres, comme une réponse inflammatoire trop forte (cela arrive chez certains patients) par exemple, peuvent aussi entrer en ligne de compte.

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