Un petit jogging pour purger la COVID-19?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Je me demandais si le fait de faire un exercice intense et régulier peut aider notre organisme à combattre les maladies infectieuses. J’entends souvent une “rumeur” voulant que lorsque l’on active notre organisme, on active par le fait même notre système immunitaire. Mais j’ai aussi déjà entendu une autre “croyance” qui affirme le contraire, c’est-à-dire que l’exercice intense affaiblit le système immunitaire. Qu’en est-il?», demande Marc Plamondon, de Québec.

R: Il ne fait absolument aucun doute que l’activité physique est excellente pour la santé en général et qu’à ce titre, elle aide toutes les fonctions de l’organisme — le système immunitaire comme le reste. Mais au-delà de cet effet général, est-ce que l’exercice a un effet plus spécifique et direct sur nos défenses naturelles? Ici, les choses deviennent moins claires.

Bien des chercheurs en immunologie croient que oui. «L’exercice physique aide non seulement le système immunitaire à lutter contre les maladies, les bactéries courantes et les infections artérielles, mais [aussi à] synthétiser les globules blancs [NDLR : des cellules immunitaires] et à augmenter la résistance globale du corps, ainsi que le risque de maladies cardiaques, de cancer, etc. Cela réduit l’ostéoporose. De plus, l’adaptation due à l’exercice physique favorise le développement du système immunitaire humain», m’a écrit Amir Hossein Momen, post-doctorant en immunologie à l’UQAC, lors d’un échange de courriels.

M. Momen cite notamment à l’appui une étude parue en 2006 dans l’American Journal of Medicine qui a suivi 115 femmes «sédentaires» pendant un an. La moitié d’entre elles ont été soumises à un régime de 45 minutes d’exercice modéré cinq jours par semaine alors que l’autre moitié n’a fait que des étirements et est donc demeurée largement inactive. Pendant les trois derniers mois de cette expérience, les femmes du second groupe ont fait trois fois plus de rhumes que celles qui s’entraînaient.

Et M. Momen n’est pas le seul de cet avis — certains articles parlent même d’un «consensus» au sujet de l’exercice modéré.

Cependant, on peut aussi trouver d’autres sources très solides qui ne font pas la même lecture de la littérature scientifique. Ainsi, l’encyclopédie médicale en ligne Medline Plus, tenue à jour par la National Library of Medicine aux États-Unis, indique plutôt que «nous ne savons pas exactement si et comment l’exercice améliore l’immunité à certaines maladies». Même son de cloche du côté de l’école de médecine de l’Université Harvard : au-delà de l’effet général, «un lien bénéfique direct sur l’immunité n’a pas été établi pour l’instant».

La même incertitude semble prévaloir au sujet de l’exercice intense. Certains résultats suggèrent que les athlètes très entraînés sont plus vulnérables aux infections que les autres. Par exemple, une étude portant sur 2300 coureurs inscrits au marathon de Los Angeles a trouvé que ceux qui s’entraînaient sur près de 100 km par semaine avaient un risque d’infection deux fois supérieur à ceux qui couraient moins de 32 km/sem. En outre, parmi quelque 1800 d’entre eux qui ne montraient aucun symptômes une semaine avant le marathon, près de 13 % sont devenus malades dans les sept jours suivant la course — contre seulement 2 % pour 134 coureurs qui ont choisi de ne pas participer pour des raisons autres que la maladie.

Mais tous les chercheurs ne sont pas d’accord avec ces résultats et, dans la revue médicale Frontiers in Immunology en 2018, certains ont même qualifié de «mythe» l’idée qu’un exercice intense puis déprimer le système immunitaire. Pas plus tard qu’en janvier dernier, la revue savante Exercise Immunology Review a tenté de rapprocher les deux camps, mais sans grand succès.

Bref, il n’est pas clair si l’exercice renforce directement et spécifiquement le système immunitaire ou s’il agit d’un effet plus général. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’exercice «aide», c’est sûr. D’une part parce qu’il vaut toujours mieux tomber malade en forme que l’inverse. Et d’autre part parce que l’exercice prévient l’obésité qui, elle, a des effets nuisibles connus sur le système immunitaire.

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