Quelle proportion des tests sont positifs ?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q : «Je me questionne sur les chiffres qui nous sont fournis concernant la pandémie. Quel sens doit-on donner au nombre de nouveaux cas détectés si on ne connait pas le nombre de tests de dépistage effectués ? En faisant moins de tests, nous aurions clairement moins de cas, mais cela ne voudrait pas dire grand-chose. Est-ce que le pourcentage de tests positifs ne serait pas un meilleur indicateur ?», demande Guy Dufresne, enseignant-physicien, de Stoke.

R : En théorie, oui, cela donnerait une meilleure idée de l’évolution de l’épidémie. Les «taux de positivité» (le nombre de positifs sur le nombre total de tests) sont d’ailleurs un des principaux indicateurs utilisés pour monitorer les «saisons de grippe» : au Québec, entre 2000 et 6000 tests d’influenza sont faits par des «laboratoires sentinelles» chaque semaine pendant l’hiver, et l’on se sert de la proportion de test positifs pour délimiter le début et la fin de la saison de la grippe (le seuil est de 5% de tests positifs) et pour déterminer le pic de l’épidémie (généralement autour de 30 à 40% de tests positifs).

Toujours en principe, on pourrait faire la même chose avec les tests de COVID-19. D’ailleurs, une étude parue dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) il y a quelques jours a justement suivi le pourcentage de tests positifs dans l’État de Washington, qui fut l’un des premiers et les plus durement touchés en Amérique du Nord. Au début du mois de mars, les taux de positivité là-bas avoisinaient les 4-5 % en cliniques externes et de 10 % dans les urgences, mais ils ont augmenté jusqu’à environ 13 et 17 % respectivement. Ce pic a été atteint dans les jours suivants l’instauration de mesures de confinement dans tout l’État, puis a été suivi par des baisses très nettes par la suite. Les auteurs de l’étude y voient un signe que la distanciation sociale a fait reculer la maladie.

J’ai calculé les taux positivité pour le Québec à partir des données du site de la Santé publique, mais on ne peut malheureusement pas en tirer grand-chose (j’y reviens tout de suite). Environ 2 % des personnes testées étaient positives au début de mars (moyenne sur 7 jours), et la proportion s’est accrue jusqu’à 20 à 25 % à la fin de mars, puis elle semblait vouloir diminuer par la suite, mais elle est remontée et se maintient depuis dans les mêmes eaux (20-25 %). (Bien noter ici que les chiffres de la Santé publique ne portent sur le nombre de tests effectués, mais sur les personnes testées, chacun pouvant avoir été testée plus d'une fois.)

Est-ce à dire que la distanciation n’a pas fonctionné au Québec ? Non, répond Dr Guy Boivin, titulaire de la Chaire de recherche sur les virus émergents à l’Université Laval, cela signifie simplement qu’«on ne peut pas comparer (dans le temps parce qu’ici) les politiques de dépistage ont varié à de multiples reprises».

Dans l’État de Washington, les efforts de dépistage ont visé sensiblement les mêmes «cibles» tout au long de la période étudiée dans l’étude du JAMA (1er mars au 16 avril), mais au Québec ils ont été continuellement revus. Jusqu’au 30 mars, lit-on sur le site du Ministère de la Santé, les tests étaient dirigés en priorité vers les voyageurs qui revenaient de l’étranger et qui montraient des symptômes, et vers les patients hospitalisés et montrant des symptômes comparables à ceux de la COVID-19.

À partir du 30 mars, les règles de priorité ont été redirigées vers la «transmission communautaire» (hôpitaux, CHSLD et personnel soignant surtout) et a délaissé les voyageurs. Ces nouvelles priorisations ont été revues (de façon mineure) le 11 avril, puis encore le 1er mai. Depuis cette date-là, les efforts de dépistage sont concentrés vers les régions les plus touchées, qui reçoivent 80 % des tests disponibles (et les règles de priorité ont encore été légèrement modifiée).

Cela a l’avantage de déployer les tests, qu’on ne peut pas faire en nombre infini, dans les endroits la COVID-19 est la plus répandue et auprès des clientèles les plus vulnérables. Du point de vue des soins à la population, c’est sans doute ce qui est le plus efficace. Mais cela implique qu’on ne peut pas utiliser le taux de tests positifs pour suivre l’évolution du coronavirus parce qu’on n’a aucun moyen de savoir si les changements enregistrés reflètent la progression réelle du coronavirus ou les politiques de dépistages successives.

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Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée afin de bien clarifier que les statistiques de la Santé publique indiquent non pas le nombre de tests effectués ou positifs, mais bien le nombre de personnes testées/positives.

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