Dans le Purell, en gel ou en mousse, c’est l’alcool qui fait le travail de désinfection des mains, selon le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer.
Dans le Purell, en gel ou en mousse, c’est l’alcool qui fait le travail de désinfection des mains, selon le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer.

Par quoi remplacer le Purell?

Q «Pourriez-vous donner une recette pour fabriquer un gel hydroalcoolique à partir d’alcool et d’autres ingrédients disponibles à la pharmacie? On trouve toutes sortes d’informations plus ou moins fiables sur Internet et les ingrédients ne sont pas toujours disponibles. Par exemple : est-ce qu’on peut mélanger de la crème à main et de l’alcool 99 % dans un rapport 7:3? Est-ce que ça sera efficace?» demande Caroline Fortin, de Québec.

Voilà une question qui tombe bien puisque Magalie Lavoie, elle aussi de Québec, aimerait pour sa part savoir «si le parfum et l’eau de toilette ne pourraient pas être des bons produits de remplacement puisqu’ils sont composés d’alcool éthylique à 70 % [et que le Purell est lui-même un mélange d’alcool, de glycérine et de fragrance]».

R Il est vrai que le Purell est difficile à trouver sur les étagères des commerces par les temps qui courent. Mais la première chose à garder en tête à cet égard n’est pas une recette de désinfectant maison. C’est plutôt, dit le pharmacien d’hôpital et fondateur du site Questionpourunpharmacien.com Alexandre Chagnon, que «l’eau et le savon, eux, ne sont pas en rupture d’inventaire et sont au moins aussi efficaces que le gel hydroalcoolique [lorsqu’on savonne les mains pendant au moins 20 secondes]».

Cela dit, pour ceux qui tiennent à traîner leur petit contenant avec eux, l’Internet regorge de formules dont les auteurs assurent tous qu’elles fonctionnent à merveille —, mais ce n’est pas toujours vrai, comme le soupçonne avec raison Mme Fortin. 

La plus fiable, et sans doute une des plus simples puisqu’elle a été mise au point pour être fabriquée en grande quantité dans des pays qui ont peu de moyens, est sans doute celle de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dit M. Chagnon. Elle consiste à mélanger :

  • 150 ml d’alcool à 90 %
  • 10 ml de peroxyde d’hydrogène
  • 5 ml de glycérine
  • huile essentielle

On peut trouver des instructions plus complètes (ainsi qu’une seconde recette) sur le site de l’OMS : bit.ly/2UGtdCz.

Il y a toutefois quelques petites choses à savoir à ce sujet, ajoute le chimiste de l’Université Laval Normand Voyer. 

«Dans cette recette-là, le peroxyde sert uniquement à dégrader les micro-organismes qu’il y a dans les récipients où on fait le mélange, parce qu’ils ne sont pas stériles. Et c’est important de laisser le temps au peroxyde de faire son travail, même si les instructions qu’on voit sur Internet ne le mentionnent pas souvent : il faut attendre de 24 à 72 heures avant d’utiliser le désinfectant maison.»

La glycérine, elle, n’a aucun pouvoir désinfectant. «C’est juste que ça rend le mélange plus visqueux et ça permet de se frotter les mains pendant 20 secondes, comme on est supposé faire», dit M. Voyer. La glycérine est habituellement disponible en pharmacie.

C’est l’alcool qui fait le travail de désinfection des mains, poursuit-il. Idéalement, on prend de l’éthanol (ou «alcool éthylique», soit le même qu’il y a dans les boissons alcoolisées) pur à 90 %, mais c’est un produit qui commence à se faire rare, lui aussi. «Et non, contrairement à la croyance populaire, la vodka et les autres “forts” ne sont pas des bons désinfectants, leur concentration en alcool n’est pas assez élevée pour cela. Il faut vraiment de l’alcool à 90-95 %», précise M. Voyer.

On peut toutefois remplacer l’éthanol par de l’alcool à friction (ou «alcool isopropylique»). «C’est moins efficace que l’éthanol, mais ça marche quand même et le reste de la recette reste pareil, dit le chimiste. L’essentiel, c’est qu’il faut s’assurer d’avoir une concentration d’alcool de 60 à 80 % une fois que c’est mélangé aux autres ingrédients. En bas de 60 %, l’effet antiseptique n’est pas suffisant parce que l’alcool est moins efficace que le savon pour dissoudre la membrane des virus. Et ça ne sert à rien d’aller en haut de 80 %, ça n’améliore pas l’effet antiseptique et comme on a de la misère à trouver de la matière première, c’est important de ne pas la gaspiller.»

Pour calculer la concentration finale d’alcool, il suffit de ramener le volume réel d’alcool sur le volume total. 

Dans l’exemple mentionné par M. Chagnon, la quantité réelle d’alcool est de 135 ml (soit 90 % de 150 ml). En supposant que l’on ajoute 10 ml d’huile essentielle, cela nous fait un volume total de 175 ml (soit : 150 ml d’alcool 90 % + 10 ml de peroxyde + 5 ml de glycérine + 10 ml d’huile essentielle). Le taux d’alcool du mélange est donc de 135 ml ÷ 175 ml x 100 = 77 %, ce qui est suffisant.

Cependant, dans l’exemple proposé par Mme Fortin de mélanger de la crème à main à de l’alcool 99 % dans un rapport de 7 pour 3, la part réelle d’alcool serait de 99 % x 0,3 = 29,7 %, donc pas assez.

Enfin, tout cela signifie que oui, en principe, la plupart des parfums ont une concentration suffisante en éthanol pour servir d’antiseptique. 

Mais il faut faire attention, car les recettes varient d’un parfum à l’autre, et dans tous les cas, les eaux de toilette n’ont pas assez d’alcool pour cela, dit M. Voyer. «Les parfums ont une concentration plus élevée, un bon 60-70 %. Mais je ne vois pas pourquoi on s’en servirait comme désinfectant, ce n’est tout simplement pas fait pour ça», tranche-t-il.

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