Les personnes greffées sont-elles plus à risque?

Annie Labrecque
Québec Science
Q: «J’aimerais savoir si des patients immunosupprimés (suite à une greffe d’organe) ont été infectés à ce jour par la COVID-19 et comment ça s’est passé pour eux?» s’interroge Louise Gagné, Candiac.

R: Selon le Dr Michel Pâquet, néphrologue en transplantation au CHUM, il y a eu des patients greffés infectés par le coronavirus. «Ils ne sont pas nécessairement plus à risque de l’attraper, mais une fois contaminés par le virus, le risque que ça soit une maladie plus sévère est plus grand que pour la population en général, qui n’est ni greffée ni immunosupprimée», note-t-il.

Le néphrologue mentionne qu’avant même d’être greffées, ces personnes possédaient souvent des prédispositions médicales défavorables. «Dans la majorité des cas, il y a aussi de l’obésité, de l’hypertension et du diabète. Ce sont des facteurs de risques supplémentaires».

Les risques de complications varient également selon le type d’organe greffé. Un patient greffé du poumon aura plus de risques que celui du cœur, par exemple. «Les poumons sont l’organe où le virus cause le plus de dommages», indique le Dr Pâquet.

Les personnes greffées, pour empêcher le rejet de l’organe transplanté, doivent prendre des immunosuppresseurs (comme les personnes atteintes de maladies auto-immunes). Ces médicaments peuvent affecter partiellement leur système immunitaire, mais pas au point de les laisser sans défense, explique le médecin. «Ce serait exagéré de dire que les personnes greffées n’ont pas de système immunitaire. On leur donne des immunosuppresseurs qui sont ciblés et qui touchent une partie de leur système immunitaire pour éviter le rejet causé par certaines cellules, spécifie le Dr Pâquet. Leur système immunitaire, qui n’est pas à son maximum, est plutôt au ralenti. Les patients greffés, en général, ne font pas plus d’infections que le reste de la population».

Depuis le début de la pandémie, le spécialiste a eu à sa charge des patients infectés par la COVID-19 qui n’ont pas eu besoin d’hospitalisation et qui sont guéris. «Chez les patients hospitalisés, on diminue la dose d’immunosuppresseurs pour donner une chance au système immunitaire de combattre l’infection», explique le médecin. Mais cela nécessite un certain équilibre. «Si on diminue trop, on pourrait avoir un rejet», ajoute-t-il.

Il est trop tôt cependant pour connaître le taux de mortalité parmi ce groupe, sans compter que ce taux change d’un pays à l’autre. «Pour les personnes greffées et immunosupprimées, cela varie entre 15 et 20 % selon ce qui est rapporté par d’autres pays. Mais il faut faire attention à ces chiffres, car les contextes sont différents et parfois, ces données sont incomplètes», précise-t-il.

Pour obtenir l’heure juste, une équipe canadienne a lancé une étude nommée SNOTRAC (Surveillance of National Organ Transplant Recipient Affected by COVID). Cette étude, qui implique la participation des provinces canadiennes et à laquelle collabore le Dr Michel Pâquet, servira au recensement de tous les patients greffés et atteints de la COVID-19 afin de suivre l’évolution de leur état de santé ainsi que les traitements reçus.

Le don d’organes en temps de pandémie

Selon le Dr Prosanto Chaudhury, directeur médical de transplantation, à Transplant Québec, le processus du don d’organes se poursuit malgré la pandémie, en s’assurant que ni le donneur ni le receveur ne soient positifs à la COVID-19. Pour le moment, seules les transplantations urgentes sont effectuées pour éviter la transmission du virus.

«Que ce soit pour la COVID-19 ou pour toute autre infection, si le receveur est infecté, il faut attendre que celui-ci guérisse avant de procéder à la chirurgie», mentionne le Dr Chaudhury. Temps de pandémie oblige, les amis et la famille ne peuvent pas être au chevet des donneurs et des receveurs. «C’est difficile pour l’entourage, car ils ne peuvent être présents que par visioconférence», dit le Dr Chaudhury.

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