«Dure à cuire», la covid-19 ?

La COVID-19 suscite énormément de questions chez nos lecteurs et lectrices. Nous vous invitons à les envoyer à notre journaliste Jean-François Cliche (jfcliche@lesoleil.com) et il répondra à une par jour au cours des prochaines semaines.Le coronavirus en questions

Q : «Combien de temps le virus de la covid-19 survit-il hors du corps humains, sur des surfaces comme des comptoirs ou des poignées de porte ?», demande Isabelle Pépin, de Val d’Or.

R : La covid-19, comme tous les autres coronavirus, est ce que les microbiologistes appellent un «virus à enveloppe» : quand ils sortent d’une cellule qu’ils avaient infectée, ces virus lui «volent» un bout de sa membrane de lipides et s’en servent comme d’une enveloppe. Tant que le virus est à l’intérieur d’un hôte (humain ou animal), cette enveloppe l’aide à protéger les protéines fragiles qui se trouvent à sa surface, mais cela vient avec un inconvénient majeur. Si on laissait une cellule sur le comptoir, par exemple, elle se dégraderait et elle mourrait rapidement. Alors pour les mêmes raisons, les virus qui s’enveloppent de bouts de cellule ne survivent pas bien à l’air libre, m’expliquait récemment le chercheur et spécialiste des coronavirus de l’INRS Pierre Talbot.

Par exemple, dans une étude récente parue dans Microbes and Environment [http://bit.ly/2Qn6N7W], des chercheurs ont comparé la survie de deux virus enveloppés (influenza et herpès) et deux virus non-enveloppés. Les deux premiers ont rapidement été «tués» par la ventilation du labo : entre 90 et 99 % des «enveloppés» étaient désactivés après deux heures et il n’en restait plus du tout après 3-5 jours, alors chez les «non-enveloppés», une petite partie persistait toujours après plus d’un mois.

Et il en va de même pour le virus de la covid-19, qui n’est pas plus endurant que les autres «enveloppés». Une étude parue la semaine dernière dans le New England Journal of Medicine [http://bit.ly/2UjScLE] a montré que ce coronavirus a une «demi-vie» d’environ 1h15 dans des gouttelettes aérosol, ce qui signifie que la moitié des virus meurt à toutes les 1h15, si bien qu’au bout d’une douzaine d’heures, il n’en reste pratiquement plus.

Ce coronavirus-là survit toutefois un peu plus longtemps sur des surfaces de carton (demi-vie de 3h30), d’acier inoxydable (demi-vie de 5h40) et de plastique (demi-vie de 6h50). Mais même sur le plastique, il n’en subsiste plus du tout au bout de 3 jours — et encore, c’est seulement environ 1% qui survit pendant 3 jours car un bon 90 % meurent au cours des premières 24 heures, et 99 % au bout de 2 jours.

Mais quand même, commentait à ce propos William Keevil, professeur de santé environnementale à l’Université de Southampthon [http://bit.ly/2wjUr9J] : «La survie des coronavirus sur des surfaces susceptibles d’être touchées (pour plus que les 2 heures régulièrement citées par les conseillers gouvernementaux) est un risque sanitaire, et il est difficile d’éviter de toucher des objets comme des poignées de porte et des plaques de poussée, des rampes d’escalier, des écrans tactiles publics, etc. Cela redémontre l’importance de bonnes habitudes d’hygiène personnelle, comme se laver les mains rigoureusement plusieurs fois par jour, ou utiliser un gel antiseptique, et éviter de se toucher les yeux, le nez et la bouche. Ce dernière élément est toutefois extrêmement difficile parce que les humains sont des gens tactiles qui touchent leur visage plusieurs fois par heure.»