Des ambulanciers transportent une patiente à l'hôpital de Verdun.
Des ambulanciers transportent une patiente à l'hôpital de Verdun.

Combien de temps va durer la pandémie de la COVID-19?

Isabelle Delorme
Québec Science
Q : «Combien de temps va durer la pandémie de COVID-19 ?», demande Samake Baba.

R : Il est impossible de prévoir aujourd’hui combien de temps dureront l’épidémie au Canada et la pandémie au niveau mondial. Selon le Dr Gaston De Serres, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), la pandémie pourra durer aussi longtemps qu’on n’aura pas trouvé un vaccin ou un médicament très efficace. Dans l’immédiat, la Direction de la santé publique du Québec projette que le «pic» d’hospitalisations serait atteint vers le 18 avril. «Nous avons toutes les raisons de croire que ce virus s’est installé dans la population et y restera même lorsque la pandémie sera terminée», ajoute l’épidémiologiste.

Pour la suite des choses, il existe différents scénarios qui dépendent tous de plusieurs facteurs.

L’immunisation

L’immunité collective peut être obtenue de deux façons : par la vaccination à large échelle ou naturellement, à la suite de l’exposition au virus d’une grande partie de la population.

La mise au point d’un vaccin devrait prendre au minimum 12 à 18 mois d’après les scientifiques. Un autre moyen d’avoir une protection est l’immunité collective obtenue lorsqu’au moins 60% à 70% de la population survit à l’infection et y est immunisée. C’est le pari qu’ont fait initialement quelques pays comme le Royaume-Uni, qui s’est finalement ravisé. La plupart des États, dont le Canada, ont adopté des mesures de distanciation sociale pour éviter la saturation dans les hôpitaux et protéger la population, au prix d’éloigner la perspective d’acquérir cette immunité collective. Cependant, beaucoup de questions subsistent, notamment quant à la durée de l’immunité acquise après une première infection.

Un traitement efficace

En attendant la commercialisation d’un vaccin, la découverte d’un traitement efficace (parmi des traitements existants) pourrait faciliter la sortie de crise. «Un traitement qui ferait chuter brutalement les besoins d’hospitalisation et de soins intensifs pourrait provoquer un énorme changement sur la suite de la pandémie», affirme Gaston De Serres, selon qui la probabilité qu’on trouve un tel traitement inhibant la réponse inflammatoire demeure incertaine pour le moment. Plusieurs études sont en cours et des résultats sont attendus dans les prochaines semaines.

Dre Nimâ Machouf, épidémiologiste à la Clinique du Quartier latin et chargée de cours à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, nourrit beaucoup d’espoir à l’égard de ces études, en particulier les essais menés sur l’hydroxychloroquine notamment en Europe et à Montréal. «Avec une administration en pré-exposition, on pourrait réduire la circulation du virus dans la communauté. Les personnes infectées qui seraient traitées auraient par ailleurs moins de risque de transmettre le virus et seraient beaucoup moins malades», estime la spécialiste.

Le comportement du virus et le risque de rebond

Plusieurs inconnues sur le comportement du SRAS-CoV-2 rendent les prévisions difficiles. «Nous ne savons pas si nous aurons plusieurs vagues, si le virus va se tranquilliser un petit peu à l’été et revenir la saison prochaine», prévient la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, qui estime qu’il faut d’abord attendre un renversement de la courbe au Québec pour y voir plus clair.

«Quand nous aurons vu pendant quelques jours d’affilée le nombre de cas se stabiliser puis baisser, nous pourrons dire que nous avons franchi le pic. À partir du moment où la courbe commencera à descendre, les spécialistes de la modélisation pourront faire des prédictions beaucoup plus justes du temps qu’il nous reste (...). En Chine, ils n’ont pas cessé leurs mesures d’isolement avant de voir la situation véritablement s’améliorer». Des précautions qui ont nécessité au total deux mois de confinement strict dans la province de Hubei.

Les autorités de nombreux pays expérimentent ou réfléchissent aujourd’hui à diverses stratégies permettant un assouplissement des règles de distanciation une fois la première vague contrôlée tout en réduisant les risques de nouvelle flambée : dépistages massifs et traçage des personnes infectées, tests sérologiques, suivi des interactions par des applications, déconfinement progressif ou confinements intermittents…

La gestion des cas importés

Restent les difficultés liées au fait que la courbe n’est pas uniforme entre les différentes provinces du Canada et d’un pays à l’autre. L’ampleur de l’épidémie aux États-Unis pourrait notamment constituer un risque. «Une fois que l’épidémie est contrôlée, les cas importés sont beaucoup plus faciles à retracer et à suivre», tempère toutefois Cécile Tremblay.

En conclusion, pas de réponse pour l’instant à cette question complexe, mais des pistes et des espoirs. En attendant, le respect des mesures préventives est essentiel pour contrôler au maximum la propagation.

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