uand elle a acheté sa maison sur l’avenue de Vercel en 2012, Carole Durand était consciente que l’environnement est particulier avec des entreprises autour. Elle déplore néanmoins les activités bruyantes de son voisin distributeur alimentaire L.J. Déry, particulièrement le soir et la fin de semaine.

Voisin industriel trop bruyant: la Ville lui a offert un climatiseur

Carole Durand habite un tout petit quartier résidentiel entouré d’entreprises, d’entrepôts. Elle dénonce le bruit, la poussière, provenant de son voisin industriel depuis 2015; avec plus de vigueur depuis l’été 2018.

La Ville a vérifié plusieurs fois le niveau sonore et lui a donné raison, tout en confirmant que l’usage du terrain est contraire au zonage. La mairie n’a toutefois pas sanctionné le contrevenant. Elle a plutôt proposé à la citoyenne une entente à l’amiable : recevoir un climatiseur en cadeau de l’entrepreneur fautif pour qu’elle se cloître portes et fenêtres fermées. Ainsi «le bruit sera conforme», lui a-t-on signalé.

C’est écrit dans des documents municipaux et dans un courriel transmis à Mme Durand pour lui résumer «la solution» promue par «la Ville, le transporteur locataire et le propriétaire du terrain». Selon l’offre de règlement envoyée par l’équipe d’inspection environnementale de la mairie, le propriétaire de L.J. Déry aurait payé l’appareil rafraîchissant pour qu’elle passe l’été à l’intérieur.

En plus, la famille Déry, cautionnée par la Ville, s’engageait à stationner de grandes remorques de camion le long de la rue mitoyenne afin de créer un mur antibruit… sauf que la mairie a donné un avis d’infraction à la compagnie parce qu’il serait interdit d’utiliser ce lot comme stationnement.

Attablée avec le journaliste dans sa maison de l’avenue de Vercel, Carole Durand est interloquée. Elle insiste sur le fait que la Ville a constaté : l’usage dérogatoire du terrain; la poussière soulevée parce que le sol n’est pas asphalté; le niveau de bruit dépassant les normes. «La solution qui m’est apportée, c’est qu’on me paye un air climatisé pour que je garde mes fenêtres fermées! […] J’ai un terrain, j’ai un patio. Je veux en profiter. Si j’ai besoin d’un climatiseur parce qu’il y a trop de bruit en dedans, imaginez dehors.»

«C’est comme si le citoyen passe après tout le monde. C’est comme si le plus gros gagnait.»

Éventuelles poursuites

Questionnée par Le Soleil, la mairie affirme aujourd’hui que cette «solution» n’est pas raisonnable. «Ce n’est pas une proposition qu’on endosse», déclare le porte-parole David O’Brien. Il assure que l’administration municipale a pour objectif de «régler la situation à la satisfaction de la citoyenne».

Coïncidence, après l’intervention du Soleil, Mme Durand a reçu la visite d’un inspecteur qui a encore remarqué l’infraction : «Il y a bel et bien eu non-conformité en lien avec la réglementation sur les nuisances par le bruit», confirme M. O’Brien. Il note également qu’il y a toujours «usage illégal» du terrain. 

«Étant donné que le dossier a un potentiel de judiciarisation, nous ne ferons pas d’autres commentaires pour le moment.»

Entente en vue?

Le bâtiment industriel appartient à l’entreprise de transport Groupe Morneau. «Nous sommes en effet propriétaire de l’entrepôt et il sert à stocker des produits réfrigérés», nous écrit Estelle Vazquez, conseillère en communication. «Nous avons été mis au courant des plaintes de la citoyenne voisine et nous avons une équipe qui travaille actuellement sur le dossier. Ils sont en ce moment même en discussion avec la ville pour étudier le problème et trouver une solution.»

Chez L.J. Déry, le grossiste en produits laitiers locataire, on nous a dirigés vers Gabrielle Déry. Nous avons tenté de la joindre à deux reprises, sans succès. Soulignons que l’entreprise a tenté de réduire les effets négatifs de sa présence au cours des années, notamment en épandant de l’abat-poussière sur le stationnement.

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VIVRE DANS UNE ERREUR URBANISITIQUE DE LA VILLE DE QUÉBEC

Plusieurs citoyens de la capitale habitent près d’entreprises plus ou moins bruyantes. Mais le cas des résidents de l’avenue de Vercel est tout à fait particulier. Ils vivent dans une erreur urbanistique.

Le développement de leur rue de 10 maisons a été autorisé dès 1930, mais surtout durant les années 1960 et 1970. Quelques années plus tard, la mairie semble cependant avoir complètement changé ses plans pour le secteur. Si bien que les quelques résidences sont aujourd’hui entourées d’une mer de bâtiments commerciaux. 

Il vaut la peine de consulter dans le Web la carte interactive de la Ville : carte.ville.quebec.qc.ca/mobile. Cherchez-y l'avenue de Vercel. On y voit bien les 10 habitations cerclées par les grands rectangles gris de la «zone industrielle Carrefour du commerce», près de la jonction de l’autoroute Henri-IV et du boulevard Wilfrid-Hamel.

Quand elle a acheté la maison en 2012, Carole Durand était consciente que l’environnement est particulier. Elle savait qu’il y avait des entreprises autour. Mais au départ des travailleurs, le soir, «c’est tranquille», dit-elle.

Horaire inversé

Les activités de son voisin distributeur alimentaire L.J. Déry suivent toutefois un horaire inversé, affirme Mme Durand. Le soir et la fin de semaine, avance-t-elle, les camions rentrent au bercail pour être remplis de produits laitiers qui seront livrés le jour venu. Des camions munis d’un système de refroidissement bruyant afin d’assurer la conservation de la marchandise. Des camions aussi de plus en plus nombreux, semble-t-il. La compagnie a prospéré et le nombre de véhicules aurait suivi une courbe ascendante. Baptiste Ricard-Châtelain