Frédéric Murray
Frédéric Murray

Voie de fait sur un locataire: des travaux communautaires pour un investisseur immobilier

Un investisseur immobilier de Québec qui a agressé un ancien locataire aux prises avec un trouble de santé mentale s’est vu imposer des travaux communautaires, mais n’aura pas de dossier criminel s’il respecte les conditions de sa probation.

Mercredi après-midi, le juge François Dugré de la cour municipale de Québec a prononcé la peine de Frédéric Murray, qui avait plaidé coupable à une accusation de voie de fait, le 22 janvier. 

L’agression faisait suite à une escalade de tensions entre l’investisseur immobilier et Jean-Paul Boily, un ex-locataire qui a enduré durant une vingtaine de mois des Airbnb dans un immeuble de la rue Saint-Jean avant de porter plainte à la Ville de Québec. 

Le juge a exigé que Murray effectue 80 heures de travaux communautaires. Il lui a accordé une absolution conditionnelle, c’est-à-dire que Murray n’aura pas de casier judiciaire s’il respecte les conditions de sa probation de deux ans. «Le Tribunal estime que l’intérêt public serait rencontré» dans la mesure où l’absolution est conditionnelle à une probation, a noté le juge Dugré. 

Selon le juge, Murray, qui n’a pas d’antécédents judiciaires, a un «intérêt véritable» à éviter un dossier criminel. Un casier judiciaire pourrait compromettre ses déplacements aux États-Unis, où il a des projets immobiliers en Floride, et lui nuire auprès l’Ordre des comptables agrées, dont il est membre, a expliqué le juge.

Durant sa probation, Murray devra notamment garder la paix et avoir une bonne conduite, s’abstenir de communiquer avec la victime, de l’importuner, de la suivre ou de l’épier ou de se rendre à sa résidence ou à son travail, et respecter les conditions de son service communautaire. 

En janvier, la poursuite avait plaidé pour que Murray obtienne un casier judiciaire, arguant notamment que la victime avait été «fortement ébranlée par la situation». 

Mercredi, le juge Dugré a souligné que le voie de fait subi par Jean-Paul Boily l’a «rendu malade». Il a aussi noté que tout citoyen devrait agir avec «compassion» envers les citoyens affligés par des psychopathologies. Le juge a toutefois souligné qu’il ne s’agissait pas de facteurs aggravants dans cas-ci. 

Retardée de plusieurs semaines en raison de la pandémie, la sentence rendue contre Frédéric Murray met un point final à un épisode troublant dans la vie de Jean-Paul Boily, un homme dans la quarantaine qui souffre d’un trouble anxieux sévère. 

Comme le rapportait Le Soleil en mars, M. Boily a été le locataire de Frédéric Murray dans un immeuble de la rue Saint-Jean où plusieurs appartements auraient été convertis en Airbnb, selon plusieurs témoins et des contraventions émises par la Ville de Québec. 

Durant la vingtaine de mois où il a enduré les dérangements de touristes qui venaient de l’immeuble, Jean-Paul Boily affirme s’être plaint en vain à Frédéric Murray. «Je lui disais : “Là, c’est le bordel; hier, ils étaient quatre encore.” Il disait : “Jean-Paul, ce qui est important pour moi, c’est mon cinq étoiles.” Il arrêtait pas de me répéter ça : son cinq étoiles», avait raconté M. Boily au Soleil

Pendant qu’il habitait dans l’immeuble de la rue Saint-Jean, Jean-Paul Boily a porté plainte à la Ville de Québec, qui a remis plusieurs contraventions aux Immeubles Murray pour hébergement illégal de touristes.

Pendant qu’il habitait dans l’immeuble de la rue Saint-Jean, Jean-Paul Boily a porté plainte à la Ville de Québec, qui a remis plusieurs contraventions aux Immeubles Murray pour hébergement illégal de touristes.

La tension a monté entre les deux hommes. Jean-Paul Boily affirme qu’il a été intimidé à plusieurs reprises par Murray. Boily, lui, a collé des affiches sur les fenêtres d’un autre immeuble appartenant aux Immeubles Murray sur la rue Saint-Jean, menaçant Frédéric Murray de le dénoncer à TVA et à la police. D’une cabine téléphonique, Boily a aussi appelé Murray en mentionnant le nom de sa mère et en le traitant de «fils de pute».

Puis, le 6 juillet 2018, Jean-Paul Boily marchait sur le boulevard René-Lévesque lorsqu’il a croisé Frédéric Murray qui roulait en Ferrari. Murray l’a suivi à pied sur le trottoir, l’a engueulé et l’a saisi par le cou dans les escaliers dans un dépanneur de la rue Bourlamaque. 

Captées par la caméra de surveillance du dépanneur, les images de l’agression avaient été diffusées le 22 janvier à la cour municipale de Québec. 

En entrevue avec Le Soleil, Frédéric Murray s’était étonné de ne pas avoir pété les plombs davantage contre Boily, après toutes les affiches que celui-ci avait collées sur son immeuble et l’insulte reçue au téléphone à propos de sa mère. 

«Je ne suis pas parfait, des fois je suis agressif quand on me manque de respect, avait dit Murray au Soleil. Je travaille là-dessus, j’essaie de faire du yoga et plein d’affaires de même. Il m’en reste encore à travailler, parce qu’à la base, je suis un gars agressif. Moi, dans ma tête, cette journée-là, je m’impressionne de ne pas avoir perdu plus le contrôle que ça.»