David Philippe, bien connu pour ses tours de magie, aimerait redonner à ceux qui vivent une expérience comme la sienne.

Vivre de folies et... de magie

«Tu peux écrire que c'est vrai, la magie», insiste David Philippe, un magicien bien connu en Gaspésie. Sauf que la magie à laquelle il fait référence, c'est avant tout celle qui l'a sorti d'un cancer du cerveau et des os qu'il pensait fatal il y a à peine 15 mois.
David Philippe combat des cancers depuis 2010. Il avait alors subi l'ablation du poumon gauche, en raison d'un cancer qu'il attribue aux sept ans passés dans le département des produits chimiques de la défunte cartonnerie de New Richmond. Fumeur très occasionnel, il était trop jeune pour développer un cancer causé par le tabagisme, dit l'homme d'un naturel jovial.
En février 2013, alors qu'il était embauché pour faire des tours de magie à un souper-bénéfice, «j'ai senti que mes bras s'engourdissaient. Le verdict est tombé au début d'avril. Un cancer du poumon qui revient se loge habituellement au cerveau ou dans les os. Moi, j'ai eu un tout inclus; un cancer du cerveau et des os»!
Il était déjà connu alors dans la Baie-des-Chaleurs, à cause de ses tours de magie, mais aussi parce qu'à la suite de son premier cancer, il avait fait une apparition remarquée en 2011 à la défunte émission Fais un voeu, où on lui avait organisé une rencontre de trois jours avec son idole de jeunesse, le magicien Alain Choquette. Ce dernier l'a conduit à Las Vegas, pour rencontrer le plus célèbre illusionniste contemporain, David Copperfield.
En avril 2013, David Philippe a été soumis à une radiochirurgie du cerveau. Il a pris les dispositions pour faire soigner son cancer des os, et une décision. «J'ai décidé de vivre intensément, de faire des folies. Je voulais mettre le plus de souvenirs possible dans la tête de mes deux enfants», explique-t-il.
Il pensait alors ne vivre qu'un an. «Si j'avais arrêté de vivre il y a un an, j'aurais peut-être perdu ma dernière année», résume-t-il.
La communauté l'a soutenu sans limites. Apprenti plombier depuis quelques années, il avait eu le temps de dépanner des centaines de familles, dont celles de la communauté autochtone de Gesgapegiag, où on le considère comme l'un des leurs. «Les autochtones ont bloqué la route 132 pour amasser des fonds pour moi [...] En tout et partout, nous avons reçu 20 000 $. Des gens nous ont payé un voyage à Walt Disney World», précise M. Philippe.
À l'été 2013, après vérifications de certains aspects de sa génétique, son oncologue l'a soumis à un nouveau médicament, le Xalkori, visant à terrasser son cancer des os. Il y a quelques semaines, David Philippe a été évalué, moyennant une scintigraphie osseuse.
Rémission
«Il n'y a plus de métastases, seulement des petites cicatrices. Mon médecin parle de rémission. Est-ce que ma bonne humeur m'a guéri? La joie de vivre, j'y crois. Mais j'ai vu des gens de bonne humeur avec le cancer qui sont morts. Ce qui a aidé? J'ai continué à vivre avec toute l'énergie que j'avais.»
L'énergie des autres a aussi été un facteur. «On peut appeler ça de l'amour. J'ai assez de cartes ici [que] je peux en lire pendant une semaine! J'en relis parfois. J'en parle et j'ai le "motton" dans la gorge», dit-il.
Récemment, il a recommencé à travailler. «C'est 15 à 20 heures par semaine, à la microbrasserie le Naufrageur. Ça fait du bien. Je me sens moins au crochet de la communauté [...] J'aimerais monter une conférence pour dire aux gens de vivre le moment présent. J'ai été invité par la Coalition priorité cancer du Québec, pour parler à Montréal. Je vois qu'il manque de ressources pour les jeunes parents qui vivent des expériences comme la mienne. J'aimerais faire avancer cette cause. Je veux redonner. Moi, je vais le savoir de mon vivant, que j'ai été apprécié, mais tout le monde n'a pas cette chance.»