Martin Coiteux a annoncé la mise en place du comité d’examen lors de la journée d’actualisation des connaissances en matière de violence conjugale qui réunissait mardi 160 participants à l’ENPQ à Nicolet.

Violence conjugale: Québec lance un comité d'examen

NICOLET — En réaction à une demande de la part de nombreux intervenants du milieu, Québec annonce la création d’un comité d’examen des décès liés à la violence conjugale. Mais la mise en place de ce comité a été accélérée en raison d’un drame conjugal qui a fait les manchettes au printemps dernier, soit le meurtre de Daphné Huard-Boudreault présumément commis par son ex-ami de cœur.

L’assassinat de cette femme de 18 ans en mars 2017 à Mont-Saint-Hilaire a été largement médiatisé. Cette mort a vivement interpellé Martin Coiteux, le ministre de la Sécurité publique, qui a annoncé mardi la mise sur pied de ce comité.

«Je suis ministre de la Sécurité publique et j’avais une occasion de faire une différence. On a rencontré la fédération des refuges pour femmes et enfants, on a discuté des problématiques et elles ont soulevé cette nécessité d’en faire davantage», raconte le ministre Coiteux, de passage à Nicolet lors de la journée d’actualisation des connaissances en matière de violence conjugale à l’École nationale de police du Québec.

Des représentants du système judiciaire, de la police, de la santé publique et de différents organismes de défense des femmes composent ce comité. Dès 2018, ledit comité aura le mandat de regarder les circonstances entourant ce type de décès afin de déterminer certains facteurs de risque et pour mieux comprendre le cycle de la violence conjugale. Le comité tiendra à jour une base de données détaillée sur les victimes et les agresseurs et pourra émettre des recommandations après l’examen de dossiers de coroners.

«On veut mieux prévenir, mieux intervenir et fournir un certain nombre de connaissances et d’expertise aux coroners et aux services policiers. On veut éviter ces morts violentes», ajoute M. Coiteux.

La mort de Daphné Huard-Boudeault a joué un rôle dans la naissance de ce comité, mais de nombreux organismes d’intervention le réclament depuis des années.

«Je suis très contente de cette annonce, car ça fait cinq ans qu’on demandait un comité. Ça fait depuis plus de 15 ans que ça existe en Ontario», rappelle Louise Riendeau, coordonnatrice des dossiers politiques au Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale et présidente du Carrefour sécurité en violence conjugale, une initiative de la maison shawiniganaise la Séjournelle dont la mission est de prévenir les blessures graves et les homicides.

Mme Riendeau rappelle qu’il y a 10 ou 15 ans, entre 15 et 25 homicides survenus dans un contexte de violence conjugale étaient répertoriés chaque année au Québec. Ce nombre est maintenant de 11. L’amélioration des pratiques d’intervention explique ce repli.

«On peut prévenir en reconnaissant des signes d’évaluation de risque: un homme qui ne "décroche" pas à la séparation du couple, une femme qui a peur, une augmentation de la violence au sein du couple, un homme intrusif, qui harcèle, qui menace. Quand on regarde l’historique du couple, on peut voir si c’est le cas. On peut faire quelque chose», dit Mme Riendeau.

Voilà pourquoi tout le monde susceptible d’être en contact avec une victime de violence conjugale doit être aux aguets pour la référer au bon service. Ce comité permettra de faire certaines recommandations comme le soutien aux victimes, la judiciarisation des causes, le changement des mentalités et la sensibilisation des jeunes.

«il est impératif de bien comprendre les décès liés à la violence conjugale. Quand il y a un homicide, un coroner doit investiguer. Le comité permettra d’aller plus loin et de réfléchir pour faire que cela n’arrive pas», explique Me Catherine Rudel-Tessier, coroner en chef du Québec et présidente du comité d’examen.