Violence conjugale: 6700 femmes hébergées d'urgence l'an dernier

Malgré les campagnes publicitaires pour contrer la violence conjugale, ce phénomène ne semble pas vouloir s'estomper au Québec. L'an dernier, plus de 6700 femmes et 5000 enfants ont été hébergés d'urgence dans 82 maisons d'hébergement en raison des risques que présentait un conjoint violent.
«La demande est toujours là. Elle est soutenue. Est-ce qu'on peut dire qu'elle a augmenté? On n'a pas de données mais elle n'a sûrement pas diminué», a commenté mercredi, au Soleil, Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes.
La demande d'hébergement de secours ne donne pas tout le portait de la situation. «Généralement, ce sont des femmes plus pauvres qui vont dans les maisons d'hébergement. Quand on a le choix d'aller chez des amis, dans la famille, qu'on a les moyens, on ne va pas nécessairement dans une maison d'hébergement», a indiqué Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
Chez SOS Violence conjugale, on reçoit bon an mal an 25 000 appels par année. «75 à 80 % de nos appels viennent de victimes et 95 % d'entre elles sont des femmes. On a aussi des appels de proches de victimes. Ça peut être un père dont la fille subit de la violence conjugale», a indiqué Claudine Thibodeau, formatrice à l'organisme communautaire. «Des hommes violents nous appellent aussi. On les réfère à des organismes d'aide», a-t-elle ajouté.
SOS Violence conjugale reçoit des appels de femmes de tous les groupes d'âge. Il y a des appels d'adolescentes et de personnes âgées. «Les recherches démontrent que la violence conjugale toucherait les jeunes femmes de 18 à 35 ans en particulier. Les femmes sont particulièrement vulnérables au moment d'avoir des enfants. Il y a plus d'enjeux à la rupture», a avancé Mme Thibodeau.
Pour sa part, Louise Riendeau explique les appels plus nombreux des jeunes femmes parce qu'elles connaissent mieux leurs droits, qu'elles savent qu'il y a des ressources et qu'elles peuvent obtenir de la protection au besoin.
«Ce qui a changé, c'est combien de temps les femmes endurent avant de demander de l'aide. Il y a 20 ans, les femmes pouvaient venir après 10 ans de vie commune. Maintenant, il y en a beaucoup plus qu'avant qui vont venir dans les cinq premières années», a-t-elle affirmé.
Violence psychologique
Par ailleurs, la violence conjugale inclut aussi la violence psychologique. «Aujourd'hui, ça peut être de la cyberprédation. De plus en plus de femmes se font suivre avec leur cellulaire par leur partenaire avec des logiciels espions. C'est une forme de violence psychologique, une façon de garder quelqu'un constamment en déséquilibre, de faire en sorte qu'elle ne sait plus ce qu'elle veut, qui elle est», a dit Louise Riendeau.
«C'est toujours la même chose. C'est un comportement violent pour contrôler sa partenaire, avoir le pouvoir sur elle, contrôler ce qu'elle va dire, ses choix. C'est une question de pouvoir», a-t-elle conclu.
On peut joindre SOS Violence conjugale au 1 800 363-9010. Ce service est accessible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.