À mesure que José Doré raconte l’histoire de L'Institut Canadien de Québec, Djief esquisse en direct ses propos.

Victimes de censure, les bâtisseurs oubliés de L’Institut Canadien de Québec

Fondé autour de 1848, L’Institut Canadien de Québec vise à diffuser le savoir à travers la lecture, la littérature et la littératie. Dans une «conférence dessinée», le consultant en histoire et patrimoine José Doré, et l’auteur de bandes dessinées Djief, ont fait revivre certains protagonistes connus ou oubliés, dans un clin d’œil au temple Wesley qui abrite aujourd’hui la Maison de la littérature.

La «providence» a voulu que L’Institut Canadien de Québec se retrouve dans l’Église Wesley construite la même année que la fondation de la société littéraire, fait valoir José Doré, lors de la conférence dessinée «L’histoire censurée de L’Institut Canadien de Québec», présentée dans le cadre des Rendez-vous d’histoire samedi, à la Maison de la littérature. 

À mesure que José Doré raconte l’histoire, Djief esquisse en direct ses propos. 

La faute à la censure

Depuis 1923, sur la rue de Buade face à l'hôtel de ville et à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, dans le Vieux-Québec, est érigé un monument à la mémoire du cardinal Elzéar-Alexandre Taschereau. «Si la censure n’avait pas existé, nous aurions peut-être un monument à l’image du conférencier Joseph Painchaud ou des bibliothécaires Herminie Lemieux et Joséphine Lortie», indique M. Doré. 

L’avocat Marc-Aurèle Plamondon, les rédacteurs en chef Napoléon Aubin et Joseph Cauchon, le médecin Joseph Painchaud, Reine Dion, Joséphine Lortie, Herminie Lemieux et Yolande Désilets Bonenfant, «les demoiselles de l’Institut» : tous des personnages qui ont jalonné l’histoire de L’Institut Canadien de Québec et dont la participation à l’édification de la société littéraire s’est vue censurée par le clergé. 

Le but de la fondation de L’Institut Canadien de Québec en 1848? «Réunir les Canadiens français autour des connaissances, des sciences, de l’histoire et de la littérature.» La mission politique ne peut toutefois pas être écartée. Entre les discussions hebdomadaires, les conférences, la salle de lecture avec journaux de par le monde ou la bibliothèque, l’idée était alors de s’adresser à la jeunesse libérale.  

Pour propager leurs idées, les libéraux pouvaient entre autres compter sur les journaux Le Canadien ou le Télégraphe et Le Fantasque, tous deux fondés par Napoléon Aubin. 

Guerre ouverte entre libéraux et ultramontains, censure, accession des femmes à la vie publique : l’institution culturelle majeure de la ville de Québec a été témoin et partie prenante de plusieurs phénomènes de société.

Le clergé, partout

«Marc-Aurèle Plamondon et Napoléon Aubin voulaient un institut comme celui de Montréal, explique M. Doré. Le terme Institut donnait du prestige à la société et Canadien faisait référence aux Canadiens-français.» Les deux hommes ont l’idée de fonder l’institut à Québec, après une réunion publique à celle de Montréal en novembre 1847.

L’Institut de Montréal a été fermé par l’Église depuis. «Les membres du clergé étaient très présents à l’Institut de Québec. Le bureau de la direction n’a pas eu le choix de se soumettre à leur patronage.» 

Après plusieurs déménagements, dont une escale au Palais Montcalm en 1932, la société littéraire prend finalement racine à l’Église Wesley en 1944, construite en 1848, puis désacralisée en 1931. Elle est «louée» à L’Institut Canadien de Québec pour 99 ans, jusqu’en 2040, donc. La Maison de la Littérature y sera annexée, en 2015.

La deuxième présentation des Rendez-vous d’histoire de Québec se poursuit jusqu’à dimanche.