Né à Québec d'un père vietnamien et d'une mère québécoise, Jean-Simon Bui dit avoir été profondément blessé par les mots de l'internaute, qui réagissait à son intervention en ondes où il dénonçait un auditeur qui l'avait traité «d'ostie de chinetoque».

Victime d'injures racistes, un animateur du FM 93 porte plainte

Victime de commentaires racistes sur Internet, un journaliste et coanimateur du FM 93, Jean-Simon Bui, déposera mercredi matin une plainte à la Commission des droits de la personne contre celui qu'il soupçonne de se cacher derrière le pseudonyme qui l'a abreuvé d'insultes.
Né à Québec d'un père vietnamien et d'une mère québécoise, M. Bui dit avoir été profondément blessé par les mots de l'internaute, qui réagissait à son intervention en ondes où il dénonçait un auditeur qui l'avait traité «d'ostie de chinetoque». «L'histoire avec l'auditeur s'est bien terminée. Il s'est excusé. Mais cet internaute a continué à m'insulter depuis le 6 janvier», a expliqué au Soleil ce collaborateur de l'émission Bouchard en parle.
«Selon moi, t'es probablement qu'un p'tit fils d'immigrants prétentieux qui a pas sa place à Québec ou au Québec. Tu devrais songer à retourner dans ton champ de riz avec ta famille ou débarquer dans les usines de produits Apple à 4$ l'heure... question de suivre le moule et les clichés associés à ta euh, comment dire, race?» a écrit l'internaute dans un message privé envoyé à l'animateur via son compte sur le réseau social Facebook.
L'expéditeur, qui utilise un pseudonyme, poursuit ensuite dans la même veine. «Je sais de quoi je parle, j'ai habité des endroits à Québec où la mixité ethnique faisait son oeuvre. T'es seulement un autre de ces cas pathétiques immigrants crétins à exploiter, le Chinois de Tokyo (Chinetok pour les non initiés).»
Dans sa plainte, l'animateur indique que ces mots ont provoqué en lui une immense colère, une grande incompréhension et une douleur sourde qui ont ravivé les blessures des insultes racistes qu'il a subies alors qu'il fréquentait l'école primaire. Il ajoute que les insultes ont également touché ses quatre jeunes soeurs et son père. «Je me suis senti attaqué dans mon identité, mon intégrité, mes origines. Ces propos m'ont blessé de façon importante. J'y repense encore beaucoup», mentionne-t-il, ajoutant que ce sont les pires insultes racistes qu'il n'ait jamais reçues.
44 messages
Après avoir partagé sa douleur sur Facebook, M. Bui dit avoir reçu 44 messages insultants du même internaute en l'espace de quelques jours. «Les messages touchaient les immigrants et les minorités ethniques, mais, dès que j'ai commencé à en parler publiquement, il s'est mis à se justifier en disant qu'il faisait «des expériences sociales» et il s'est mis à s'attaquer aussi à mon travail et à mon employeur, le qualifiant de radio poubelle», poursuit-il.
L'animateur ajoute que l'internaute a toutefois supprimé ses comptes Facebook, Twitter et linkedIn quand il a abordé de nouveau la question en ondes et mentionné qu'il avait l'intention de prendre des moyens légaux pour faire face aux insultes racistes qu'il avait reçues.
Enquête
Avant de pousser le dossier plus loin, Jean-Simon Bui a cependant dû avoir recours à ses techniques d'enquête afin d'identifier la personne qui se cachait derrière le pseudonyme. «J'avais enregistré tous les messages et informations et j'ai fait des recherches sur les réseaux sociaux. J'ai pu identifier avec assez de certitude une personne qui, je crois, est celle qui m'a envoyé les messages racistes et intimidants. Les gens de la Commission des droits de la personne m'ont dit que les informations que j'avais recueillies étaient suffisantes pour rendre ma plainte recevable», explique le journaliste, soulignant qu'il n'est pas toujours simple d'identifier l'auteur de commentaires sur les réseaux sociaux.
En déposant sa plainte, Jean-Simon Bui souhaite obtenir une compensation financière pour la douleur subie et des excuses de la part de l'internaute qui a proféré des insultes racistes envers lui. Une fois sa plainte reçue, la Commission mènera une enquête et transmettra s'il y a lieu le dossier au Tribunal des droits de la personne, qui entendra la cause et déterminera si la personne mise en cause est coupable et si elle doit verser une compensation au plaignant.