Réjean Bacon répète qu’il est prêt à se rendre «jusqu’au bout» pour obtenir de la SAAQ qu’elle change sa politique d’indemnisation pour les 65 ans et plus. «Je vous avoue que mes enfants ne tripent pas à propos de cette éventualité, mais ils me connaissent et ils savent que quand je vois un problème, je n’ai pas de difficulté à me lever pour le combattre.»

Vers une quatrième grève de la faim

Âgé de 67 ans, Réjean Bacon se prépare à entamer sa quatrième grève de la faim. Cette fois, il souhaite amener la Société de l’assurance-automobile du Québec (SAAQ) à modifier sa politique d’indemnisation pour les 65 ans et plus, qui voient leurs prestations amputées de 25 % chaque année pour finalement ne plus rien recevoir à l’âge de 68 ans.

«J’aurai 68 ans le 27 janvier et à partir de cette journée-là, la SAAQ ne me versera plus un sou», indique au Soleil cet ancien vendeur d’automobiles chez Sainte-Foy Toyota qui a subi un grave accident de la route en septembre 2010. «Un camion-remorque dont le chauffeur s’était endormi au volant m’a poussé hors de la route, j’ai fait trois tonneaux et j’ai subi des blessures qui ont changé ma vie», poursuit-il. En plus d’un choc post-traumatique, M. Bacon a eu cinq fractures au pied gauche et n’était plus capable de faire son travail. «Mon pied me fait tout le temps souffrir. Si, à cause de cela, je lâche la pédale d’embrayage au mauvais moment, je scrappe la voiture», illustre-t-il.

La SAAQ lui a versé pendant près de cinq ans la somme de 3600 $ par mois, soit l’équivalent de près de 43 000 $ par an ou 90 % de son revenu net.

Coupes annuelles

Toutefois, les règles en vigueur veulent que cette prestation annuelle soit coupée de 25 % à l’âge de 65 ans, de 50 % à l’âge de 66 ans et de 75 % à 67 ans avant d’être complètement éliminée à 68 ans. «Je suis passé de 3600 $ à 2700 à 1800 $ à seulement 800 $ par mois et, bientôt, je n’aurai plus rien», poursuit ce père de famille qui estime ne plus avoir rien à perdre. «Il ne me restera plus que ma pension de moins de 12 000 $ par an. J’aurai de la difficulté à payer pour certains médicaments et je ne pourrai pas payer pour les études du plus jeune de mes quatre enfants, qui a 19 ans. C’est le seul que je ne pourrai pas aider.»

M. Bacon rappelle que la loi a été faite à une époque où l’espérance de vie était de 12 ans moindre et qu’elle n’a pas été changée depuis. «Si j’avais eu mon accident à l’âge de 30 ans, la SAAQ aurait payé pendant 38 ans, mais comme je l’ai eu à 59 ans, j’aurai reçu des prestations durant moins de neuf ans.»

C’est pour cette raison que, lundi, il se rendra aux bureaux de la SAAQ sur la rue Jean-Lesage et qu’il cessera de s’alimenter et de s’abreuver. «C’est la première fois que je fais une grève de la faim et de la soif et je sais très bien que je pourrais en mourir. Mais je suis dans une situation où je sais que ce que j’attaque ne changera pas et que je sais que ça prendra mon sacrifice pour faire avancer les choses», poursuit-il. «Je sais qu’on tentera peut-être d’utiliser la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes et pour autrui pour mettre fin à mon combat, mais je suis tout à fait sain d’esprit. Je suis simplement un contestataire.» 

«Gréviste» en série

En effet, Réjean Bacon s’y connaît en matière de grèves de la faim. En 2002, il avait tenu trois jours pour protester contre le fait qu’une compagnie d’assurances ne soit pas obligée de le dédommager immédiatement alors qu’il avait été blessé dans un accident causé par l’employé d’un magasin qui avait échappé un lourd support sur lui. 

Il y a quelques années, il avait tenu près de quatre jours pour protester contre la SAAQ qui... lui laissait son permis de conduire alors qu’il était un danger sur la route en raison de sa condition. «Ils m’ont promis de travailler sur le dossier des conducteurs dangereux», précise-t-il au sujet de la raison de l’arrêt de son jeûne.

Finalement, l’an dernier, il avait fait un jeûne de près d’une semaine afin de protester contre le fait que des grilles de bouches d’égout soient dangereuses pour les jeunes enfants, dont les pieds pouvaient y glisser. C’est après que le maire Régis Labeaume ait accepté de retirer ces grilles des passages piétonniers et des secteurs où résident de jeunes enfants que M. Bacon avait recommencé à s’alimenter.

«Maintenant, je voudrais que les prestations puissent assurer la qualité de vie des assurés de la route. Personne ne devrait être pénalisé parce qu’il a eu un accident, peu importe son âge. Si ce n’avait pas été du no fault, j’aurais pu poursuivre le conducteur du camion et j’aurais eu de l’argent que j’aurais pu mettre de côté», souligne-t-il, répétant qu’il est prêt à se rendre «jusqu’au bout». 

«Je vous avoue que mes enfants ne tripent pas à propos de cette éventualité, mais ils me connaissent et ils savent que quand je vois un problème, je n’ai pas de difficulté à me lever pour le combattre.»