Vers une grève au RTC

Les chauffeurs du Réseau de transport de la capitale (RTC) ont voté en faveur d'un mandat de grève générale illimitée à 95,2%, dimanche après-midi. Le syndicat, qui poursuit les négociations, pourra déclencher la grève «au moment jugé opportun».
Près de 700 des quelque 950 chauffeurs du RTC membres du syndicat des employés du transport public du Québec métropolitain (SETPQM) se sont rendus à l'assemblée générale spéciale, dimanche après-midi, à Québec. Sans convention collective depuis le 30 juin, les chauffeurs se sont rendus aux urnes au bout de plusieurs heures de discussions, votant à 95,2% en faveur du mandat de grève générale illimitée demandé par leur syndicat. Le résultat a été accueilli par des applaudissements nourris dans la salle du 5100, boulevard des Gradins. 
«On est toujours en négociations avec l'employeur», a tenu à préciser le président du SETPQM, Ghislain Dolbec. «Ce que je peux dire, c'est que le résultat du vote d'aujourd'hui [hier] montre que les chauffeurs ne veulent pas subir de détérioration de leurs conditions de travail, qu'ils sont prêts à tout pour faire débloquer les négociations et surtout, qu'ils appuient massivement leur syndicat.»
Le temps presse
Se disant prêt à négocier jour et nuit et sept jours sur sept pour éviter une grève, Ghislain Dolbec assure que c'est la récente adoption de la loi 24 limitant les délais pour négocier des conventions collectives dans le secteur municipal qui force la tenue d'un vote de mandat de grève à ce moment-ci du processus de négociations. «Plus les délais sont courts, plus les employés sont obligés d'exercer la pression tôt.»
Une 46e séance de négociations entre les deux parties depuis le 22 juin est déjà prévue, lundi après-midi, mais le SETPQM pourra désormais déclencher une grève «au moment opportun» s'il se voit incapable d'en venir à une entente prochainement avec le RTC. 
Dans un communiqué envoyé aux médias après le vote de dimanche, le RTC a toutefois précisé que les chauffeurs devaient légalement aviser la population sept jours ouvrables avant de déclencher une grève, comme le transport en commun est un service essentiel. 
«Nous souhaitons rassurer la clientèle: il n'y a aucune modification dans la livraison de notre service, les clients ont toujours accès à nos services réguliers, et ce, jusqu'à nouvel ordre», s'est contenté de commenter le président du conseil d'administration du RTC, Rémy Normand,
Le régime de retraite, les salaires et l'organisation du travail seraient tous trois au coeur des négociations entre l'employeur et ses chauffeurs, mais le SETPQM n'a pas voulu en dire davantage à ce sujet. «Il n'est pas dans notre intention de négocier sur la place publique», a maintenu M. Dolbec, qui n'a pas non plus été en mesure de détailler les services essentiels qui seraient maintenus en cas de grève. 
Horaires et vie de famille
Les horaires de travail et la conciliation travail-famille sont des préoccupations particulièrement importantes pour les employés du RTC, a cependant admis un des deux chauffeurs ayant reçu la permission du syndicat pour s'adresser aux médias, Ron Pugh. «La vie de chauffeur, c'est d'aller porter les gens au travail le matin et les ramener chez eux en fin de journée, donc ça implique une journée de travail qui est très longue. C'est sûr que la vie change. Autrefois, il y a 40 ans, on vivait dans une société de travail. Aujourd'hui, on vit dans une société où les gens veulent ménager un peu plus de temps pour leurs loisirs et leur famille.»
Questionné sur la possibilité de n'offrir que des services essentiels, un autre chauffeur, Daniel Pouliot, a assuré que le but n'était pas de prendre la population en otage. «Je pense que tout le monde va continuer à faire son travail avec le sourire. Notre travail est encore de transporter des gens et on va continuer à le faire, mais on va s'en remettre aux décisions et ententes prises par le syndicat si jamais on se rend là.»
Le SETPQM a déclenché 11 grèves en 38 ans, mais la dernière remonte à 2004, à Québec. Elle avait alors duré 11 jours. Les deux dernières négociations de convention collective, en 2012 et 2014, avaient débouché sur des prolongations du contrat de travail déjà en place.