La coopérative participe à un projet pancanadien de «microélimination» de l’hépatite C financé par la compagnie pharmaceutique Gilead.

Vers une éradication de l’hépatite C à Québec grâce à SABSA?

Sans la coopérative SABSA, l’hépatite C ferait davantage de ravages à Québec, particulièrement chez les utilisateurs de drogue par injection. Mais grâce à son travail de rue et à son vaste réseau de contacts, la clinique du quartier Saint-Roch identifie, traite et accompagne chaque année des dizaines de patients infectés, contribuant ainsi à éliminer la maladie dans sa communauté.

La coopérative participe à un projet pancanadien de «microélimination» de l’hépatite C financé par la compagnie pharmaceutique Gilead. Des 11 cliniques et organismes canadiens qui ont participé au programme cette année, c’est SABSA qui a le mieux fait, c’est-à-dire qui a réussi identifier le plus grand nombre de personnes atteintes de l’hépatite C à l’intérieur d’une communauté au pays.

En seulement un an, l’intervenant psychosocial Simon Vermette, les infirmières Isabelle Têtu et Marie-Christine Leclerc, en collaboration avec des médecins spécialistes et différents organismes communautaires de Québec, ont réussi à identifier plus de 220 personnes infectées par le virus. De ce nombre, 193 patients ont amorcé un traitement, et, parmi eux, 71 ont reçu des services d’accompagnement à des rendez-vous médicaux et de soutien, selon les données transmises au Soleil. 

«Quand on a commencé en 2011, il y avait vraiment un trou de service quant au traitement et à l’accompagnement des personnes atteintes de l’hépatite C, qui sont surtout des personnes utilisatrices de drogue par injection», explique la coordonnatrice de SABSA, Amélie Bédard. 

Traitements plus rapides

Il y a une dizaine d’années, se souvient Mme Bédard, les traitements pour l’hépatite C s’étalaient sur une année et étaient difficiles à supporter pour les patients. «Il y avait beaucoup d’effets secondaires, c’était presque comme de la chimiothérapie. Aujourd’hui, les traitements se donnent sur 12 semaines et les patients ont moins d’effets secondaires», souligne-t-elle.

On estime que 250 000 Canadiens vivraient avec le virus de l’hépatite C chronique (VHC), et que près de la moitié (44 %) ne seraient pas au courant de leur infection. Au Québec, entre 40 000 et 75 000 personnes pourraient être atteintes du VHC, selon l’Institut national de santé publique du Québec. Les personnes infectées peuvent vivre avec le virus plusieurs années avant de ressentir des symptômes. Non traité, le VHC peut entraîner des conséquences très graves, comme la cirrhose et, dans certains cas, le cancer du foie.  

Aujourd’hui, les traitements contre le virus peuvent fournir une guérison complète de la maladie. «C’est ce qu’on explique à nos patients pour les convaincre de suivre les traitements, qu’ils peuvent guérir. Évidemment, ils peuvent se réinfecter s’ils continuent d’utiliser des drogues par injection et d’avoir des comportements à risque», d’où l’importance pour l’équipe de SABSA de faire aussi de l’enseignement, explique Amélie Bédard.

Selon la coordonnatrice de la coopérative, si SABSA parvient à soigner autant de patients atteints du VHC, c’est qu’elle peut compter sur des alliés indispensables dans sa communauté. «On est sur le terrain, on a des liens avec des refuges et des organismes comme PECH, Point de repères et le PIPQ, et on travaille en étroite collaboration avec une infirmière et des médecins, qui peuvent nous référer des patients. C’est en travaillant sur tous les fronts qu’on arrive à rejoindre et à traiter autant de monde», souligne-t-elle.

Mme Bédard mentionne que d’année en année, SABSA identifie et traite toujours plus de personnes atteintes d’hépatite C. «Je ne sais pas si c’est parce qu’il y a plus de cas ou parce qu’on les identifie plus, mais on a espoir d’arriver au bout de la liste», dit-elle.

En février, Le Soleil rapportait que la coopérative de la rue Saint-Vallier participait aussi depuis mars 2018 au programme PIHVOT, un programme «d’accompagnement soutenu» de patients atteints du VIH. Sur la cinquantaine de patients suivis par l’intervenante Marilyn Rochette, 95 % adhèrent à leur traitement d’antirétroviraux dans le cadre du projet.