Vers une crise du logement à Québec?

Le taux d’inoccupation des logements sur le territoire de la Ville de Québec est à un pourcentage bien plus bas que la valeur d’équilibre, laissant craindre une crise du logement d’ici au 1er juillet. L’Office municipal d’habitation de Québec (OMHQ) a déjà reçu plus du double de demandes d’aide par rapport à 2019.

Personne ne finira toutefois à la rue; la grande majorité des locataires ont déjà été aidés à se loger.

L’OMHQ a reçu près de 200 demandes à l’approche du 1er juillet, comparativement à 77 l’année dernière sur l’ensemble de la période de mai à fin juillet. «On a plus que triplé notre équipe pour répondre à la demande, explique le directeur général de l’OMHQ, Claude Foster. Le point positif, c’est que plus de 90 % des dossiers traités sont réglés et les gens ne se retrouveront pas à la rue au 1er juillet.»

Le taux d’inoccupation à Québec se situe à 1,7 % selon des chiffres de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), bien en deçà du point d’équilibre du marché fixé à 3 %. «La pénurie en est surtout une de logements abordables, détaille Claude Foster. C’est sûr que si on veut un condo locatif, on risque d’en trouver un si on a les moyens de le payer.»

Selon le Bureau d’animation et information logement (BAIL), la crise est d’autant plus forte dans les quartiers centraux de la ville de Québec, comme Saint-Roch, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Sauveur et Limoilou. «Non seulement les logements à louer sont moins nombreux, mais en plus ils sont hors de prix», constate l’organisateur communautaire du BAIL, Jonathan Carmichael. Selon une étude menée par le BAIL, les logements à louer sont annoncés à un loyer près de 30 % plus cher que la moyenne des logements du secteur, soit un peu plus de 200 $ de plus par mois. Le loyer moyen que payent actuellement les locataires des quartiers centraux est de 730 $, mais les annonces de logements à louer sont à 940 $ en moyenne.

À l’OMHQ, on se veut rassurant. «Ce ne sera pas une crise du logement comme celle des années 2000, avance M. Foster. Nous sommes plus structurés et organisés pour faire face à une telle éventualité.»

La COVID pour expliquer le phénomène

Parmi l’ensemble des demandes reçues cette année à l’approche du 1er juillet, 80 % d’entre elles proviennent de personnes seules. «Le confinement pendant la COVID-19 pourrait avoir causé plus de séparations, estime Claude Foster. À ce moment-là, il faut d’autant plus de logements.» Une autre hypothèse sur l’augmentation des demandes est celle que les locataires n’auraient pas pu visiter un nouveau logement ou pris le temps de le faire en cette période de pandémie, selon le président de l’OMHQ.


« Non seulement les logements à louer sont moins nombreux, mais en plus ils sont hors de prix »
Jonathan Carmichael, organisateur communautaire du BAIL

Selon la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ), le taux d’inoccupation est amené à remonter de manière générale au Québec, en cette période de crise économique due à la pandémie. Elle estime que la COVID-19 force la main de locataires détenant plusieurs baux, car ils n’ont plus de touristes à qui sous-louer et des logements reviennent ainsi sur le marché résidentiel. De même, les entreprises qui louaient des logements meublés pour leurs employés n’auraient pas toutes renouvelé leurs baux. «Une crise économique a généralement pour effet de hausser le taux d’inoccupation des logements, affirme le directeur des affaires publiques de la CORPIQ, Hans Brouillette dans un communiqué. Cette hausse pourrait donc se poursuivre à moyen et même long terme. Il y aura davantage de colocation et les jeunes pourraient choisir de demeurer plus longtemps chez leurs parents.»

Les demandes

Chez les associations de défense des locataires, dont le BAIL, les voix s’unissent pour ramener à l’avant-scène une revendication de longue date : la création d’un registre des loyers. Ce registre permettrait aux nouveaux locataires de connaître le loyer payé par leurs prédécesseurs. Cela donnerait des munitions aux locataires pour entreprendre les recours prévus par la loi pour revoir leur loyer à la baisse.

Au mois de juin, 5 % des loyers sont restés impayés selon des chiffres de la CORPIQ pour l’ensemble du Québec. La corporation indique que la crise actuelle forcera les propriétaires à faire preuve de prudence avec leurs locataires. «Tant que le gouvernement du Québec n’instaurera pas un programme de cautionnement, les locataires à faible revenu, ceux sans expérience ou un ayant un dossier judiciaire auront davantage de difficulté à se trouver un logement de qualité», indique Hans Brouillette.