Les détenus des pénitenciers canadiens ont présentement accès à des ordinateurs pour du travail ou des activités personnelles, mais ils ne sont pas connectés aux réseaux externes ni à internet.

Vers un accès contrôlé à internet dans les pénitenciers

Alors que de plus en plus de pays permettent à leurs détenus d’utiliser internet afin de faciliter leur réintégration dans la société, le Canada a toujours refusé que ses délinquants aient accès au web. Service correctionnel du Canada (SCC) souhaite maintenant «trouver un équilibre entre la nécessité d’offrir aux détenus l’accès aux technologies numériques», tout en assurant la sécurité du public, des victimes, du personnel et des délinquants eux-mêmes. Un accès «contrôlé» à internet sera donc offert aux détenus.

Dans son «invitation à se qualifier pour le processus d’approvisionnement concernant l’initiative des ordinateurs et appareils technologiques destinés aux délinquants» publiée lundi sur le site d’appel d’offres du gouvernement fédéral, SCC rappelle qu’actuellement, les possibilités pour un délinquant d’interagir avec la technologie dans ses institutions comprennent notamment «un accès limité aux ordinateurs pour leur travail, leur programme, leurs besoins juridiques et leurs activités personnelles».

Il explique que «pour des raisons de sécurité, les ordinateurs ne sont pas connectés aux systèmes de sécurité du SCC, ni aux réseaux externes, ni à internet».

Sauf que «SCC a atteint le point où notre environnement est numérisé à un degré tel que l’absence de technologie dans les services du SCC limite la capacité de l’organisation d’avoir recours à des ressources progressives et actuelles en vue de mieux soutenir les efforts de réintégration et de réhabilitation des délinquants», écrit l’organisme.

SCC souhaite donc offrir aux délinquants un ensemble de services numériques, dont un service de courriel et un service de visites par vidéoconférence. Il veut également leur fournir un contenu numérique «approprié» de même qu’un accès «contrôlé» à internet.

Améliorer la réintégration 

L’appel lancé par SCC aux fournisseurs de services électroniques fait suite aux observations de l’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger. Dans ses derniers rapports annuels, M. Zinger préconisait qu’on offre aux détenus «un accès contrôlé aux technologies de l’information», dont un accès contrôlé au courriel et à internet. Il recommandait aussi que les délinquants puissent faire de l’apprentissage en ligne et avoir accès à des tablettes dans les cellules.

En entrevue à Radio-Canada en juillet 2017, l’enquêteur correctionnel du Canada affirmait qu’accorder l’accès à internet aux prisonniers permettrait d’améliorer la sécurité publique. «Cela peut faciliter leur réintégration [dans la société] et peut être un bon outil pour s’éduquer et alléger du même coup le fardeau du personnel des services correctionnels», notait M. Zinger.

Selon lui, un détenu qui peut naviguer sur le web a plus de chance de pouvoir suivre des formations, de développer des connaissances, de se trouver un emploi au terme de sa sentence et de diminuer le risque de récidive.

Le document publié par SCC sur le site d’appel d’offres du gouvernement du Canada ne précise pas quand les premiers pénitenciers pourraient être branchés et ne donne aucune estimation des coûts du projet. Les fournisseurs de services électroniques ont jusqu’au 19 juin pour se soumettre à une sélection préalable afin d’être retenus comme «répondants qualifiés» pour les étapes ultérieures du processus d’approvisionnement. «Seuls les répondants qualifiés seront autorisés à soumissionner lors d’une demande de soumission subséquente publiée dans le cadre du processus d’approvisionnement», précise SCC.