Sylvain Brouillette, leader de La Meute, et David Treggett, porte-parole de Storm Alliance. Les deux groupes ont décidé de marcher séparément, samedi à Québec.

Vers des tensions entre les groupes d'extrême droite identitaire?

S’il n’a pas été surpris de voir le groupe d’extrême droite Atalante Québec se joindre à la manifestation identitaire tenue à Québec, samedi, le néo-nazi repenti Maxime Fiset estime tout de même que l’incident pourrait provoquer des tensions chez les différents groupes de droite identitaire.

Débarqués parmi les manifestants de Storm Alliance et de La Meute alors que ceux-ci arrivaient à la fontaine de Tourny, les membres d’Atalante Québec, qui semblaient mélangés à un autre groupe d’extrême droite, les Soldats d’Odin, ont réussi sans trop de difficulté à se greffer au rassemblement. 

Si la présence de ces militants ultranationalistes a été tolérée, contrairement à ceux de l’extrême gauche, c’est parce que les premiers ne risquaient pas d’entrer en conflit avec les membres des deux groupes organisateurs de la manifestation, a expliqué le Service de police de la Ville de Québec, en fin de journée. 

Confirmation

Pour l’ex-skinhead Maxime Fiset, la scène a toutefois confirmé publiquement des liens qui ont toujours existé entre Atalante et Storm Alliance, une organisation se réclamant plus modérée. 

«Avant, Storm Alliance niait ces liens-là, mais je pense qu’aujourd’hui, on peut dire qu’ils les affichent ouvertement. Ils ont arrêté le mensonge là-dedans. On a vu des gens d’Atalante descendre des remparts pour se joindre aux militants de Storm Alliance. Or, cette proximité entre les deux groupes pourrait créer des tensions avec La Meute, croit Fiset, qui se consacre désormais à la lutte contre la radicalisation. 

«La Meute a toujours tout fait pour se tenir loin d’Atalante Québec. Là, si Storm Alliance les a invités, c’est comme s’ils envoyaient promener la Meute. On va voir ce que ça donne, mais ça se peut que ces tensions-là soient discutées en privé, la porte fermée.»

Sylvain Brouillette, leader de La Meute, n’a pas fait de cas particulier de leur présence. «On n’avait pas communiqué avec eux autres. Ils ont décidé de participer à la manifestation avec leur groupe à eux», a-t-il dit après la manifestation. «On avait un appel aux citoyens, ce sont des citoyens et ils ont le droit de manifester.»  Avec David Rémillard

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DES GROUPES PAS HOMOGÈNES

La manifestation de samedi, à Québec, rassemblait différents groupes dits de droite identitaire ou d’extrême droite. Défendant des positions et des stratégies différentes, chacun d’entre eux s’est affiché de façon distincte plutôt que de former un seul groupe homogène.

Storm Alliance

Le rassemblement était organisé par Storm Alliance et devait à l’origine dénoncer la consultation sur la discrimination systémique et le racisme. Cette dernière a cependant été annulée le mois dernier pour faire place à un forum, en décembre, où les mots «racisme» et «systémique» ont complètement disparu. 

Les «Stormers», qui ne semblent pas s’opposer aussi farouchement à ce forum, ont donc «élargi le mandat» de leur action de samedi, sans toutefois identifier une cause précise. «Tout le monde est tanné des libéraux. Le niveau de taxation, le système de santé qui est inhumain, choisis ta cause… y’a tellement de raisons de détester les libéraux», a expliqué David Treggett, fondateur de Storm Alliance.

La Meute

La Meute s’est greffé à la manifestation de Storm Alliance et a participé à son organisation. Les deux groupes ont toutefois décidé de marcher séparément. «On est là pour manifester contre le gouvernement Couillard, un gouvernement qui fait preuve de mépris envers le peuple québécois», a exprimé Sylvain Brouillette, leader de La Meute.

La Meute a dénoncé samedi le principe des accommodements religieux et a maintenu que les immigrants devaient s’intégrer, sans quoi la culture québécoise était menacée. «On demande que les autres adoptent notre mode de vie, notre culture, notre langue.»

Sylvain Brouillette ne semblait pas enchanté par la présence des III % avec Storm Alliance. «Ça ne représente pas notre idéologie, car on est un groupe pacifique, contre la violence.» 

III %

La milice d’extrême droite III % Québec se décrit comme une milice de «patriotes» mais non violente. Le mouvement est issu des Three Percent américains, à la différence que les branches canadiennes ne peuvent s’afficher publiquement avec leurs armes.   

«On vient ici pour protéger les manifestants, qui ont le droit de manifester», a expliqué un de leur représentant, samedi. Le groupe rassemble des amateurs d’armes à feu et des survivalistes. «On a des anciens militaires, des gens de la sécurité privée, des gens qui font de la formation en arts martiaux.» III % mène notamment des entraînements en forêt.

Atalante Québec

Le groupe ultranationaliste est connu pour ses coups d’éclat. Ses membres, toujours cagoulés, affichent des banderoles anti-immigration dans la capitale de façon régulière. Ils ont importé la campagne «REMIGRATION» des mouvements d’extrême droite européens, qui consiste à réclamer le renvoi de tous les immigrants dans leur pays d’origine.  David Rémillard