Est-il vrai qu’on peut utiliser une lampe à rayons UVC pour désinfecter un espace de 1000 pieds carrés?
Est-il vrai qu’on peut utiliser une lampe à rayons UVC pour désinfecter un espace de 1000 pieds carrés?

Vérification faite: une lampe UV contre la COVID-19?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L'AFFIRMATION : «Est-il vrai qu’on peut utiliser une lampe à rayons UVC pour désinfecter un espace de 1000 pieds carrés?», demande Jacques Thériault, de Gatineau.

Les faits

L’acronyme UVC réfère à une sorte d’ultraviolets (UV) que certaines «lampes de désinfection» sont conçues pour émettre. Les rayons UV ne sont rien de plus qu’une forme de lumière, qui ne peut pas être perçue par l’œil humain et qui est plus énergétique que la «lumière visible». Ceux que l’on reçoit du soleil se classent grosso modo en trois catégories : les UVA, qui forment 95 % des ultraviolets qui se rendent jusqu’au sol et qui ne transportent qu’un tout petit peu plus d’énergie que la lumière visible ; les UVB, plus énergétiques, mais qui sont en grande partie bloqués par l’atmosphère ; et les UVC, qui sont beaucoup plus énergétiques, mais qui ne traversent pas l’atmosphère. 

En théorie, on peut désinfecter une pièce avec des ultraviolets. Il n’y a pas encore d’étude sur la survie de la COVID-19 aux UV, mais il serait extrêmement étonnant que ce virus y résiste mieux que les autres, dit Pierre Talbot, chercheur à l’Institut Armand-Frappier et spécialiste des coronavirus. «C’est un principe commun à tous les virus : les rayons UV détruisent leur [matériel génétique]. […] Quand on fait “pousser” un virus en laboratoire, une fois qu’on a fini et qu’on en a plus besoin, on allume une lampe à UV pour le détruire», dit-il.

À ce petit jeu, les UVA et les UVB n’abattent pas la besogne de manière très rapide. Les UVC, eux, sont beaucoup plus efficaces, lit-on dans une étude parue en 2005 dans le Journal of Virology. C’est d’ailleurs une méthode déjà utilisée dans certains hôpitaux pour aseptiser des blocs opératoires et dans certaines usines de traitement des eaux, par exemple, et c’est pourquoi plusieurs fabricants de lampes à UVC ont vu dans la pandémie de COVID-19 (et la demande accrue pour tous les produits désinfectants) une belle occasion d’affaires.

Alors oui, on peut en principe stériliser une pièce avec une lampe à UVC. En pratique, cependant, il y a deux autres choses à savoir à ce sujet, qui peuvent rendre cette option passablement moins désirable. La première, c’est que tout comme la lumière visible, les ultraviolets peuvent être bloqués par de la matière. Un virus peut être «dans l’ombre» de quelque chose et échapper aux UV — et à la taille qu’ils ont, la moindre aspérité peut servir d’écran. Dans des conditions connues et contrôlées, comme dans des hôpitaux ou labos, et avec des instruments de grande qualité, les UV peuvent être extrêmement efficaces pour tuer les germes. Mais dans d’autres contextes et avec les lampes de qualités variables en vente libre sur le web, leur effet stérilisant est mal démontré, avertissait récemment les Académies nationales des sciences, ingénierie et médecine des États-Unis.

D’ailleurs, Santé Canada a émis quelques avertissements récemment pour «publicité illégale, fausse ou trompeuse» contre des fabricants de lampes UV [https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/medicaments-produits-sante/covid19-industrie/incidents-publicite-produits-sante.html]. Des allégations comme «convient dans la salle de bain, le salon, la chambre, à l’hôtel, contre la grippe et la COVID-19» avaient été jugées problématiques.

La seconde chose à savoir, et c’est sans doute la plus grave, c’est que si les UVC tuent les microbes, ils ne sont pas bons pour les humains non plus. Tant les UVA que les UVB peuvent faire vieillir la peau et endommager l’ADN de nos cellules, ce qui vient avec un risque de cancer de la peau. Mais à cause de leur énergie plus forte, les UVC sont encore pires — c’est vraiment une chance que la couche d’ozone les arrête ! En plus du danger de tumeur, les UVC peuvent également blesser la rétine des yeux.

Il ne faut jamais tenter de se désinfecter la peau ou quelque partie du corps que ce soit avec ces lampes-là, avertit l’Organisation mondiale de la santé sur son site. Les effets délétères ne sont pas instantanés, on s’entend, mais les instruments de désinfection aux UV sont toujours manipulés avec des mesures protectrices pour éviter d’exposer des humains aux rayons.

Verdict

Ça peut marcher, mais il y a plusieurs «mais»... La qualité des lampes UVC disponibles sur le web est variable et n’a pas été bien testée. Sans compter que les UVC sont un rayonnement nocif pour la santé humaine.

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.