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Alors que la vaccination progresse en Israël, le nombre quotidien de décès liés à la COVID-19 a reculé de 7,5 par million à la fin janvier à seulement 3 au milieu de la semaine dernière.
Alors que la vaccination progresse en Israël, le nombre quotidien de décès liés à la COVID-19 a reculé de 7,5 par million à la fin janvier à seulement 3 au milieu de la semaine dernière.

Vérification faite: un vaccin qui aggrave les symptômes, vraiment? 

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L'affirmation: «Je suis tombé sur un article de France-Soir tout récemment qui dit qu’en Israël, le vaccin contre la COVID-19 semble provoquer une forte mortalité. Si ces informations s’avéraient, je trouverais cela très inquiétant. Alors qu’en est-il?» demande Martin Paradis, de Saint-Martin-de-Beauce.

LES FAITS

Le texte en question est en fait la traduction d’un billet paru le 15 février sur un forum israélien nommé nakim.org, qui publie des contenus à forte teneur conspirationniste. C’est d’ailleurs entièrement cohérent avec ce qu’on lit souvent sur le site de France-Soir, qui a fait grincer bien des dents de scientifiques ces derniers mois en publiant à répétition des faussetés au sujet du coronavirus. L’auteur du billet, Haim Yativ, se présente comme un ingénieur qui dit avoir été aidé dans ses analyses par un médecin français, le Dr Hervé Seligmann. Il y présente des chiffres qui, dit-il, montreraient «présumément» que le vaccin anti-COVID de la pharmaceutique Pfizer (le seul distribué en Israël), loin de protéger, aggraverait en réalité les symptômes de la COVID et augmenterait le nombre de morts.

D’après ce que j’ai pu voir, les statistiques présentées dans ce billet sont réelles. Mais l’usage qui en est fait, lui, est une belle illustration de cette maxime scientifique voulant qu’il en va des données comme des gens : si on les torture assez longtemps, elles finissent par dire tout ce qu’on veut. Le texte est assez touffu et je ne peux pas passer en revue tous ses arguments ici, mais voici les principaux points que j’ai relevés.

- Des pommes et des oranges. Le point de départ est un article paru le 11 février sur le site Ynet du quotidien Yedioth Ahronoth, plus particulièrement un tableau montrant l’état des patients hospitalisés (ou décédés) selon le nombre de jours écoulés après la 1re ou la 2e dose de vaccin anti-COVID. Dans le tableau de Ynet, on dénombre 1251 patients dans un état «sérieux» ou «critique» qui ont reçu au moins une dose du vaccin. M. Yativ compare ce chiffre avec les données du ministère israélien de la Santé qui, en date du 10 février, dénombrait un peu plus de 1000 patients hospitalisés dans un état «sévère» à cause de la COVID-19. M. Yativ en conclut que «la plupart» des gens dans un état grave ont reçu au moins une dose depuis 14 jours ou plus (en fait, c’est plus autour de la moitié) et y voit une preuve que le vaccin empire la maladie. Le hic, cependant, c’est qu’il compare des pommes avec des oranges : le nombre de patients dans un état grave est un «instantané» qui ne concerne qu’une seule journée alors que le tableau de Ynet cumule des cas survenus sur une assez longue période (au moins deux semaines, voire plus). Pour s’en faire une idée, on n’a qu’à songer au fait que le tableau de Ynet fait état de 660 décès alors que la COVID-19 tue environ 35 personnes par jour depuis un mois. On ne peut donc absolument rien tirer d’une telle comparaison.

- Rien d'anormal. Le texte de nakim.org/France-Soir note ensuite qu’«au moins 0,05 %» des citoyens israéliens qui ont reçu le vaccin sur une période de cinq semaines en janvier et février sont décédés, ce qui est présenté comme la preuve que le vaccin tuerait. Le hic, c’est que ce n’est pas une proportion anormale de décès : le taux de mortalité est d’environ 0,5 % par année en Israël d’après des chiffres de la Banque mondiale; si l’on ramène ça sur une période de cinq semaines, on obtient une mortalité attendue de 0,048 %.

- La pire vague. L’auteur de nakim.org/France-Soir enchaîne avec des chiffres montrant que près de la moitié des décès dus à la COVID-19 en Israël sont survenus entre le 15 décembre et le 15 février derniers, ce qui est interprété comme un autre signe de la nocivité du vaccin parce que cela coïncide à peu de chose près avec le début de la vaccination là-bas — soit le 19 décembre. D’après le site ourworldindata.org de l’Université Oxford, les statistiques sont véridiques : 2400 morts sur un total de 5414 depuis le début de la pandémie, soit environ 45 %. Or il n’y a rien de bien mystérieux là-dedans puisque le pays a connu sa pire vague de COVID-19 depuis le début de la pandémie à partir de la fin de novembre, et que les nouveaux cas n’ont fini par plafonner (puis redescendre) qu’à partir de la mi-janvier. Israël a atteint quotidiennement près de 1000 nouveaux cas par million d’habitants (moyenne mobile sur 7 jours) en janvier — par comparaison, le Québec a à peine dépassé les 300 par million au pire de la vague actuelle —, alors que son pic précédent était de 650-700 en septembre et que le pays avait été largement épargné par la vague du printemps dernier. Il était donc inévitable que la mortalité due à la COVID-19 soit concentrée au cours des deux derniers mois, indépendamment des efforts de vaccination.

Ajoutons à cela que la théorie voulant que le vaccin de Pfizer ait aggravé les symptômes de la COVID-19 en Israël ne cadre vraiment pas bien avec le «portrait général» de la situation là-bas. Si cela avait été le cas, on aurait dû voir les complications continuer d’augmenter à mesure que la vaccination progressait, mais c’est le contraire qu’on a vu : le nombre de patients dans un état grave est passé de près de 1200 à la ­mi-janvier à 770 mercredi dernier, selon des chiffres du ministère israélien de la Santé, et le nombre quotidien de décès liés à la COVID-19 a reculé de 7,5 par million à la fin janvier à seulement 3 au milieu de la semaine dernière.

En outre, cette thèse est complètement contredite par des données autrement plus solides que celles présentées sur nakim.org/France-Soir. Ainsi, les essais cliniques sur le vaccin de Pfizer ont montré une réduction de près de 90 % des cas de COVID sévère chez les vaccinés, comparé à ceux qui n’avaient reçu qu’un placebo. Certes, il s’agissait là de très petits nombres (9 cas dans le groupe placebo, 1 cas chez les vaccinés), mais ces chiffres ont été confirmés par la suite. La Santé publique anglaise a en effet publié lundi dernier un rapport montrant que le vaccin de Pfizer réduit de près des trois quarts les infections et que, parmi les vaccinés qui attrapent le virus quand même, le risque d’hospitalisation et de décès est réduit de moitié environ.

La Santé publique israélienne a fait le même genre d’exercice et arrive elle aussi à des conclusions semblables.

VERDICT

Faux. Le billet publié par France-Soir présente des chiffres qui semblent appuyer la thèse d’un vaccin qui aurait aggravé les symptômes de la COVID-19, mais qui ne résistent pas à un examen de base. Ils contredisent en outre d’autres données beaucoup plus solides qui montrent clairement l’effet protecteur des vaccins. France-Soir n’est pas une source d’information fiable sur la COVID-19.

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