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Pas encore assez de données pour vacciner les femmes enceintes?
Pas encore assez de données pour vacciner les femmes enceintes?

Vérification faite: pas encore assez de données pour vacciner les femmes enceintes?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L'AFFIRMATION : «Mon conjoint et moi-même allons être grands-parents à la fin de l’année. Or notre fils et sa conjointe ne sont pas encore vaccinés. L’argument majeur, notamment pour la maman : il n’y a pas assez de données pour s’assurer que les vaccins n’auront pas d’incidence négative sur le bébé. Ce que j’ai lu sur le sujet donne pourtant à penser que le risque d’attraper la maladie est pas mal pire que les risques associés aux vaccins. Alors reste-t-il vraiment encore tant d’inconnues que ça pour les femmes enceintes ?», demande Sylvie McNulty, de Lévis.

LES FAITS

Il est vrai que pendant un certain temps, on n’a eu que très, très peu de données au sujet de l’efficacité et de la sécurité des vaccins anti-COVID chez les femmes enceintes spécifiquement. Les grands essais cliniques menés pour les principaux vaccins avaient explicitement exclu les femmes enceintes afin de contrôler le plus de variables possible, si bien que dans des «commentaires» envoyés en décembre à la revue médicale Obstetrics and Gynecology et en janvier à l’American Journal of Obstetrics and Gynecology, des chercheurs déploraient le peu d’information dont disposaient les femmes enceintes et leurs médecins pour décider de se faire vacciner ou non.

Cependant, il y a deux choses à savoir à ce sujet, souligne Dre Isabelle Boucoiran, une gynécologue de l’Hôpital Sainte-Justine, à Montréal, qui mène des recherches sur les maladies infectieuses chez les femmes enceintes. D’abord, dit-elle, «peu de données, ça ne voulait pas dire pas de données du tout. On avait quand même des essais faits sur des animaux, on connaît le fonctionnement général des vaccins et on avait des données sur les vaccins anti-COVID chez les adultes, qui étaient rassurantes». En attendant de meilleures études, les deux articles cités plus haut recommandaient d’ailleurs d’offrir le vaccin aux femmes enceintes sur cette base.

Or justement, et c’est le deuxième point, «on en a maintenant, des données sur les femmes enceintes», dit Dre Boucoiran. En avril, le New England Journal of Medicine a publié des résultats («préliminaires», mais quand même) sur plus de 35 000 femmes enceintes qui ont reçu l’un ou l’autre des vaccins à ARN-messager (Pfizer ou Moderna). Les auteurs n’ont trouvé parmi les effets secondaires rapportés «aucun signal clair de [problème de] sécurité». De même, les taux de fausse couche, de mortinaissance, de naissances prématurées ou de petit poids, et d’anomalies congénitales apparaissaient essentiellement normaux. Évidemment, admettent les auteurs de l’étude, il s’agit-là d’un suivi à court terme et il faudra poursuivre les travaux sur cette question, mais cela n’en demeure pas moins rassurant.

«Maintenant, ajoute Dre Boucoiran, est-ce qu’on doit exclure les femmes enceintes de la vaccination à cause de l’absence de données à long terme ? Je ne crois pas parce que ces vaccins-là ont un bénéfice direct pour la mère (…) et un bénéfice pour son nouveau-né puisque les anticorps semblent passer au bébé.»

Les risques d’être admis aux soins intensifs à cause de la COVID-19 sont en effet de 10,5 par 1000 chez les femmes enceintes contre 3,9 par 1000 chez les femmes «non enceintes» d’âge comparable, et on trouve le même genre d’écart pour le risque d’être placé sous assistance respiratoire. «Ça reste des chiffres faibles, souligne Dre Boucoiran. La plupart des femmes enceintes qui ont la COVID-19 n’ont pas besoin d’être hospitalisées, alors il n’y a pas de quoi paniquer. Mais c’est quand même plus fréquent chez elles. Et c’est logique aussi : les infections respiratoires en général viennent avec un risque plus grand pour les femmes enceintes parce que le bébé demande une partie de l’oxygène et qu’à partir du troisième trimestre, la capacité respiratoire de la mère est diminuée.»

En outre, la COVID-19 elle-même est associée à un risque accru de pré-éclampsie, de naissance prématurée et de mortinaissance, lisait-on en avril dans le Journal de l’Association médicale canadienne.

Alors en fin de compte, Dre Boucoiran estime que la balance des risques et inconvénients penche du côté de la vaccination, en attendant des données plus complètes. «C’est sûr qu’on est dans une situation inhabituelle. Avant de recommander le vaccin pour la coqueluche aux femmes enceintes, par exemple, ça a pris beaucoup plus de temps et de données que ce qu’on a maintenant sur la COVID, mais on est dans une situation de crise, on ne peut pas prendre cinq ans pour évaluer les risques et bénéfices comme on le ferait normalement», conclut-elle.

Ajoutons à cela que la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada a fait savoir en avril dernier qu'elle «appuie l’utilisation de tous les vaccins anti-COVID-19 disponibles homologués au Canada à n’importe quel trimestre de la grossesse et pendant l’allaitement».

VERDICT

Pas vraiment. Au début des campagnes de vaccination, il y avait effectivement très peu de données sur les femmes enceintes en particulier, mais on n’était pas complètement dans le noir non plus et ce qu’on savait était rassurant. Et on a maintenant des données qui, du moins sur le court terme, montrent que les vaccins anti-COVID semblent sécuritaires pour les femmes enceintes et les bébés à naître.

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