Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.

Vérification faite: non, l’OMS n’a pas admis que les tests PCR sont trop sensibles

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
L’AFFIRMATION: «J’ai souvent entendu dire que les tests PCR avec lesquels on détecte la COVID-19 seraient trop sensibles, et voilà qu’une publication circule, disant que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) aurait publié de nouvelles directives demandant aux laboratoires médicaux de réduire le «nombre de cycles» [qui rendent les tests PCR plus sensibles]. Est-ce vrai?» demande Jean-Philippe Lehouillier, de Lac-Etchemin.

M. Lehouillier faisait référence à un statut Facebook rédigé par Mel Goyer, qui a co-organisé une manifestation contre les mesures sanitaires à Montréal en décembre dernier. Elle-même citait le tweet d’un médecin américain qui a été relayé près de 2 millions de fois avant d’être supprimé. Et cette idée a fait pas mal de millage ces derniers jours sur les réseaux québécois, étant notamment reprise par certains animateurs de radio à Québec. Alors, voyons ce qui en est.

LES FAITS

Les fameux «PCR» (de l’anglais polymerase chain reaction) sont des tests qui détectent un bout de matériel génétique (ou une combinaison de séquences génétiques) qui est spécifique à un virus ou une bactérie en particulier. Si la séquence recherchée est présente dans l’échantillon testé, le PCR va la reproduire un certain nombre de fois — les biochimistes appellent cela les «cycles d’amplification» —, jusqu’à qu’il y ait une quantité suffisante de la séquence pour qu’elle soit facilement détectable. Évidemment, moins il y a de virus dans l’échantillon, et plus il faut l’amplifier avant d’être capable de le déceler. Cette amplification permet de déceler d’infimes quantités d’ADN, mais il y a quand même une limite au nombre de cycles qu’on peut faire : passé un certain nombre, souvent autour de 40, mais cela varie selon les laboratoires et les produits utilisés, l’amplification est telle que le test risque de «voir» la séquence d’ADN même lorsqu’elle est absente (ce qui serait un «faux positif»). C’est également important parce que la plupart des cas qui deviennent positifs près de cette limite sont souvent moins infectieux que les autres, voire pas du tout.

Maintenant, l’OMS a bel et bien émis un «avis» à l’intention des laboratoires qui font du PCR le 13 janvier dernier, et il concerne justement ces cas que l’on dit «faiblement positifs», soit ceux qui n’ont été détectés qu’après un grand nombre de cycles, proche du seuil à ne pas dépasser. Soulignons tout de suite ce détail : l’avis ne parle pas des tests PCR en général ni des cas positifs en général, mais uniquement des «faiblement positifs», qui ne sont qu’une très petite partie du total (j’y reviens tout de suite).

Essentiellement, le document incite à la prudence dans leur interprétation, à refaire les tests un peu «limite» si les patients ne présentent pas de symptômes, à suivre les instructions des fabricants des tests et à se méfier davantage des faux positifs lorsque le virus est peu présent dans une communauté.

Mais il n’y est absolument nulle part question d’abaisser le nombre de cycles d’amplification. Et de toute manière, ces recommandations ne sont rien de plus qu’un rappel de choses de base, déjà toutes appliquées par la plupart des laboratoires médicaux. Certains ici et là ont peut-être erré à cet égard, mais l’utilisation des tests PCR est très encadrée au Canada, rappelle Luigi Bouchard, professeur de biochimie à l’Université de Sherbrooke et chef du service de génie moléculaire et génétique au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«Ce sont (les éléments soulevés par l’OMS dans son avis) des aspects connus des tests PCR dont on tient déjà compte. (…) On utilise de plus en plus de trousses commerciales [ndlr : par opposition à des «tests maison» mis au point par le laboratoire hospitalier lui-même], elles sont autorisées par Santé Canada et elles viennent avec des recommandations très particulières qu’il faut suivre. Donc on a une certaine liberté, mais c’est quand même assez limité», dit-il.

Même son de cloche du côté de Maurice Boissinot, biochimiste au Centre de recherche du CHU de Québec dont le laboratoire fait des tests PCR depuis plus de 20 ans : «Ce sont toutes des choses que les labos font déjà au Canada. Ce sont des pratiques tout à fait standard, les laboratoires sont obligés de valider tous les tests. (…) Alors tout ce qui est écrit dans le document de l’OMS, on le fait déjà.»

Le seul élément proposé par l’OMS qui serait peut-être un peu nouveau, dans un certain sens, serait l’idée de communiquer systématiquement aux médecins le nombre de cycles pour chaque test positif, dit M. Boissinot. Mais l’ennui, c’est que les tests de COVID-19 ne sont pas encore suffisamment standardisés pour cela — ils varient trop d’une machine à l’autre, d’un fabricant à l’autre, pour que le nombre exact de cycles soit vraiment parlant. Il reste tout de même que lorsque le résultat d’un test est «faiblement positif», les laboratoires l’indiquent au médecin afin qu’il puisse voir si cela correspond aux symptômes de son patient, dit M. Boissinot. Donc le principe général proposé par l’OMS est déjà appliqué.

Par ailleurs, il faut également savoir que la manière dont les PCR sont effectués comprend déjà toute une série de «gardes-fous», pour ainsi dire. Par exemple, explique M. Bouchard, chaque lot de tests est réalisé avec des «contrôles» positifs et négatifs, c’est-à-dire des éprouvettes dans lesquelles on est absolument certain que le virus est présent (contrôle positif) ou absent (contrôle négatif). Ainsi, si les contrôles négatifs donnent un résultat positif, on saura que quelque chose a mal fonctionné et que le lot risque fort de contenir d’autres faux positifs — et il faut alors recommencer.

De la même manière, dit M. Boissinot, quand un résultat est «faiblement positif», il arrive souvent que le laboratoire le refasse immédiatement. «Souvent, on a une quantité suffisante de l’échantillon pour s’en garder de côté et recommencer, au besoin», dit-il.

Et de toute façon, ces résultats «faiblement positifs» ne représentent qu’une très petite partie des fameux «cas confirmés en laboratoire». L’automne dernier, M. Boissinot avait indiqué au Soleil qu’environ 80 % des positifs surviennent entre 12 et 25 cycles d’amplification. De son côté, M. Bouchard dit que dans son labo, cela arrive généralement «entre 15 et 30 cycles» — encore une fois, il peut y avoir des différences d’un laboratoire à l’autre. C’est cohérent aussi avec le cas britannique, où 90 % des positifs sont détectés en-dessous de 35 cycles d’amplification. Et s’il est besoin d’en rajouter, mentionnons également le cas de l’Australie, où le virus est presque absent mais qui continue de tester beaucoup. En date de mercredi, le pays rapportait seulement 49 nouveaux cas au cours des 7 derniers jours, malgré le fait que près de 268 000 tests PCR avaient été effectués.

Tout cela est totalement et absolument incohérent avec cette fable (il n’y a pas d’autres mots) voulant que les PCR auraient exagéré l’ampleur de l’épidémie en générant massivement des faux positifs.

VERDICT

Faux. L’OMS a émis quelques rappels au sujet des cas «faiblement positifs», mais il s’agit d’éléments de base déjà appliqués dans l’immense majorité des laboratoires. Ces cas faiblement positifs ne représentent par ailleurs qu’une très petite minorité des cas de COVID-19, et c’est une impossibilité absolue qu’ils puissent exagérer de beaucoup le nombre total de cas.

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.