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Le vaccin contre la COVID-19 de Moderna
Le vaccin contre la COVID-19 de Moderna

Vérification faite: non, il n’y a pas de «sérum de fœtus bovin» dans le vaccin de Moderna

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION: «J’ai vu circuler une nouvelle voulant que le vaccin contre la COVID-19 de Moderna (un des deux premiers vaccins autorisés au Canada) contenait du sérum fœtal bovin. Est-ce vrai ou faux?» demande Marjolaine Jolicœur, de Sainte-Rita.

LES FAITS

Le texte en question a été publié sur logically.ai, mais cette rumeur est également apparue ailleurs sur le web à quelques reprises depuis l’automne dernier. Logically se présente comme une entreprise qui allie l’intelligence artificielle à «une des plus grandes équipes de vérification factuelle au monde» dans le but de combattre la désinformation sur le web, et a déclaré «vraie» cette idée voulant que le vaccin de Moderna contienne du sérum fœtal bovin (SFB, la partie liquide du sang d’un fœtus de vache) — le texte avance même le chiffre de 10 %. Or il faut croire que malgré tous les progrès récents, l’intelligence artificielle n’est pas encore assez avancée pour valider des faits parce que c’est complètement faux.

La liste d’ingrédients du vaccin de Moderna ne fait aucune mention d’un «sérum» de quelque origine que ce soit, ni sur le site de Santé Canada, ni sur celui de la FDA aux États-Unis.

Certes, nuance le virologue de l’Université de Montréal Andrés Finzi, il est possible que cette liste ne soit pas complète parce que certains ingrédients pourraient être protégés par le secret industriel. Et elle contient au moins un élément, soit une sorte de cholestérol, dont l’origine pourrait en théorie (mais vraiment dans la plus pure théorie) être du sérum fœtal bovin. «Mais pour en mettre dans un vaccin, ce cholestérol-là doit être tellement pur que ça m’étonnerait énormément que la source soit le SFB, parce qu’il y a toutes sortes de choses dans du sérum [ndlr : anticorps, nutriments, hormones, etc.] dit-il. Et en plus, il en faudrait des quantités tellement grandes pour faire les milliards de doses que je ne vois pas comment le SFB pourrait en être la source.»

Le sérum fœtal bovin est un sous-produit de l’industrie laitière. Quand une vache enceinte est conduite à l’abattoir, on extrait le sang de son fœtus, puis on en enlève les globules rouges (la partie du sang qui transporte l’oxygène), les cellules immunitaires et les plaquettes (qui font coaguler le sang) pour ne retenir que la partie liquide, soit le sérum. Il est possible que l’extraction du sang cause une douleur ou un inconfort au fœtus d’après certains chercheurs, ce qui soulève des questions d’éthique scientifique puisque le SFB est très largement utilisé en recherche, principalement pour faire «cultiver des cellules» in vitro. Mais c’est là un point qui ne concerne pas le vaccin de Moderna.

En effet, si la production de certains vaccins qui contiennent des virus affaiblis nécessite du sérum fœtal bovin parce qu’il faut des cellules pour produire ces virus — si bien qu’en bout de ligne, il peut rester un peu de sérum dans le vaccin —, ça n’est pas le cas des «vaccins à ARNm» comme celui de Moderna (et celui de Pfizer, aussi disponible au Canada). Ce type de vaccin ne présente pas des virus affaiblis au système immunitaire, mais contient plutôt du matériel génétique (l’ARN-messager, ou ARNm) qui contient de l’information pour assembler des protéines virales de la COVID-19. Ces bouts d’ARNm sont encapsulés dans des micro-bulles de graisse et, lorsqu’ils arrivent dans nos cellules, celles-ci les «lisent» et se mettent à produire ces protéines virales, que le système immunitaire apprend ensuite à reconnaître et à combattre. Moderna n’a donc pas besoin de cultiver des cellules pour produire son vaccin, puisque tout peut se faire par des réactions chimiques avec des enzymes, lisait-on en 2018 dans une revue de littérature sur les vaccins à ARNm en général.

Cela n’aurait d’ailleurs absolument aucun sens pour une entreprise comme Moderna de recourir malgré tout aux cultures cellulaires. Le SFB qu’il faudrait se procurer pour cela n’est «pas donné», comme on dit. «C’est une des grosses dépenses des laboratoires comme le nôtre, parce que chaque petite bouteille coûte très cher», témoigne M. Finzi. Et la culture cellulaire est un procédé lent et fastidieux, alors que la production rapide et à coût relativement faible est justement un des principaux avantages des vaccins à ARNm. Il n’y a donc aucune raison de passer par là, bien au contraire.

La seule étape à laquelle du sérum fœtal bovin doit être utilisé, en tout ceci, ce sont les tests d’efficacité. Quand on veut vérifier si les anticorps produits par le vaccin neutralisent bien le virus, on le fait souvent sur des cultures cellulaires. Cela n’a rien à voir avec la production des vaccins, remarquez bien, mais c’est possiblement ce qui a confondu l’intelligence artificielle de Logically. La tournure de phrase utilisée dans le texte — supplemented with 10 % FBS, ou «complété avec 10 % de SFB» — est exactement la même que l’on trouve dans plusieurs études sur l’efficacité des vaccins contre la COVID-19 quand elles décrivent comment elles ont cultivé leurs cellules pour tester le vaccin. Voir notamment ici, ici et ici.

J’ai également trouvé d’autres passages du texte qui sont des copier-coller d’études, alors il est possible que le logiciel de Logically «compose» ses textes en partie de cette manière.

VERDICT

Complètement faux. La production de certains vaccins passe par la culture de cellules, dans laquelle on utilise du sérum fœtal bovin, mais celle des vaccins à ARNm comme celui de Moderna n’en a aucun besoin — et les fabricants n’ont absolument aucun intérêt à s’en servir.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.