Selon la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, 14 États européens exercent une «pression fiscale» plus forte que le Québec.

Vérification faite: les Québécois sont les plus taxés en Amérique

L’AFFIRMATION: «On entend souvent que les Québécois seraient les plus taxés. Mais si on considère toutes les formes de taxation en plus des impôts — TPS et TVQ, taxes municipales et scolaires, sans oublier l’essence et l’alcool —, est-ce que cela reste vrai ou est-ce que ça devient une fake news?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

LES FAITS

Cela dépend du point de comparaison que l’on adopte. Toutefois, c’est généralement «les plus taxés au Canada» ou «en Amérique du Nord» que l’on entend, et, de ce point de vue, l’affirmation est factuellement exacte. Chaque année, la Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke publie un Bilan de la fiscalité au Québec, qui additionne toutes les recettes fiscales collectées dans la Belle Province par tous les ordres de gouvernement, et ce tant auprès des particuliers que des entreprises.

Dans sa dernière mouture, ce bilan montre que 155,8 milliards $ ont été prélevés en taxes diverses et en impôts en 2017 au Québec, ce qui représente 37,3 % du produit intérieur brut (PIB, soit la «taille» de notre économie). Aucune autre province n’a une fiscalité totale aussi lourde (la moyenne du reste du Canada est de 32 %), bien que la Nouvelle-Écosse s’en approche (36,2 %).

Ailleurs en Amérique du Nord, les États-Unis (27,1 %) et le Mexique (16,2 %) sont loin derrière — ou «devant», cela dépend du point de vue. Notons que la fiscalité varie d’un État à l’autre chez l’Oncle Sam, mais même dans celui qui est généralement considéré comme le plus taxé, soit New York, les taxes et impôts représentent à peine 30 % du PIB.

J’ai trouvé seulement deux sources en désaccord avec l’idée que les Québécois sont les plus taxés en Amérique. La première est une «note» de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS, idéologiquement très orienté), qui en 2013 faisait notamment valoir qu’au Québec les ménages à faibles revenus sont moins imposés qu’ailleurs. C’est vrai, mais cette note ne considérait que l’impôt sur le revenu et certaines cotisations, et pas les autres formes de taxation.

La seconde est un texte du professeur de comptabilité de l’UQAM Léo-Paul Lauzon, affirmant qu’il faut inclure les services étatiques dans ces calculs. Si les Américains paient moins d’impôts, plaide-t-il, c’est en partie parce que leur système de santé est privé, si bien qu’il faudrait donc inclure leurs primes d’assurance privée et leurs frais de soins pour comparer des «pommes avec des pommes».

Le point n’est pas sans mérite, car il est vrai que certaines «dépenses» sont inévitables — on ne choisit pas d’envoyer ou non son enfant à l’école, par exemple —, la seule question étant de savoir si l’argent est versé au public ou à une entreprise. Mais cet argument implique aussi d’étirer la notion de taxes jusqu’à parler d’«impôts privés», comme le fait M. Lauzon, alors que les impôts ont toujours été, par définition, des sommes versées au public. Si l’on s’en tient à la définition classique, le Québec est clairement l’endroit le plus taxé en Amérique.

Par contre, cela devient moins vrai quand on élargit la comparaison. Toujours d’après le Bilan de la CFFP, 14 États européens ont une «pression fiscale» plus forte que nous, allant de l’Allemagne (37,5 % du PIB) jusqu’au Danemark (46 %) et la France (46,2 %). Précisons toutefois à cet égard que le Québec demeure quand même plus taxé que la moyenne du G7 (35,7 %) et de l’OCDE (34,2 %).

LE VERDICT

Vrai, dans la mesure où on prend le Canada ou l’Amérique du Nord comme point de comparaison, comme c’est généralement le cas. Cependant, si l’on compare le poids des taxes au Québec à celui d’ensembles économiques comme l’OCDE ou le G7, alors non, nous ne sommes pas «les plus taxés» (même si on l’est plus que la moyenne).

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