Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Tous les pays occidentaux ont des réseaux de surveillance des effets secondaires des vaccins.
Tous les pays occidentaux ont des réseaux de surveillance des effets secondaires des vaccins.

Vérification faite: les fameux décès après le vaccin contre la COVID-19

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Article réservé aux abonnés
L’AFFIRMATION: «J’ai lu récemment l’histoire d’un médecin de Floride qui serait mort peu de temps après avoir reçu son vaccin anti-COVID. Qu’en est-il? Est-ce que ce sont les conspirationnistes qui frappent encore, ou s’agit-il une vraie nouvelle?» demande Michel Plante, de Québec.

LES FAITS

Il faut absolument distinguer deux choses, ici : les faits, d’une part, et l’interprétation qu’on en tire, de l’autre.

Ainsi, d’un point de vue très strictement factuel, le cas de ce médecin floridien est arrivé pour vrai, comme l’ont rapporté plusieurs grands médias américains, dont le New York Times. Il s’agit de Dr Gregory Michael, un gynécologue de Miami Beach qui avait reçu son vaccin contre la COVID-19 à la mi-décembre et qui est décédé 16 jours plus tard. D’après ce qui a filtré, trois jours après avoir été vacciné, DMichael aurait développé une forme extrême de «thrombopénie immunologique», ce qui signifie que son système immunitaire s’est mis à attaquer ses plaquettes sanguines (la partie du sang qui sert à coaguler), ce qui peut causer des hémorragies internes, dans de rares cas. Quand il s’est présenté à l’hôpital, il ne restait pratiquement plus de plaquettes dans son sang et les soins qu’il a reçus n’ont pas réglé le problème. Il s’en est suivi une hémorragie au cerveau, dont il est décédé.

Voilà pour les faits. Maintenant, est-ce que cela signifie que le vaccin a causé la maladie, puis la mort de DMicheal? «La réponse courte, c’est qu’on ne le sait pas encore, il est beaucoup trop tôt pour cela, mais disons quand même que les chances sont minces», indique Dr Nicholas Brousseau, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique.

D’abord, le fait que le vaccin ait précédé le problème n’implique forcément pas qu’il en a été la cause. C’est un «prérequis logique», au sens où le vaccin n’aurait pas pu être la cause s’il avait suivi la maladie, mais en soi, ce n’est pas une preuve de causalité. La thrombopénie immunologique frappe grosso modo entre 3 et 9 personnes par 100 000 chaque année en Occident, et le risque s’accroît avec l’âge. Alors forcément, quand on vaccine un grand nombre de gens en peu de temps — et les États-Unis s’approchaient des 15 millions de doses de vaccin en date de lundi, d’après l’agence Bloomberg —, il y en a un certain nombre chez qui des ennuis de santé étaient, sans qu’ils le sachent, sur le point de se déclarer. Alors ces maladies s’adonnent tout simplement à survenir peu de temps après le vaccin.

La même chose vaut, soulignons-le, pour d’autres histoires du même genre qui circulent ces jours-ci, comme les 23 personnes âgées et très fragiles décédées en Norvège après avoir reçu le vaccin anti-COVID. Il se peut, certes, qu’elles aient été si fragiles que même les effets secondaires bénins associés aux vaccins (un peu de fièvre, par exemple) ont suffi à les emporter, c’est une hypothèse qui fait l’objet d’une enquête là-bas. Mais il est également possible que leur mort était déjà imminente et s’est simplement adonnée à survenir peu après la vaccination.

On peut penser, et c’est même fort probable, que c’est ce qui est arrivé au Dr Michael. Il faudra attendre encore avant d’en être tout à fait certain, puisqu'une enquête est en cours et qu’on peut imaginer que d’autres cas comme le sien émergeront au cours des prochaines semaines. Tous les pays occidentaux ont des réseaux de surveillance des effets secondaires des vaccins; si les cas de thrombopénie immunologique (ou d’autres problèmes de santé) se multiplient chez les personnes vaccinées, cela enverra un signal que quelque chose d’anormal est en train de se passer, explique Dr Brousseau. Notons que l’INSPQ entend également questionner 30 000 personnes qui ont reçu le vaccin contre la COVID-19 pour voir si elles ont subi des effets secondaires inattendus. Alors on verra bien ce qui en sortira.

Il est théoriquement possible (mais vraiment dans la plus pure théorie) que le vaccin contre la COVID-19 cause de la thrombopénie immunologique, dit Dr Brousseau. On connaît un vaccin, et un seul, celui contre la rougeole, la rubéole et les oreillons (RRO), qui est associé à de très rares cas de cette maladie, «mais les maladies comme la rubéole peuvent elles aussi provoquer des épisodes, et beaucoup plus souvent que le vaccin, donc en bout de ligne, le vaccin réduit le nombre de cas», indique le médecin. D’après une revue parue en 2013 dans Human Vaccines and Immunotherapeutics, le vaccin RRO provoque entre 1 et 3 cas par 100 000 doses administrées, alors que le risque varie entre 6 et 1200 par 100 000 pour une infection naturelle à la rubéole.

Mais si on ne peut pas encore écarter complètement la possibilité que le Dr Michael est décédé à cause du vaccin, il reste que pour l’heure, tout indique qu’il ne s’agit de rien de plus qu’une coïncidence tragique. D’abord, indique Dr Brousseau, le vaccin RRO n’utilise pas du tout la même technologie (des virus dits «vivants atténués») que les vaccins contre la COVID-19 (dits «à ARN»). Ensuite, la Santé publique américaine n’a pas noté d’autres cas de thrombopénie immunologique à la suite d’un vaccin. Et «à ma connaissance, il n’y a pas eu de cas au Québec ou ailleurs au Canada», ajoute Dr Brousseau, même si plus de 500 000 doses ont été administrées jusqu’à maintenant.

Il ne semble donc pas y avoir de «grappe» de cas qui trahiraient une relation de cause à effet, du moins pas jusqu’à maintenant. Alors dans le pire des cas, même en présumant que le vaccin était bien la cause, il s’agirait donc d’un effet secondaire extraordinairement rare, qui surviendrait une fois sur plusieurs millions (voire plusieurs dizaines de millions).

VERDICT

Il faut faire attention. D’un point de vue très strictement factuel, il y a bel et bien un médecin de Floride qui est décédé peu de temps après avoir reçu le vaccin contre la COVID-19. Mais rien de permet de conclure que le vaccin était bien en cause. Pour l’instant, les éléments dont on dispose suggèrent plutôt le contraire.

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.