Vérification faite: le vaccin contre les oreillons pour prévenir… la COVID-19 ?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’affirmation: «J’ai lu récemment que le vaccin «RRO» (rougeole, rubéole, oreillons) semble protéger contre la COVID-19. Cela expliquerait d’ailleurs aussi pourquoi cette maladie est moins sévère chez les enfants. D’une part, la plupart des vaccins ne sont offerts universellement que depuis les années 70 au Québec. Et d’autre part, plus on est jeune, moins ça fait longtemps qu’on a eu le vaccin, meilleure est notre réponse immunitaire croisée. Mais je n’ai rien vu à ce sujet dans les médias du Québec. Alors qu’en est-il ? Est-ce que la solution à cette pandémie se trouve juste sous nos yeux?», demande Nicolas Cantin, de Québec.

LES FAITS

C’est effectivement une hypothèse qui a été soulevée ici et là dans la littérature scientifique ces derniers mois, notamment en juin dans la revue mBio de l’Association américaine de microbiologie et dans Frontiers in Molecular Biosciences.

L’idée derrière tout cela, c’est que de nombreux signes indiquent qu’un type de vaccins en particulier semble avoir des effets protecteurs «non spécifiques», qui vont au-delà des quelques virus bien précis contre lesquels ils immunisent. Ce sont les vaccins dits «atténués», qui présentent au système immunitaire des microbes «vivants», mais affaiblis — par opposition aux autres vaccins, qui ne contiennent que des virus «morts», ou même seulement des «morceaux» de virus (comme des protéines virales).

On ne sait pas encore exactement par quels mécanismes ces vaccins atténués renforcent l’immunité générale, mais cet effet est documenté depuis assez longtemps. Dès les années 60 et 70, de grands essais cliniques ont montré que les enfants qui avaient reçu le vaccin (atténué) contre la poliomyélite jouissaient d’une protection partielle contre la grippe, et en mouraient presque 4 fois moins que les non-vaccinés — et ce, même si l’influenza n’a aucun lien de parenté avec le poliovirus.

Plus récemment, des chercheurs ont suivi une cohorte d’enfants nés au Danemark entre 1965 et 1976, à une époque où le pays retirait progressivement les vaccins contre la rougeole et la tuberculose, désormais jugés inutiles parce que ces maladies avaient essentiellement disparu. À la fin de la période étudiée, soit en 2010, les gens qui avaient reçu ces vaccins (tous deux de type vivant atténué) avaient 46 % moins de mortalité de «causes naturelles» (à l’exclusion des accidents, suicides, etc.) que ceux qui ne les avaient pas eus.

Et nombre d’autres études ont montré le même genre d’effet protecteur «non spécifique» pour les vaccins vivants. À cause de cela, quand la pandémie est arrivée, des chercheurs ont vite fait l’hypothèse qu’ils pourraient protéger contre la COVID-19, ou du moins rendre la maladie moins sévère. C’est le cas du «RRO», qui est un vaccin atténué, mais d’autres ont également été proposés, notamment ceux contre la polio et la tuberculose.

Maintenant, est-ce que ça marche ? On ne le sait pas encore. Plusieurs essais cliniques ont été lancés dès le printemps dernier pour voir si le vaccin contre la tuberculose pouvait protéger les travailleurs de la santé contre la COVID. Ces études ne sont pas toutes également avancées, cependant — certaines devraient être complétées au début de 2021, d’autres n’ont pas encore commencé leur recrutement.

Des travaux semblables ont également été entamés au sujet du vaccin contre la polio. Et il existe au moins un essai clinique qui prévoit faire de même pour le RRO, avec pour espoir supplémentaire que le virus de la COVID-19 possède à sa surface des protéines qui ressemblent à celles qu’il y a dans ce vaccin. Mais cet essai n’a été lancé que ce mois-ci et il en est encore au stade du recrutement, alors il faudra en attendre les résultats pour savoir si, comme le dit M. Cantin, la solution à la pandémie se trouvait en partie «sous nos yeux».

VERDICT

Pas clair encore. Il existe des motifs légitimes de penser, a priori, que les vaccins vivants atténués comme le «RRO» pourrait possiblement avoir un effet protecteur contre la COVID-19, mais on ne pourra pas en dire plus tant que les essais cliniques n’auront pas été complétés, ce qui prendra encore plusieurs mois, même pour les plus avancés d’entre eux.

Précision : une version antérieure de ce texte a été modifiée afin de préciser que la vaccination n'est pas «obligatoire» au Québec, contrairement à ce qui était initialement indiqué, mais bien «universellement offerte».

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