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Le rince-bouche est-il vraiment une «arme» contre la COVID?
Le rince-bouche est-il vraiment une «arme» contre la COVID?

Vérification faite: le rince-bouche est-il vraiment une «arme» contre la COVID?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION : «Je suis tombé récemment sur l’annonce d’un rince-bouche qui se prétend «efficace contre le SRAS-CoV-2 (étude in vitro). Je savais que les compagnies de dentifrice et de rince-bouche vantaient tellement leurs produits qu’on s’en croirait presque capable se passer du dentiste, mais c’est la première fois que je vois un produit qui affirme pouvoir combattre le virus de la COVID-19. Est-ce vrai ou seulement du marketing éhonté?» demande Réjean Pelletier, de Saint-Hyacinthe.

LES FAITS

Sur le site du rince-bouche en question, soit le «X-PUR Opti-Rinse Plus», il est indiqué qu’un essai in vitro (donc «en éprouvette») a été fait à l’Institut de recherche antivirale de l’Université d’État de l’Utah pour tester l’efficacité de ce rince-bouche spécifiquement contre le SRAS-CoV-2. Dans les éprouvettes, le «Opti-Rinse Plus» a tué presque 99 % des virus de la COVID en 60 secondes.

L’auteure de cette étude (qui n’a pas encore été publiée), la professeure Michelle Mendenhall, n’a pas pu me confirmer si elle a bien fait ces tests parce qu’il s’agit d’information confidentielle appartenant aux clients de son labo, mais elle ne l’a pas nié non plus. De toute manière, ces résultats-là ne sont pas vraiment étonnants. Il existe en effet un certain nombre d’études qui ont trouvé des propriétés antivirales à certains ingrédients — comme le «citrox» ou le «chlorure de cétylpyridinium» (CPC) — que contient le «Opti-Rinse Plus». Certains de ces travaux ont même porté sur le virus de la COVID en particulier. Il est donc parfaitement possible (voire très, très probable) que ce rince-bouche-là ait une activité antivirale en éprouvettes.

Mais le mot-clef, ici, c’est justement ça : éprouvette. «Il y a eu beaucoup d’études in vitro là-dessus depuis le début de la pandémie, mais ces travaux-là ne veulent pas dire grand-chose en ce qui me concerne, dit le microbiologiste de l’Université de Montréal Jean Barbeau. Ce qu’il faut savoir, c’est : est-ce que ça a un effet in vivo [ndlr : dans un organisme vivant, pas juste dans des éprouvettes] et est-ce que ça marche dans un contexte clinique.»

Or, il y a très peu d’études qui ont été faites sur de vrais patients, et la plupart sont très petites et peu concluantes, lisait-on en avril dernier dans le Journal of Hospital Infections. L’article concluait quand même que les données in vitro étaient suffisantes pour justifier l’usage de rince-bouche antiseptiques pour les patients des cliniques dentaires juste avant de recevoir des soins — parce que ceux-ci, en dentisterie, génèrent beaucoup d’aérosols et de microgouttelettes, qui sont une voie importante de transmission de la COVID-19. Mais il reste que la preuve d’efficacité clinique n’existe pas encore, et il se pourrait bien que le jour où on en aura, les résultats s’avèrent décevants, avertit M. Barbeau : «Le problème, c’est qu’on a beau avoir beaucoup de récepteurs ACE2 [auxquels le SRAS-CoV-2 s’accroche pour entrer dans nos cellules et s’y répliquer, ndlr] dans la bouche et la gorge, mais la majorité des virus de la COVID-19 proviennent de l’arbre respiratoire [nez, trachée, poumons], et pas tellement des tissus buccaux. Alors si tu te rinces la bouche, OK, tu peux réduire temporairement ta charge virale, mais le patient va continuer de respirer, alors je ne suis pas convaincu que ça va avoir un gros effet.»

Et même en présumant que cet effet-là soit réel, il faut bien comprendre que l’utilité de ces rince-bouche serait limitée à certains contextes très particuliers — comme de stériliser autant que possible la bouche d’un patient avant de l’opérer, afin de protéger le personnel contre une éventuelle infection. Si ces rince-bouche réduisent bel et bien la charge virale, «l’effet peut durer une heure ou deux, dit M. Barbeau. Mais dans la vie tous les jours, on se rince la bouche le matin et, après une couple de minutes ou 1h à tout casser, ça [la quantité de microbes présents dans la salive] revient au niveau de base, alors penser que ça pourrait être un outil pour prévenir les infections chez M. et Mme Tout-le-Monde m’apparaît irréaliste».

En outre, ajoute-t-il, «en général, quand on se gargarise avec un rince-bouche, ça dure moins de 10 secondes, ce qui n’est pas suffisant pour avoir un effet antibactérien ou antiviral».

VERDICT

Il faut faire attention aux mots «in vitro». Tout indique que ce rince-bouche fonctionne bien contre le SRAS-CoV-2 lorsque testé en éprouvette, mais on n’a pas encore de données convaincantes sur son efficacité dans de vraies personnes. Et dans tous les cas, en pratique, l’utilité de ces rince-bouche pour prévenir la COVID-19 ne se trouverait pas dans la vie de tous les jours, mais seulement dans certains contextes très spécifiques.

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