En Arctique, le couvert de neige et de glaces marines a toujours réfléchi une bonne part du rayonnement solaire, mais ce couvert recule à cause des changements climatiques.

Vérification faite: le réchauffement deux fois plus rapide au Canada?

L’AFFIRMATION: «Est-il vrai que le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde ou est-ce surtout le Grand Nord qui voit ses glaciers fondre? Il y a tout de même une différence entre Toronto et Grise Fjord!» demande Jean Bourassa, de Québec.

LES FAITS

Le Canada se réchauffe effectivement deux fois plus vite, en moyenne, que le reste du globe. C’est en tout cas la conclusion du Rapport sur le climat changeant du Canada, dans lequel des scientifiques du fédéral et d’universités font le point sur les connaissances au sujet du réchauffement passé et à venir au Canada. Le document, en plus d’avoir été rédigé par des experts, a aussi subi un «examen externe» de la part d’autres spécialistes du climat. C’est donc une source on ne peut plus solide.

On y lit : «La température moyenne annuelle au Canada a augmenté de 1,7 ºC [... entre 1948 et 2016], soit environ le double de l’augmentation observée à l’échelle mondiale [0,8 ºC pour la période de 1948 à 2016], selon l’ensemble de données sur la température moyenne à la surface du globe produites par le Met Office Hadley Centre et le Climatic Research Unit à la University of East Anglia, au Royaume-Uni» (bit.ly/2YbsuJM, p. 14 sur 82).

Il s’agit d’une moyenne qui masque des différences régionales — c’est plus rapide dans le Grand Nord (+ 2,3 °C) et les Prairies (+ 1,9 °C), par exemple, et plus lent au Québec (+ 1,1 °C) et les provinces de l’Atlantique (+ 0,7 °C) —, mais l’idée d’un réchauffement plus rapide au Canada que dans le reste du monde reste un fait indéniable.

Cependant, on a tendance dans les médias et les réseaux sociaux à présenter ce genre de nouvelle comme si la situation du Canada était vraiment très particulière alors que ce n’est pas le cas, explique la climatologue du consortium de recherche Ouranos Dominique Paquin. La «moyenne canadienne» représente en effet les températures mesurées au-dessus des continents, sur la terre ferme, alors que la «moyenne mondiale» inclut les températures mesurées au-dessus des mers. Or, l’eau est un bon conducteur thermique, si bien que «les océans vont absorber plus d’énergie, ce qui en laisse moins dans l’atmosphère au-dessus», dit Mme Paquin.

D’après le site de la NASA, depuis la fin du XIXe siècle, la température au-dessus des continents a gagné autour de 1,7 °C sur près de 140 ans, donc une moyenne de 0,12°C par décennie, alors qu’au-dessus des océans, le rythme ne fut que d’environ 0,05 °C par décennie. Et comme les océans couvrent 70 % de la superficie de la Terre, cela explique une bonne partie de la différence entre le Canada et le «reste du monde», mais cela vaut aussi pour bien d’autres endroits, comme l’Europe, l’Australie et la Chine.

Il y a quand même des facteurs plus spécifiques, qu’on ne trouve pas partout et qui accélèrent les changements climatiques au Canada, dit Mme Paquin. Une bonne partie du pays est situé dans l’Arctique, où le réchauffement est beaucoup, beaucoup plus prononcé qu’ailleurs, et pas seulement parce que ce sont des terres émergées. Là-haut, le couvert de neige et de glaces marines a toujours réfléchi une bonne part du rayonnement solaire, mais ce couvert recule à cause des changements climatiques. Une plus grande partie de l’énergie solaire est donc absorbée par le sol ou l’eau de mer au lieu d’être renvoyée vers l’espace ce qui (avec d’autres facteurs) amplifie le réchauffement.

«Mais c’est la même chose dans d’autres pays aux mêmes latitudes, dit Mme Paquin. Si on regardait le cas d’un pays comme la Russie, par exemple, on aurait des résultats semblables.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser en lisant des manchettes disant que «le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète», le pays est donc loin d’être le seul dans cette situation. Mais il demeure utile et important de mesurer le rythme du réchauffement de manière spécifique, comme le fait le Rapport sur le climat changeant du Canada, parce que cela donne un portrait de la situation plus précis que si on ne faisait qu’appliquer la moyenne mondiale aux cas canadien ou québécois.

LE VERDICT

Vrai, mais cela ne veut pas dire que les changements climatiques sont exceptionnels dans l’ensemble Canada. Il y a des variations régionales et les raisons qui expliquent pourquoi le réchauffement survient en moyenne plus vite ici (comme la latitude et la différence entre continents et océans) prévalent aussi dans d’autres parties du monde.

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