Des visiteuses prennent un égoportrait devant le portrait de Mona Lisa au Louvre, mercredi.
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Vérification faite: COVID-19: pas plus de morts que d’habitude en France?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’AFFIRMATION: «Je vous envoie un tableau qui est relayé par des complotistes. On y voit le nombre de décès par mois en France et, comme le total de 2020 n’est pas vraiment plus élevé que celui des autres années, certains en concluent que la pandémie de COVID-19 n’existe pas ou n’a pas tué grand monde. Pouvez-vous vérifier si ces chiffres sont exacts?» demande Grégoire Bissonnette, de Québec.

LES FAITS

Il s’agit d’un tableau qui prétend se baser sur des chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), l’organisme responsable des statistiques officielles en France. D’après ce tableau, le nombre total de décès en France au cours des huit premiers mois de 2020 aurait été de 437 000, ce qui n’est pas tellement plus élevé que pour les deux années précédentes (433 à 435 000), si bien que son auteur conclut : «Où est la pandémie?» Voici le tableau en question:

L’ennui, c’est que ces chiffres ne sont pas les bons: ils ne correspondent pas à ceux qu’on trouve directement sur le site de l’INSEE, même s’ils en sont dans l’ensemble assez voisins. Cependant, le tableau est daté de septembre dernier, et il semble que les chiffres du mois d’août 2020 n’étaient pas complets au moment où le tableau a été fait puisqu'il rapporte un peu moins de 39 000 morts, ce qui est très en dessous de ce qu’on trouve sur le site de l’INSEE (près de 49 000).

Il faut aussi noter qu’en faisant la somme des décès sur huit mois, l’auteur de ce tableau a beaucoup dilué l’effet de la COVID-19 sur la mortalité puisque c’est principalement sur deux mois (en mars et avril) que le nouveau coronavirus a frappé en France. Je présume que l’erreur a été commise de bonne foi, mais il n’y a pas beaucoup de manières plus efficaces de noyer le poisson que de mesurer l’effet d’un phénomène assez bref sur une période beaucoup plus longue.

De toute façon, si on veut vraiment comparer la mortalité d’une année à l’autre, mieux vaut ne pas le faire avec le nombre brut des décès : la population augmente régulièrement, donc le nombre de morts va forcément s’accroître en même temps. Pour régler ce problème, il faut comparer les taux de mortalité (nombre de décès par 1000 habitants), qui sont également disponibles par mois sur le site de l’INSEE. Cela donne ceci :

Il est donc très, très clair que la COVID-19 a eu un effet marqué sur la mortalité en France au printemps dernier, quand on a compté de 11 à 12 décès/1000 en mars et avril. C’est extrêmement inhabituel à cette période-là de l’année, alors que les taux tournent généralement autour de 9 / 1000. Même en janvier et février, moment de l’année où la mortalité est à son maximum à cause de la «saison de la grippe», il est rare d’atteindre de tels pics de décès — les taux jouent autour de 9,5 à 10,5 / 1000 habituellement.

Et encore, c’est sans compter l’effet du confinement, qui a limité les décès dus à la COVID-19 et vraisemblablement aussi à d’autres causes, comme les accidents de la route. Sans confinement, il y a fort à parier que la surmortalité aurait été encore plus prononcée.

VERDICT

Faux. Les chiffres de ce tableau ne sont pas les bons et ils sont présentés d’une manière qui réduit artificiellement l’effet de la COVID-19. Quand on regarde les (vrais) taux de mortalité toutes causes confondues, on se rend toute de suite compte que la pandémie a eu un effet marqué sur le nombre de décès en France.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.