De manière générale, il semble bel et bien régner un consensus scientifique autour de l’idée que la vitesse est une cause très importante d’accidents et qu’elle augmente le risque de manière exponentielle.
De manière générale, il semble bel et bien régner un consensus scientifique autour de l’idée que la vitesse est une cause très importante d’accidents et qu’elle augmente le risque de manière exponentielle.

Vérification faite: 10 km/h de plus, deux fois plus d’accidents?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’AFFIRMATION: «En milieu rural, rouler au-dessus de la limite permise, même si ce n’est que de quelques km/h augmente les risques de collision de manière exponentielle», tweetait récemment la Sûreté du Québec, mentionnant qu’à 10 km/h au-dessus de la limite de vitesse, le risque était multiplié par deux, par six lorsque l’on roule à 20 km/h au-delà de la limite, et par pas moins de 18 quand on file à 30 km/h au-dessus. Mickaël Willème, de Québec, aimerait savoir si c’est vrai et quel est le risque additionnel d’accident pour chaque km/h de vitesse.

LES FAITS

Le tweet en question faisait partie de la campagne de sensibilisation «Je ralentis, je sauve des vies». À la SQ, on me dit avoir présenté des chiffres fournis par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Et à la SAAQ, on me dit s’appuyer sur une étude publiée en 2001 sous la direction d’un chercheur australien et spécialiste de la sécurité routière, Craig Kloeden.

L’étude existe bel et bien. Elle ne portait pas exactement sur la vitesse en excès de la limite permise, mais plutôt sur la vitesse au-dessus de la moyenne du trafic — légère erreur que la SAAQ a admise d’emblée dans un échange de courriels. L’exercice a consisté à estimer la vitesse (quand c’était possible) de 83 accidents de la route ayant fait des morts ou des blessés et survenus sur des chemins ruraux (vitesse permise entre 80 et 110 km/h), puis à mesurer la vitesse de quelque 800 véhicules n’ayant pas été impliqués dans un accident, mais ayant circulé sur les mêmes routes et dans les mêmes conditions.

En comparant les deux, M. Kloeden et son équipe ont conclu qu’en circulant à 10 km/h de plus que la moyenne des autres véhicules, on multiplie son risque d’accident par 2,2 — voir le tableau p. 23. À 20 km/h plus vite que les autres, on parle de 5,8 fois plus, et à 30 km/h, de 17,9. Alors ce sont des chiffres qui collent de très, très près à ceux présentés dans le tweet de la SQ. (Soulignons que ces résultats valent pour les chemins ruraux. En ville, l’équipe de M. Kloeden avait conclu en 1997 que la vitesse augmentait le risque de manière encore plus marquée.)

Maintenant, il s’agit ici des travaux d’une seule équipe de recherche. Alors est-ce que leurs résultats concordent avec ce que le reste de la communauté scientifique a trouvé?

Dans l’ensemble, oui, au sens où pratiquement toutes les autres études concluent que la vitesse est un facteur d’accident absolument majeur. Mais ces travaux n’ont pas tous trouvé une relation vitesse-risque équivalente à celle des études de Kloeden. Cette revue de la littérature scientifique de l’Union européenne, par exemple, indique que pour chaque km/h de vitesse supplémentaire, le risque d’accident augmente d’environ 3 % — cela varie grosso modo entre +1 et +5 % d’une étude à l’autre. «De manière générale, l’on estime qu’une augmentation de la vitesse moyenne pratiquée de 1 km/h entraîne une augmentation de 3 % du nombre d’accidents avec dommages corporels», m’a pour sa part confirmé la SAAQ.

C’est clairement en-dessous des résultats australiens puisque si l’on prend le taux de 3 % par km/h, une différence de 10 km/h augmente le risque de 34 % environ (1,0310 = 1,34), et non 120 %. Cela ne signifie pas que les travaux de Kloeden ne valent rien. Au contraire, je les ai vus cités comme étant particulièrement solides dans plusieurs documents, notamment cette revue de littérature scientifique néerlandaise. Mais cela montre que les résultats peuvent varier pas mal selon la méthodologie et les circonstances propres à chaque étude, et que les travaux cités par la SQ figurent parmi ceux où l’effet de la vitesse est le plus fort.

VERDICT

Vrai dans l’ensemble. Le point de comparaison n’était pas le bon (vitesse moyenne du trafic plutôt que vitesse permise) et d’autres études indiquent un effet de la vitesse qui est moins élevé, mais de manière générale, il règne un consensus scientifique autour de l’idée que la vitesse est une cause très importante d’accidents et qu’elle augmente le risque de manière exponentielle.

DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.