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Vaccins contre la Covid-19 : 24 % d’effets indésirables «graves», vraiment?
Vaccins contre la Covid-19 : 24 % d’effets indésirables «graves», vraiment?

Vaccins contre la COVID-19: 24 % d’effets indésirables «graves», vraiment?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION : «Une vidéo circule beaucoup sur les réseaux sociaux, disant que le vaccin contre la COVID-19 de Pfizer causerait des effets indésirables graves et même des décès. Elle est faite par un médecin français, le Dr Denis Agret, qui relate des statistiques et des sources qui semblent fiables. Il va même jusqu’à recommander au personnel soignant de ne pas se faire vacciner. De manière générale, je suis totalement pour les vaccins, mais les chiffres qu’il présente ne sont pas du tout rassurants. Sont-ils exacts?» demande Sylvain Daoust, de Repentigny.

LES FAITS

La vidéo montre des statistiques sur les effets secondaires des vaccins contre la COVID-19, soit essentiellement le vaccin de Pfizer, qui compte pour environ 90 % des doses administrées en France. Le Dr Agret indique (avec des explications pour y accéder) qu’il s’agit des données d’un rapport hebdomadaire publié le 5 mars par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui supervise les effets indésirables des vaccins en France. Après vérification, les statistiques qu’il cite sont exactes.

Cependant, l’interprétation qu’il en tire est autrement plus contestable. Ainsi, la vidéo insiste beaucoup sur le fait que 24 % des effets secondaires des vaccins sont considérés comme «graves». La statistique n’est pas présentée de manière totalement trompeuse, au sens où l’on peut comprendre de la vidéo qu’il ne s’agit pas 24 % des vaccinés, mais seulement 24 % de ceux qui ont rapporté des effets indésirables. Sauf que le Dr Agret répète ce chiffre abondamment, ce qui crée l’impression que le vaccin de Pfizer provoque très fréquemment de graves ennuis de santé.

Or ce n’est pas vrai : en date du 4 mars, environ 5,2 millions de personnes avaient été vaccinées en France, dont 11 800 (0,2 %) ont rapporté des effets indésirables. Du nombre, environ les trois quarts étaient bénins. Le 24 % d’effets graves doit donc se comprendre comme «24 % de 0,2 %» — pas 24 % du total, mais bien 0,05 % du total.

C’est clairement très rare, mais le Dr Agret insiste par ailleurs dans sa vidéo sur l’idée que ces effets secondaires seraient largement sous-déclarés. Il serait toutefois étonnant que les chiffres de l’ANSM sous-estiment de beaucoup la fréquence des effets nocifs. D’abord parce que la déclaration des effets graves ou nouveaux (pas inclus dans la fiche du produit) est obligatoire en France pour le personnel soignant, tant pour les vaccins que pour les médicaments.

Et ensuite, parce que ces chiffres incluent tous les effets qui sont déclarés dans les jours suivants la vaccination, peu importe qu’ils aient vraiment été causés par le vaccin ou non (on l’ignore dans bien des cas). Ainsi, si l’on observe une population de 5 millions de personnes pendant plusieurs jours, il y aura forcément des gens qui auront des problèmes de santé, d’autres qui décéderont, etc. Le Dr Agret en convient lui-même à 9min45 de sa vidéo, lorsqu’il parle des cas de convulsion : «Il y en a 25 [cette semaine-là] qui ont convulsé après le vaccin. Ça peut être un hasard, mais bon.» Effectivement, une bonne part des effets secondaires notés dans ce rapport seraient sans doute survenus de toute manière, avec ou sans vaccin, ce qui signifie qu’en fin de compte, il est beaucoup plus probable que les statistiques de l’ANSM surestiment le nombre d’effets indésirables qu’elles ne les diminuent artificiellement.

Enfin, mentionnons que si la définition d’effets indésirables «graves» inclut les cas les plus spectaculaires (décès ou danger de mort, hospitalisation, invalidité), la majorité (60 %) appartiennent à la sous-catégorie «effets médicalement significatifs» — lesquels demeurent «sérieux», entendons-nous, mais pas aussi dramatiques et plus variés que les autres.

Bref, quand on les comprend bien et qu’on les recadre comme il faut, ces statistiques ne montrent pas des effets secondaires trop fréquents, mais bien très rares.

VERDICT

Manque de contexte. Les chiffres sont exacts, mais la vidéo les présente ou les interprète d’une manière qui exagère très fortement le «danger» des vaccins contre la COVID-19, peignant ainsi un portrait déformé de la réalité.

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