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Non, les réactions allergiques sévères aux vaccins n’ont pas été sous-estimées
Non, les réactions allergiques sévères aux vaccins n’ont pas été sous-estimées

Non, les réactions allergiques sévères aux vaccins n’ont pas été sous-estimées

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION : «Une personne m’a envoyé une série d’hyperliens montrant des médecins [notamment le médecin canadien Charles Hoffe] qui avertissent des dangers des vaccins contre la COVID-19. Pensez-vous qu’il s’agit de désinformation?» demande Mathieu Lévesque, de Richmond.

LES FAITS

Dr Charles Hoffe, qui pratique dans la communauté forestière de Lytton, en Colombie-Britannique, a effectivement écrit une lettre ouverte qui a fait un certain bruit récemment. Il y avertissait la médecin-hygiéniste en chef de sa province, Dre Bonnie Henry, de problèmes de santé survenus récemment dans sa ville, qu’il jugeait anormalement fréquents et qu’il attribuait au vaccin (celui de Moderna) : un décès, de «nombreuses» réactions allergiques incluant deux cas d’anaphylaxie (soit une réaction allergique si forte qu’elle met la vie en péril) ainsi que trois cas de «problèmes neurologiques».

Il admettait cependant lui-même ne pas savoir si c’est vraiment le vaccin qui est le déclencheur — ou du moins, ne pas être capable de le prouver. Car ces ennuis de santé ont toujours existé et continuent de survenir indépendamment de la vaccination, si bien que ce n’est pas parce qu’ils surviennent dans les semaines suivant le vaccin qu’ils ont été causés par lui. Cependant, Dr Hoffe estime qu’ils sont arrivés trop fréquemment à Lytton pour que cela soit un simple hasard. «On pouvait le voir dès le départ avec les cas d’anaphylaxie, a-t-il ajouté dans une vidéo qui circule sur YouTube. Moderna cite le nombre de 1 cas par 100 000, mais on en a eu deux à Lytton parmi les 900 premières personnes qui ont été vaccinées. Alors on peut clairement voir qu’ils ont truqué leurs chiffres».

Ce sont toutefois là de très grosses affirmations, et la preuve présentée par Dr Hoffe est très, très mince. Procédons cas par cas.

Le décès. Il s’agissait d’un homme âgé (72 ans) qui souffrait déjà de problèmes de santé sérieux — une «maladie pulmonaire obstructive chronique». En outre, il est décédé plus de trois semaines (24 jours) après avoir reçu le vaccin, lequel n’avait pas provoqué chez lui d’effets secondaires graves pendant tout ce temps. Le lien entre les deux est donc extrêmement spéculatif.

Les chocs anaphylactiques. S’il y a bien eu deux cas d’anaphylaxie sur 900 vaccinés à Lytton, cela donne effectivement un taux très élevé. Sauf que deux cas, cela reste un très petit nombre à partir duquel on ne peut pas vraiment tirer de statistiques fiables. Alors hormis le fait que ces deux cas-là peuvent avoir été causés par d’autres choses que le vaccin, cela peut très bien être dû au hasard.

En outre, il y a des sources indépendantes de Moderna et autrement plus solides que le Dr Hoffe qui ont vérifié le taux d’anaphylaxie associé au vaccin, et leurs conclusions confirment que c’est vraiment rarissime. La santé publique américaine est arrivée au chiffre de 2,5 cas par million de doses à partir d’un échantillon de 4 millions de doses, chiffre qui a été maintenu par la suite dans une mise à jour parue dans le Journal of the American Medical Association. Au Québec, l’Institut national de santé publique (INSPQ) arrive à un chiffre un peu plus élevé, à 1,1 choc anaphylactique par 100 000 doses du vaccin de Moderna et 2,3 par 100 000 pour celui de Pfizer (qui utilise la même technologie à base d’ARN), mais cela reste entièrement compatible avec ce qu’en dit Moderna. Et à peu de chose près, la même chose a été observée en Ontario.

Alors il faut conclure que les deux cas sur 900 survenus à Lytton ont été causés par autre chose que le vaccin, ou qu’il s’agit d’une énorme malchance. Mais dans tous les cas, ça n’est certainement pas une «preuve», ni même un «signe» que Moderna a truqué ses chiffres.

› Les symptômes neurologiques. Ici aussi, les chiffres du Dr Hoffe sont complètement en porte-à-faux avec ce qu’on trouve ailleurs, et dans des échantillons beaucoup plus vastes et fiables. Le taux qu’il a «observé» à Lytton équivaut à environ 330 par 100 000 doses. Or au Québec, l’INSPQ ne rapporte que 9,1 «manifestations neurologiques» par 100 000 associées au vaccin de Moderna, et encore : cela inclut les effets bénins, alors que ceux décrits par Dr Hoffe seraient assurément considérés comme graves. Le taux d’effets indésirables graves (incluant toutes les catégories, neurologiques ou autres) est de 4,6 par 100 000 au Québec et 3,8 par 100 000 au Canada.

Alors au risque de me répéter : ou bien on a affaire à un hasard absolument inouï, ou bien (et c’est beaucoup plus probable) les problèmes neurologiques dont parle Dr Hoffe ont été causés par autre chose que le vaccin.

VERDICT

Faux. Les chiffres présentés par Dr Hoffe proviennent d’un très petit échantillon, pas particulièrement crédible. Ils sont contredits par des études menées par des instances de santé publique, et dans certains cas, publiées dans des revues médicales, qui prouvent que les effets indésirables graves liés aux vaccins anti-COVID, bien qu’ils existent, sont très rares — en tout cas beaucoup, beaucoup plus rare que ce que prétend Dr Hoffe.

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