Selon une étude danoise, il faut réutiliser un sac de coton une cinquantaine de fois pour qu’il ait moins d’impact sur les changements climatiques qu’un sac de plastique mince à usage unique.

Vérification faite: vraiment verts, les sacs de coton?

L’affirmation: Marie-Pierre Lapointe, de Québec, nous envoie un article paru dimanche sur le site de Météomédia et qui, s’appuyant sur une étude danoise, dit que les sacs de coton dont on se sert pour faire l’épicerie ne sont pas aussi «écolo» qu’on le pense. En comptant tout leur cycle de vie, chacun d’eux polluerait autant que jusqu’à 20 000 sacs de plastique, qui ont pourtant très mauvaise réputation. Il faudrait donc les réutiliser 20 000 fois pour que leur empreinte écologique devienne plus faible. Alors, «est-ce que ces conclusions sont fondées», demande Mme Lapointe?

LES FAITS

L’étude en question a été publiée en février 2018 par le ministère de l’Environnement du Danemark. Elle compare les «coûts» environnementaux (eau, GES, toxicité, etc.) de différents types de sacs (divers plastiques, papier, etc.), en tenant compte de toutes les étapes de production, distribution, usages et devenir final — ce que les chercheurs appellent une «analyse de cycle de vie». Elle conclut effectivement que les sacs de coton sont de loin les plus polluants, et que le coton biologique l’est encore plus parce que l’agriculture bio, ayant de moins bons rendements, demande plus d’espace et de ressources.

Du point de vue des changements climatiques, conclut ce rapport, il faut réutiliser un sac de coton une cinquantaine de fois pour qu’il ait moins d’impact qu’un sac de plastique mince à usage unique, comme on en trouve à l’épicerie, et pour les autres critères, cela va jusqu’à 7000 fois! Si le coton est «bio», alors on parle plutôt de 150 et 20 000 fois, respectivement.

Alors, que disent les autres études sur cette question? Les résultats danois sont clairement des extrêmes à cause de certains choix méthodologiques. Par exemple, ses auteurs n’ont pas considéré les sacs qui sont perdus dans la nature, où ils persistent très longtemps; le fait que le Danemark incinère ses déchets et en tire de l’électricité peut aussi avoir fait mieux paraître les sacs de plastique. Mais quand même, il existe plusieurs autres analyses de cycle de vie très sérieuses qui «penchent du même bord».

Ainsi, le Centre international de référence sur le cycle de vie (CIRAIG, rattaché à la Polytechnique de Montréal) concluait à la fin de 2017 qu’il faut entre 100 et 3650 utilisations, selon le critère retenu, pour qu’un sac de coton devienne plus «vert» qu’un sac de plastique à usage unique — notons cependant que pour le critère «abandon dans l’environnement», le coton est environ 700 fois moins pire. L’Environnement britannique a fait le même genre d’exercice en 2011 et est arrivé à des chiffres relativement comparables : un sac de coton pollue autant qu’entre 130 et 400 sacs de plastique. Même son de cloche dans une étude parue en 2009 dans le Journal of Fiber Bioengineering and Informatics. Les chiffres diffèrent parce que les prémisses du calcul (les critères d’évaluation) ne sont pas les mêmes, mais les conclusions sont cohérentes.

L’explication est fort simple, et est la même dans toutes ces études : le gros de l’impact environnemental des sacs est lié à leur production. C’est l’extraction des ressources et l’énergie nécessaire pour leur transformation et leur transport qui laissent la plus grosse empreinte — et cela avantage le sac de plastique. «Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production de sacs à ordures puisqu’il est couramment utilisé pour cette fonction également», souligne le rapport du CIRAIG. Un sac de polyéthylène mince fait moins de 50 microns d’épaisseur et pèse à peine quelques grammes; par comparaison, un sac de coton peut peser plus de 200 grammes. Cela fait beaucoup plus de matière à produire, transporter et transformer.

Évidemment, l’idéal serait que tout le monde se procure des sacs réutilisables (en coton ou d’autres matériaux) et s’en serve assez de fois pour que leur empreinte passe en dessous de celle des sacs de plastique, mais le CIRAIG n’a pas pu «déterminer si ces nombres sont réalistes dans le contexte québécois».

LE VERDICT

Vrai. L’étude danoise arrive à des chiffres extrêmes, mais ses conclusions vont dans le même sens que plusieurs autres analyses du cycle de vie : les sacs de coton nécessitent un très grand nombre de réutilisations avant de devenir préférables aux sacs de plastique à usage unique. Notons par ailleurs que ce nombre est en général beaucoup plus bas (entre quelques fois et quelques dizaines de fois) pour les sacs réutilisables en plastique.

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