Vérification faite: les thérapies de conversion, ça fonctionne?

L’AFFIRMATION: «Quand cela [l’homosexualité] se manifeste dès l’enfance, il y a beaucoup de choses à faire, par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses. C’est autre chose quand cela se manifeste après 20 ans», a déclaré lundi le pape François, laissant entendre que l’attirance pour le même sexe était réversible. Le Vatican a par la suite précisé que le pape ne voulait pas dire par là que l’homosexualité était une maladie, mais qu’il n’avait fait référence à la psychothérapie «comme un exemple qui rentre dans les différentes choses qui peuvent être faites».

LES FAITS

La déclaration du pape François est un brin étonnante puisque l’Église catholique ne considère pas l’attirance pour le même sexe comme étant un péché en soi — c’est le passage à l’acte qui l’est —, ce qui explique pourquoi elle n’a pas de position officielle au sujet des «thérapies de conversion», qui prétendent transformer les homosexuels en hétérosexuels. Mais il y a des cas où des membres du clergé ou des associations catholiques ont encouragé de telles «conversions», et la suggestion du pape montre à quel point la position de l’Église peut être ambiguë. Alors, voyons s’il est vrai que ces «thérapies» peuvent fonctionner.

Le pape François a mis le feu aux poudres lundi, déclarant que l’homosexualité pourrait se guérir par la psychiatrie.

Peu de recherche scientifique a été faite à leur sujet. En date de décembre dernier, le site What We Know de l’Université Cornell (État de New York) recensait seulement 13 études ayant évalué leur efficacité (bit.ly/2wAwvLJ). Notons à propos de l’âge que les participants à ces études étaient tous adultes, mais qu’une partie appréciable d’entre eux avaient reçu des «traitements» lorsqu’ils étaient enfants ou adolescents. De ces 13 études, lit-on sur le site, «12 ont conclu que la thérapie de conversion est inefficace et/ou nuisible, faisant des liens avec la dépression, les tendances suicidaires, l’anxiété, l’isolement social et une capacité diminuée pour les relations intimes».

Et encore, la seule étude qui a conclu qu’il est possible de changer d’orientation sexuelle n’a observé de «succès» que chez une minorité de ses participants et comportait par ailleurs d’importantes lacunes méthodologiques. En général, on soupçonne que les cas de conversion réussie sont en fait des bisexuels qui n’ont pas été identifiés comme tels au début de l’étude.

De nombreuses instances médicales et scientifiques dans le monde s’opposent explicitement à ces «traitements», comme l’Association médicale américaine et l’Association britannique de counselling et de psychothérapie. Plus près de nous, l’Ordre des psychologues du Québec (bit.ly/2BYWx0K) concluait en 2012 que les données probantes ne montrent pas du tout l’efficacité des thérapies de conversion et qu’au surplus, «cela risquerait de susciter de faux espoirs et être la source d’une plus grande détresse devant l’échec prévisible de ce traitement».

Mentionnons enfin que d’autres études suggèrent de différentes manières que l’homosexualité est irréversible — comme l’hétérosexualité, d’ailleurs. Des études de jumeaux (bit.ly/2BQbqCQ), par exemple, indiquent que la génétique peut jouer un rôle dans l’orientation sexuelle. D’autres résultats suggèrent que l’exposition à certaines hormones à des moments précis du développement de l’embryon (bit.ly/2wnV2mW) pourrait masculiniser ou féminiser des structures du cerveau liées aux préférences sexuelles, et ce, de façon permanente.

LE VERDICT

Faux, selon toute vraisemblance. À la limite, on pourrait argumenter que l’efficacité des thérapies de conversion n’a juste «pas été prouvée» parce qu’elle n’a pas encore été très étudiée, mais les quelques résultats dont on dispose présentement indiquent que cela a bien peu de chance d’être le cas.