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Vérification faite: le variant anglais est-il plus dangereux pour les jeunes?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION: De très nombreux articles de presse ont averti récemment que la troisième vague de COVID-19 menacerait davantage les jeunes que les vagues précédentes, où c’étaient surtout les personnes âgées qui étaient hospitalisées et en mouraient. Comparé aux souches passées du virus, les nouveaux variants, et en particulier le variant anglais (de loin le plus répandu), provoqueraient des complications qui seraient moins concentrées chez les aînés, plus également réparties parmi les groupes d’âge. Voyons voir.

LES FAITS

La plupart de ces articles reposent sur des entrevues avec des médecins qui ont constaté que la moyenne d’âge de leurs «patients COVID» a diminué au cours des dernières semaines, que les 60 ans et plus n’en forment plus la majorité de manière aussi écrasante qu’avant. Je n’ai aucune raison de remettre en question ces observations, mais le fait est qu’elles demeurent anecdotiques et qu’un rajeunissement peut venir de deux manières différentes : soit que les nouveaux variants «ciblent» effectivement plus les jeunes, soit qu'il y a moins d’aînés dans les hôpitaux (possiblement à cause de la vaccination).

De ce point de vue, le cas de l’Angleterre fournit une sorte d’«expérience naturelle» puisque c’est là que le fameux «variant anglais» (ou B117) est apparu en septembre, avant de se répandre comme une traînée de poudre. À la mi-novembre, ce variant très contagieux représentait déjà environ le quart de tous les cas de COVID-19 détectés là-bas, et à la fin de décembre, c’était entre 75 et 80 %, d’après des données de la santé publique anglaise (voir ici en p. 10). Or d’autres données (disponibles ici indiquent que la montée du B117 n’a rien changé, ou si peu, sur l’âge des gens hospitalisés à cause de la COVID-19. Comme le montre le graphique ci-dessous, les 18-54 ans ont représenté environ 18-20 % des «patients COVID» pendant tout l’automne. En décembre et janvier, soit en même temps que l’«explosion» de B117, cette proportion est passée à 21-23 %, puis elle a continué d’augmenter progressivement (même si la proportion de B117 n’augmentait plus) pour dépasser les 27 % au début de mars.

La hausse de décembre est peut-être le signe que ce variant est un peu plus dangereux pour les jeunes que les souches «historiques» de la COVID-19. En tout cas, cela ne peut pas s’expliquer par la vaccination, qui n’a débuté qu’à la mi-décembre et qui nécessite deux ou trois semaines pour faire son effet. Mais même en présumant que les complications dues au B117 sont moins concentrées chez les aînés, «l’effet m’apparaît somme toute modeste», dit DGuy Boivin, chercheur en infectiologie à l’Université Laval et spécialiste des virus respiratoires.

Dans l’ensemble, la tendance semble mieux s’expliquer par la vaccination, qui a ciblé les personnes âgées en priorité, au Royaume Uni comme ailleurs. À mesure que les aînés ont été protégés, la COVID-19 en aurait moins envoyé à l’hôpital, et la part des jeunes s’en serait trouvée (artificiellement) accrue, ce qui peut avoir créé l’illusion que les nouveaux variants sont plus dangereux pour les gens dans la force de l’âge que les souches historiques.

(Notons qu’il est possible que le B117 soit plus mortel en général, mais Dr Boivin n'en est pas convaincu et c’est une autre question.)

Même son de cloche du côté de la virologue Nathalie Grandvaux, de l’Université de Montréal. En examinant des statistiques françaises d’hospitalisation, où le variant britannique est très présent, «la lecture que je fais de ces données-là c’est que jusqu’à maintenant, le virus continue de se comporter comme pendant les autres vagues. On est dans les mêmes nombres pour les mêmes catégories d’âge». Il est possible, ajoute-t-elle, que l’apparent rajeunissement des patients ait été accentué par le fait que non seulement les 70 ans et plus sont en majorité vaccinés, mais qu’en plus le variant britannique est nettement plus contagieux. Et s'il infecte plus de jeunes, il en enverra plus à l'hôpital (sans forcément être plus virulent).

S’il est une chose nouvelle en tout ceci, poursuit Mme Grandvaux, c’est «peut-être que le fait que les plus vieux soient moins hospitalisés, ça fait ressortir les hospitalisations chez les plus jeunes, qu’on avait un peu oubliées parce qu’on focalisait entièrement sur les personnes âgées. Ça met en lumière que les plus jeunes ne sont pas complètement protégés et qu’ils ne l’ont jamais été, même si c’était masqué par les préoccupations pour les gens plus âgés. Mais les jeunes peuvent eux aussi finir aux soins intensifs, même si les chances sont moins grandes.»

VERDICT

Pas clair. Les données corroborent les témoignages de médecins sur la moyenne d’âge des patients, mais le cas de l'Angleterre et d’autres données suggèrent que ce serait surtout la vaccination prioritaire des aînés qui expliquerait le rajeunissement des patients, pas des variants qui se comportent de manière vraiment différente des souches passées de COVID-19.

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