Vérification faite

Vérification faite: combien vaut un baril de pétrole albertain?

L’AFFIRMATION: «On invoque souvent le fait que le pétrole albertain est vendu à un bas prix parce qu’il n’y a pas de débouchés. Est-ce vrai? Et dans l’éventualité où ils trouveraient de meilleurs débouchés, est-il vrai que les prix à la pompe augmenteraient puisque le Québec achète une partie importante de son pétrole en Alberta?» demande François Morin, de Notre-Dame-du-Portage.

LES FAITS

Quand les politiciens albertains, comme l’ancienne première ministre Rachel Notley et l’actuel PM Jason Kenney, parlent du «rabais» sur le pétrole albertain et des milliards que cela fait perdre à la province, ils comparent toujours le prix d’un pétrole nommé Western Canada Select (WCS, issu des sables bitumineux) à celui d’un autre pétrole, le West Texas Intermediate (WTI), qui sert souvent de référence en Amérique du Nord.

Et il est vrai que le pétrole albertain se vend à un prix chroniquement inférieur à son «cousin texan», comme le montre le graphique ci-contre. En date de mars dernier, le WTI se transigeait à 58 $ le baril, contre seulement 48 $ pour le WCS. Il arrive assez souvent que des acteurs politiques attribuent entièrement ces écarts au fait que les pipelines sont saturés à l’heure actuelle.

Vérification faite

Vérification faite: le réchauffement deux fois plus rapide au Canada?

L’AFFIRMATION: «Est-il vrai que le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde ou est-ce surtout le Grand Nord qui voit ses glaciers fondre? Il y a tout de même une différence entre Toronto et Grise Fjord!» demande Jean Bourassa, de Québec.

LES FAITS

Le Canada se réchauffe effectivement deux fois plus vite, en moyenne, que le reste du globe. C’est en tout cas la conclusion du Rapport sur le climat changeant du Canada, dans lequel des scientifiques du fédéral et d’universités font le point sur les connaissances au sujet du réchauffement passé et à venir au Canada. Le document, en plus d’avoir été rédigé par des experts, a aussi subi un «examen externe» de la part d’autres spécialistes du climat. C’est donc une source on ne peut plus solide.

On y lit : «La température moyenne annuelle au Canada a augmenté de 1,7 ºC [... entre 1948 et 2016], soit environ le double de l’augmentation observée à l’échelle mondiale [0,8 ºC pour la période de 1948 à 2016], selon l’ensemble de données sur la température moyenne à la surface du globe produites par le Met Office Hadley Centre et le Climatic Research Unit à la University of East Anglia, au Royaume-Uni» (bit.ly/2YbsuJM, p. 14 sur 82).

Il s’agit d’une moyenne qui masque des différences régionales — c’est plus rapide dans le Grand Nord (+ 2,3 °C) et les Prairies (+ 1,9 °C), par exemple, et plus lent au Québec (+ 1,1 °C) et les provinces de l’Atlantique (+ 0,7 °C) —, mais l’idée d’un réchauffement plus rapide au Canada que dans le reste du monde reste un fait indéniable.

Cependant, on a tendance dans les médias et les réseaux sociaux à présenter ce genre de nouvelle comme si la situation du Canada était vraiment très particulière alors que ce n’est pas le cas, explique la climatologue du consortium de recherche Ouranos Dominique Paquin. La «moyenne canadienne» représente en effet les températures mesurées au-dessus des continents, sur la terre ferme, alors que la «moyenne mondiale» inclut les températures mesurées au-dessus des mers. Or, l’eau est un bon conducteur thermique, si bien que «les océans vont absorber plus d’énergie, ce qui en laisse moins dans l’atmosphère au-dessus», dit Mme Paquin.

D’après le site de la NASA, depuis la fin du XIXe siècle, la température au-dessus des continents a gagné autour de 1,7 °C sur près de 140 ans, donc une moyenne de 0,12°C par décennie, alors qu’au-dessus des océans, le rythme ne fut que d’environ 0,05 °C par décennie. Et comme les océans couvrent 70 % de la superficie de la Terre, cela explique une bonne partie de la différence entre le Canada et le «reste du monde», mais cela vaut aussi pour bien d’autres endroits, comme l’Europe, l’Australie et la Chine.

Il y a quand même des facteurs plus spécifiques, qu’on ne trouve pas partout et qui accélèrent les changements climatiques au Canada, dit Mme Paquin. Une bonne partie du pays est situé dans l’Arctique, où le réchauffement est beaucoup, beaucoup plus prononcé qu’ailleurs, et pas seulement parce que ce sont des terres émergées. Là-haut, le couvert de neige et de glaces marines a toujours réfléchi une bonne part du rayonnement solaire, mais ce couvert recule à cause des changements climatiques. Une plus grande partie de l’énergie solaire est donc absorbée par le sol ou l’eau de mer au lieu d’être renvoyée vers l’espace ce qui (avec d’autres facteurs) amplifie le réchauffement.

«Mais c’est la même chose dans d’autres pays aux mêmes latitudes, dit Mme Paquin. Si on regardait le cas d’un pays comme la Russie, par exemple, on aurait des résultats semblables.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser en lisant des manchettes disant que «le Canada se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète», le pays est donc loin d’être le seul dans cette situation. Mais il demeure utile et important de mesurer le rythme du réchauffement de manière spécifique, comme le fait le Rapport sur le climat changeant du Canada, parce que cela donne un portrait de la situation plus précis que si on ne faisait qu’appliquer la moyenne mondiale aux cas canadien ou québécois.

LE VERDICT

Vrai, mais cela ne veut pas dire que les changements climatiques sont exceptionnels dans l’ensemble Canada. Il y a des variations régionales et les raisons qui expliquent pourquoi le réchauffement survient en moyenne plus vite ici (comme la latitude et la différence entre continents et océans) prévalent aussi dans d’autres parties du monde.

Vérification faite

Vérification faite: la «vraie» hausse des tarifs d'électricité

L’affirmation Dans le coin rouge : Hydro-Québec, qui soutient que l’augmentation de ses tarifs au 1er avril dernier ne fut que de 0,9 %. Dans le coin bleu : le chroniqueur de Québecor Michel Girard, qui affirmait la semaine dernière et cette semaine qu’il s’agit d’une «information trompeuse» et que la vraie hausse est trois fois plus élevée, à 2,9 % — ce que le pdg de la société d’État, Éric Martel, est allé jusqu’à qualifier de «fake news». Cette histoire a eu une grande répercussion sur les réseaux sociaux, alors voyons de quoi il retourne.

Les faits

Le tarif résidentiel d’Hydro-Québec est depuis longtemps organisé en deux parties : un tarif réduit pour les premiers kilowatts-heure (kWh) consommés chaque jour (les premiers 40 kWh/j depuis le 1er avril) et un tarif plus élevé pour l’électricité supplémentaire consommée le reste de la journée. Le mois dernier, ce tarif est passé de 5,91 ¢ à 6,08 ¢/kWh pour la première tranche de 40 kWh par jour, et de 9,12 ¢ à 9,38 ¢/kWh pour la consommation quotidienne additionnelle. Il s’agit d’augmentations de 2,88 % et de 2,85 % respectivement. C’est le calcul qu’a fait M. Girard et, si l’on ne s’en tient qu’à cela, c’est effectivement lui qui semble avoir raison.

Cependant, ce tarif n’est pas la seule chose qui entre dans la facture d’électricité. Il y a également une «redevance d’abonnement» de 40,64 ¢ par jour qui, elle, n’a pas augmenté, a signalé la société d’État dans une «mise au point». Dans une «contre-réplique» à Hydro-Québec publiée lundi, M. Girard a admis l’avoir omis dans ses calculs, mais maintient ses conclusions parce que cette redevance ne représente, dit-il, qu’une bien petite partie de la facture d’électricité. Ce qui est vrai : environ 12 $ par mois.

Or il semble que ce ne soit pas le seul oubli du chroniqueur. La société d’État maintient que la hausse n’est que de 0,9 % parce que le tarif réduit a été étendu : il ne s’appliquait qu’aux premiers 36 kWh par jour avant le 1er avril, mais ce «bloc est passé à 40 kWh/j depuis. Il y a donc 4 kWh par jour qui sont passés du tarif le plus élevé au tarif réduit. C’est la vérité, comme le montrent des documents de la Régie de l’énergie [http://bit.ly/2WlCtf0], mais mentionnons aussi à la décharge de notre collègue que ce point était loin d’être clair dans le communiqué émis par Hydro-Québec [http://bit.ly/2PH1kHv].

Quoi qu’il en soit, voyons voir si cela fait une grosse différence. D’après le chercheur et spécialiste des questions d’énergie de l’Université de Sherbrooke Marcel Lacroix, une maison chauffée à l’électricité consomme autour de 30 000 kWh par année, donc environ 80 kWh par jour [http://bit.ly/2Y2pGyA]. Alors avant la hausse de cette année, la facture mensuelle d’électricité de cette maison «moyenne» était de :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 5,91 ¢/kWh x 36 kWh/jour x 30 jours = 63,83 $ pour les premiers 36 kWh, au tarif réduit

- 9,12 ¢/kWh * 44 kWh/jour x 30 jours = 120,38 $ pour l’électricité supplémentaire

- Grand total : 196,21 $

Depuis le 1er avril dernier, en tenant compte des 4 kWh/jour passés au tarif réduit, cette même maison consommant la même quantité d’électricité doit payer :

- 40,64 ¢/jour x 30 jours = 12,19 $ pour la redevance

- 6,08 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 72,96 $ pour le premier bloc de 40 kWh par jour

- 9,38 ¢/kWh x 40 kWh/jour x 30 jours = 112,56 $ pour l’électricité quotidienne supplémentaire

- Grand total : 197,52 $

La dernière hausse d’Hydro-Québec a donc fait passer la facture d’électricité de cette maison «moyenne» de 196,21 $ à 197,52 $ par mois, soit une augmentation de 0,7 %. Nous avons fait le même calcul pour des ménages qui consomment moins (60 kWh/jour), et il apparaît que leur facture d’électricité demeure à peu près la même (-0,18 %) — pas de hausse pour eux, donc. Par contre, pour les maisons plus grosses et plus énergivores, la facture augmente un peu plus que le 0,9 % mis de l’avant par Hydro-Québec : pour une habitation qui «brûlerait» 100 kWh/jour, par exemple, la hausse est de 1,1 %.

Verdict

Les chiffres sont du côté d’Hydro-Québec. À l’extrême limite, si l’on considérait séparément les seuls «tarifs» et la facture totale, on pourrait donner en partie raison aux deux côtés, mais la distinction nous paraît factice : c’est le total qui importe le plus. Et de ce point de vue, tout indique que la hausse est beaucoup plus proche du 0,9 % annoncé par la société d’État que du 2,9 % calculé par M. Girard.

Vérification faite

Vérification faite: de plus en plus d’inondations?

L’affirmation «On sait qu’avec les changements climatiques, ces phénomènes-là [les inondations] vont s’accentuer dans le futur», a indiqué mardi le populaire morningman Paul Arcand, au FM 98,5. Et il n’est pas le seul à le penser. «Ces phénomènes d’inondation, il est clair que ça va devenir exponentiel [à cause du réchauffement planétaire]», a déclaré sur les ondes de QUB radio la mairesse de Sainte-Julie, Suzanne Roy, qui préside le Comité sur les changements climatiques de l’Union des municipalités du Québec.

Radio-Canada titrait le week-end dernier que «les changements climatiques influencent [...] l’intensité des inondations». Et même le premier ministre fédéral Justin Trudeau a dit mercredi, lors d’une visite à des sinistrés de l’Outaouais, que ce genre de catastrophe naturelle allait arriver «de plus en plus souvent».

Les faits

Il est vrai que l’on prévoit que le réchauffement climatique va rendre certains événements météo extrêmes plus fréquents, comme les épisodes de pluie intense — c’est même déjà commencé. Il n’est donc pas déraisonnable de penser qu’au moins dans certaines régions du globe, les inondations surviendront plus souvent. C’est d’ailleurs le cas dans le nord-est des États-Unis, où l’on en compte plus qu’avant — mais il y a plusieurs autres secteurs du pays où c’est le contraire qui se passe, si bien que la tendance générale n’est pas claire.

Au Québec, cependant, «la crue principale, c’est celle du printemps», fait remarquer Dominique Paquin, climatologue au consortium de recherche Ouranos. Cela signifie que même si des inondations peuvent se produire en toute saison, le risque est nettement plus grand au printemps : dans les bases de données de Sécurité publique Canada, sur les 30 inondations dites «catastrophiques» répertoriées au Québec entre 1970 et 2014, plus de la moitié (17) sont survenues entre la fin de mars et le mois de mai.

Or dans les modèles climatiques et hydrologiques, il est loin d'être clair que ces crues deviendront de plus en plus fortes, indique Mme Paquin. En effet, si nos hivers se réchauffent, alors les épisodes de fonte deviendront plus fréquents de décembre à mars, et il restera moins de neige pour gonfler les rivières au printemps. D’ailleurs, à la suite des inondations de 2017, Ouranos avait publié un «questions-réponses» indiquant qu’«en moyenne, il n’est pas attendu dans le futur que les crues printanières deviennent plus importantes dans le sud du Québec notamment en raison d’une plus faible accumulation de neige durant l’hiver».

Ouranos a publié tout récemment une mise à jour de son «questions-réponses» pour tenir compte des dernières avancées scientifiques. «Pour les grands bassins versants comme celui par exemple de la rivière des Outaouais, le comportement à long terme, si l’on se projette dans 100 ans, est à la diminution des probabilités d’avoir des inondations», y lit-on. Il n'est pas impossible que qu'à moyen terme, la baisse des crues printanières moyennes s'accompagne d'une hausse des crues extrêmes, mais ces résultats sont loin d'être certains.

Pour les bassins versants plus petits, cependant, on peut s'attendre à des risques d'inondation plus élevés en été et en automne parce que les épisodes de pluie intense seront plus fréquents. Cependant, «pour les crues printanières, les tendances sont les mêmes que pour les grands bassins versants», soit une diminution, lit-on dans le document.

Enfin, le Centre d’expertise hydrique du Québec — les spécialistes du débit des rivières au gouvernement — publie périodiquement un Atlas hydroclimatique du Québec méridional, dont la dernière version ne prévoit pas de tendance à la hausse pour les crues printanières (récurrence de 20 ans) dans le sud de la province. En fait, cinq rivières de l’extrême sud devraient voir une «diminution probable» de leurs crues d’ici 2050, et les autres seront stables. Une demi-douzaine d’autres connaîtront une «augmentation probable», mais elles sont toutes situées beaucoup plus au nord, au Lac-Saint-Jean et sur la Basse-Côte-Nord.

Cependant, ce même document prévoit des «augmentations probables» des «crues» d’été et d’automne pour le sud et l’est du Québec, puisque les précipitations extrêmes devraient augmenter. Rappelons toutefois que, comparés au printemps, les débits moyens sont beaucoup plus faibles pendant ces saisons.

Le Verdict

En grande partie faux. Dans le sud du Québec, le principal risque d’inondation est associé à la crue printanière, et les meilleures expertises disponibles prévoient que les changements climatiques ne devraient pas l’augmenter d'ici la fin du siècle — en tout cas, pas pour les grands bassins versants, qui verront même leur risque diminuer. Dans les bassins versants plus petits, cependant, le risque devrait augmenter.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d'un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n'aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: une «vague» d’attaques contre des églises françaises?

L’AFFIRMATION: «Pendant la semaine pascale, #NotreDame brûle. En mars : la deuxième plus grande église, Saint-Sulpice, brûle», a tweeté Alice Weidel, co-leader du parti anti-immigrant Alternative pour l’Allemagne, laissant entendre que l’incendie de Notre-Dame-de-Paris n’était pas un événement isolé. C’est un thème qui a été repris par plusieurs médias et figures de proue de l’«alt right» au cours des derniers jours. The Rebel Media et Russia Today, notamment, ont tous deux souligné que le brasier de lundi est survenu juste après une «montée de la violence religieuse» qui «cible principalement des chrétiens».

LES FAITS

Comme les autorités françaises considèrent jusqu’ici que l’incendie était accidentel, il est évident que tout lien avec une vague d’attaques ne peut être autre chose que totalement artificiel. S’il s’agit d’un accident, alors par définition il ne peut pas faire partie d’une série d’actes hostiles. Mais voyons tout de même quelle est cette soi-disant vague de violence religieuse à laquelle on tente de rattacher l’incendie de Notre-Dame-de-Paris.

Les médias français ont bel et bien fait état d’une «vague» de vandalisme contre des églises cet hiver. En février, en l’espace d’environ une semaine, ils ont relaté les cas d’églises à Nîmes, Maisons-Laffite, Dijon, Houilles, Lavaur et Saint-Cyr-l’École qui ont reçu la visite de casseurs. Les dégâts tournent souvent à peu près autour des mêmes thèmes (ici un tabernacle renversé ou brisé, là une croix ou des statues renversées, etc.). En mars sont venus s’ajouter deux autres cas (8 en tout) : l’incendie criminel à l’église Saint-Sulpice, qui est la deuxième plus grande église de Paris après Notre-Dame, et du vandalisme sur l'orgue de la basilique Saint-Denis.

Maintenant, est-ce suffisant pour constituer une «vague» ou une «montée de la violence religieuse»? Ces profanations sont survenues dans un assez bref laps de temps, c’est vrai, mais elles ne sont que huit, ce qui est un très petit nombre à l’échelle d’un pays comme la France. Selon les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur, il survient environ 1000 à 1100 «actes anti-chrétiens» par année en France, et les données de 2018 ne laissent pas entrevoir de hausse. Ces gestes vont du simple graffiti punk sur un mur d’église jusqu’aux dégradations plus graves comme celles de février, en passant par les pierres tombales renversées, etc. Plus important, ils ne se répartissent pas uniformément dans le temps : ils peuvent paraître plus fréquents par moment par le seul effet du hasard. Rien dans ce que nous avons trouvé n’indique qu’il s’agisse d’autre chose que ça.

Il est vrai que dans les stats de l’Intérieur, les «actes antichrétiens» sont le groupe de gestes haineux le plus nombreux, représentant à eux seuls environ la moitié de tous les actes répertoriés. Mais cela s’explique simplement par le fait qu’il y a en France beaucoup plus de lieux de culte chrétiens que de non-chrétiens : environ 45 000 églises catholiques, contre près de 2500 mosquées et 500 synagogues.

Enfin, l’idée de «violence religieuse» évoquée par The Rebel et RT laisse entendre que l’on a affaire à une religion qui s’en prend à une autre, mais il est très loin d’être clair que ce soit le cas. Parmi les huit églises vandalisées cet hiver, on connaît trois suspects. À Maisons-Laffites, c’est un sans-abri de 35 ans qui a agi. À Houilles, c’est un homme de 32 ans qui disait ne pas comprendre pourquoi «Dieu lui en veut depuis trois ou quatre ans», rapportait Le Parisien. Et dans le cas de la basilique Saint-Denis, c'est un Pakistanais arrivé en France deux mois plus tôt qui subit maintenant son procès, mais rien dans ce qui est ressorti des procédures jusqu'à présent ne donne à croire qu'il était motivé par la religion — une expertise psychiatrique est en cours.

Par ailleurs, le cas de Saint-Cyr-L’Éole était un simple graffiti «Jésus était anarchiste» et le curé de Saint-Sulpice a déclaré dans une entrevue au magazine Le Point qu’il ne considérait pas l’incendie de mars comme une attaque antireligieuse : «L’incendie a eu lieu à la porte de l’édifice. On ne peut pas parler de profanation», analyse-t-il.

Dans l'ensemble, ces faits cadrent mal avec l’idée d’une haine antichrétienne qui serait motivée par la religion.

VERDICT

Très douteux. Au-delà du fait que, par définition, un accident ne peut pas faire partie d’une série d’attaques, l’existence même d’une vague de vandalisme contre les églises françaises est mal établie. Et les profanations qui ont eu lieu ne semblaient pas, de ce qu’on en sait jusqu’ici, motivées par la religion.

Vérification faite

Vérification faite: vraiment verts, les sacs de coton?

L’affirmation: Marie-Pierre Lapointe, de Québec, nous envoie un article paru dimanche sur le site de Météomédia et qui, s’appuyant sur une étude danoise, dit que les sacs de coton dont on se sert pour faire l’épicerie ne sont pas aussi «écolo» qu’on le pense. En comptant tout leur cycle de vie, chacun d’eux polluerait autant que jusqu’à 20 000 sacs de plastique, qui ont pourtant très mauvaise réputation. Il faudrait donc les réutiliser 20 000 fois pour que leur empreinte écologique devienne plus faible. Alors, «est-ce que ces conclusions sont fondées», demande Mme Lapointe?

LES FAITS

L’étude en question a été publiée en février 2018 par le ministère de l’Environnement du Danemark. Elle compare les «coûts» environnementaux (eau, GES, toxicité, etc.) de différents types de sacs (divers plastiques, papier, etc.), en tenant compte de toutes les étapes de production, distribution, usages et devenir final — ce que les chercheurs appellent une «analyse de cycle de vie». Elle conclut effectivement que les sacs de coton sont de loin les plus polluants, et que le coton biologique l’est encore plus parce que l’agriculture bio, ayant de moins bons rendements, demande plus d’espace et de ressources.

Du point de vue des changements climatiques, conclut ce rapport, il faut réutiliser un sac de coton une cinquantaine de fois pour qu’il ait moins d’impact qu’un sac de plastique mince à usage unique, comme on en trouve à l’épicerie, et pour les autres critères, cela va jusqu’à 7000 fois! Si le coton est «bio», alors on parle plutôt de 150 et 20 000 fois, respectivement.

Alors, que disent les autres études sur cette question? Les résultats danois sont clairement des extrêmes à cause de certains choix méthodologiques. Par exemple, ses auteurs n’ont pas considéré les sacs qui sont perdus dans la nature, où ils persistent très longtemps; le fait que le Danemark incinère ses déchets et en tire de l’électricité peut aussi avoir fait mieux paraître les sacs de plastique. Mais quand même, il existe plusieurs autres analyses de cycle de vie très sérieuses qui «penchent du même bord».

Ainsi, le Centre international de référence sur le cycle de vie (CIRAIG, rattaché à la Polytechnique de Montréal) concluait à la fin de 2017 qu’il faut entre 100 et 3650 utilisations, selon le critère retenu, pour qu’un sac de coton devienne plus «vert» qu’un sac de plastique à usage unique — notons cependant que pour le critère «abandon dans l’environnement», le coton est environ 700 fois moins pire. L’Environnement britannique a fait le même genre d’exercice en 2011 et est arrivé à des chiffres relativement comparables : un sac de coton pollue autant qu’entre 130 et 400 sacs de plastique. Même son de cloche dans une étude parue en 2009 dans le Journal of Fiber Bioengineering and Informatics. Les chiffres diffèrent parce que les prémisses du calcul (les critères d’évaluation) ne sont pas les mêmes, mais les conclusions sont cohérentes.

L’explication est fort simple, et est la même dans toutes ces études : le gros de l’impact environnemental des sacs est lié à leur production. C’est l’extraction des ressources et l’énergie nécessaire pour leur transformation et leur transport qui laissent la plus grosse empreinte — et cela avantage le sac de plastique. «Par sa minceur et sa légèreté, étant conçu pour un usage unique, son cycle de vie nécessite peu de matière et d’énergie. De plus, il permet d’éviter la production de sacs à ordures puisqu’il est couramment utilisé pour cette fonction également», souligne le rapport du CIRAIG. Un sac de polyéthylène mince fait moins de 50 microns d’épaisseur et pèse à peine quelques grammes; par comparaison, un sac de coton peut peser plus de 200 grammes. Cela fait beaucoup plus de matière à produire, transporter et transformer.

Évidemment, l’idéal serait que tout le monde se procure des sacs réutilisables (en coton ou d’autres matériaux) et s’en serve assez de fois pour que leur empreinte passe en dessous de celle des sacs de plastique, mais le CIRAIG n’a pas pu «déterminer si ces nombres sont réalistes dans le contexte québécois».

LE VERDICT

Vrai. L’étude danoise arrive à des chiffres extrêmes, mais ses conclusions vont dans le même sens que plusieurs autres analyses du cycle de vie : les sacs de coton nécessitent un très grand nombre de réutilisations avant de devenir préférables aux sacs de plastique à usage unique. Notons par ailleurs que ce nombre est en général beaucoup plus bas (entre quelques fois et quelques dizaines de fois) pour les sacs réutilisables en plastique.

Vérification faite

Vérification faite: trop de failles géologiques à l’île d’Orléans?

L’affirmation: «Les failles géologiques qu’on retrouve entre Sainte-Pétronille et Saint-Laurent sont, paraît-il, au nombre de plus d’une quinzaine. J’ai entendu que c’est pour cette raison que les pylônes d’Hydro-Québec qui sont là sont plus bas que toutes les autres tours au Québec : parce que le roc n’est pas bon à cet endroit. Est-ce vrai? Et est-ce que cela posera problème pour un éventuel troisième lien?», demande G. Bédard.

LES FAITS

En fait, il semble que la prémisse de la question soit fausse : la ligne à haute tension qui passe là n’est pas soutenue par des pylônes plus bas que la moyenne, assure le porte-parole d’Hydro-Québec Maxence Huard-Lefebvre. Et de toute manière, ajoute-t-il, le type de sol n’influence pas la hauteur à laquelle passent les lignes à haute tension, mais uniquement le type de fondation que l’on construit pour les pylônes. La taille des pylônes, généralement entre 40 et 70 mètres, est déterminée par le fait que c’est l’air qui sert d’isolant électrique pour les lignes à haute tension, si bien qu’Hydro-Québec doit s’assurer que les fils ne descendent pas sous une certaine hauteur — afin d’éviter que le courant ne se transmette aux objets au sol. La taille des pylônes est choisie en fonction de ça et selon la topographie locale.

Dans le cas de la pointe ouest de l’île d’Orléans, c’est l’endroit où les fils traversent le fleuve et doivent parcourir une assez grande distance sans être supportés. C’est pourquoi les pylônes de l’endroit sont plus hauts que la moyenne, dit M. Huard-Lévesque.

Cela dit, il est vrai qu’il existe plusieurs failles géologiques dans ce secteur, et il est aussi vrai que le roc est pas mal fracturé à ces endroits. Comme on peut le lire dans l’étude du professeur de la Polytechnique Bruno Massicotte, qui devait se prononcer sur la faisabilité d’un tunnel passant sous le fleuve dans ce secteur, «l’ensemble des failles de chevauchement situées sur le profil du tunnel sont inactives et aucun tectonisme n’est présent dans ces failles. On considère toutefois que le massif rocheux est de mauvaise à très mauvaise qualité à l’approche et au droit des failles» (p. 21).

Cependant, il faut noter que cela ne constitue aucunement un obstacle majeur. Cela signifie simplement que «les matériaux fracturés sont moins durs et donc plus faciles à excaver, mais en contrepartie qu’ils doivent être supportés lors de l’excavation», nous a écrit M. Massicotte lors d’un échange de courriels. Il existe également des manières bien connues en ingénierie pour «asseoir» le tunnel solidement dans des cas semblables.

LE VERDICT

Faux. Il existe plusieurs failles dans les environs de la pointe ouest de l’île d’Orléans, mais elles n’ont rien à voir avec la taille des pylônes qui sont plantés là, et elles ne constituent pas un défi technique particulier pour un éventuel tunnel qui passerait par là.

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: les motocyclistes paient-ils leur juste part (ou plus)?

L’affirmation

«Nous sommes quelque 200 000 motocyclistes au Québec et la SAAQ nous a annoncé récemment une nouvelle hausse de 14,7 % des tarifs, notamment dans la portion «assurance». Et nous allons en recevoir d’autres d’ici 2021. Quand on demande des explications, la réponse est que chaque catégorie de véhicules paie pour les indemnités qu’elle engendre, mais aucun chiffre à l’appui n’est jamais fourni. Est-ce vrai, ou est-ce qu’on fait les frais d’une comptabilité inventive?», demande Gilles Tremblay, de Québec.

Les faits

Au Québec, en vertu de notre système dit du no-fault, toute personne blessée dans un accident de la route est automatiquement indemnisée, qu’elle ait été responsable ou non de l’accident. L’argent de ces dédommagements provient des renouvellements annuels des permis de conduire et des «plaques». Et le tout est géré par la Société d’assurance automobile (SAAQ).

Maintenant, l’article 151 de la Loi sur l’assurance automobile oblige la SAAQ à recourir à une «expertise actuarielle» pour fixer le prix des permis, en fonction notamment du type de véhicule, et l’article 151.1 dit essentiellement la même chose pour les frais d’immatriculation, tout en précisant qu’ils doivent tenir compte du «risque d’accident rattaché au type de véhicule». Et comme ce risque est plus élevé pour les motocyclistes (on y revient tout de suite), ils doivent donc payer davantage. Cette année, renouveler son permis de conduire coûte 57 $ pour un automobiliste (sans points d’inaptitude), mais 120 $ pour un «permis de moto». De même, immatriculer une voiture coûte 66 $, mais entre 209 et 560 $ pour les motos, selon la puissance du moteur, et même 1362 $ pour certains modèles considérés «à risque».

Alors est-ce que les motocyclistes couvrent leurs frais? Ou même, est-ce qu’on leur charge trop, ainsi que le soupçonne M. Tremblay (ce qui peut se comprendre quand on voit la facture)? Comme celui-ci l’a constaté, la SAAQ ne divulgue pas volontiers ses statistiques là-dessus. On peut trouver sur son site beaucoup de projections de coûts, mais pas de chiffres sur ce que les motocyclistes ont réellement rapporté et coûté.

Devant l’insistance du Soleil, cependant, la SAAQ a accepté d’en dévoiler quelques-uns. En 2016, apparemment la dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles, les motocyclistes ont payé 131 millions $ en frais de permis et d’immatriculation, ce qui était un peu plus que les 130,5 millions $ prévus par les actuaires. Cependant, ils ont coûté 144 millions $ en indemnités. La différence de 13 millions $ est due à une «détérioration du bilan routier des motocyclistes au cours des dernières années» que plusieurs documents de la SAAQ mentionnent sans la chiffrer, notamment un rapport d’experts indépendants de 2018 (p. 13 et 33). C’est pour rembourser ce déficit de 2016 et à cause du nombre croissant d’accidents que les primes des motocyclistes augmentent maintenant.

(Précisons que lorsqu'un accident implique une voiture et une moto, la SAAQ impute la moyenne des indemnisations à chacun dans ses statistiques. Si, par exemple, l'automobiliste reçoit 10 000 $ et le motocycliste, 100 000 $, alors les statistiques de la SAAQ comptent 55 000 $ dans la catégorie «voiture» et 55 000 $ dans la catégorie «moto».)

Donc dans l’ensemble, tout indique que oui, les motocyclistes paient leur part, et juste leur part. D’aucuns feront sans doute valoir que ce sont là les chiffres que la SAAQ a bien voulu nous communiquer, et qu’elle a peut-être trié ceux qui faisaient son affaire. C’est vrai. Mais le fait est que ces statistiques sont cohérentes avec d’autres «points de données», comme on dit.

Comme le montre le tableau ci-contre, la moto vient bel et bien avec un risque accru d’accident et de blessure. Pour chaque 100 000 véhicules immatriculés au Québec, la SAAQ recense environ 30 décès chez les motocyclistes, contre 4 ou 5 chez les automobilistes (en cas de décès, les proches sont indemnisés par la SAAQ). Les motocyclistes se blessent aussi plus souvent : environ 1,5 fois plus pour les blessures légères, et près de 8 fois plus pour les blessures graves, ce qui s’explique par le fait qu’ils sont moins protégés que les automobilistes. Ces écarts correspondent grosso modo aux écarts dans le prix des permis et des «plaques», qui coûtent entre 2 et 8,5 fois plus cher pour les motos. La catégorie «à risque» coûte encore plus cher, soit, mais elle n’englobe que 4 % des motos en circulation au Québec.

Enfin, tout ceci est également cohérent avec les coûts de santé qui, bien qu’ils soient différents des indemnités d’assurance, varient eux aussi avec la gravité des blessures. Une étude parue récemment dans le Canadian Medical Association Journal a conclu qu’en Ontario, de 2007 à 2013, les soins hospitaliers des accidentés de la route ont coûté en moyenne 2995 $ par patient chez les automobilistes, et près du double (5825 $) chez les motocyclistes. En ramenant leurs chiffres sur le nombre de véhicules en circulation, les auteurs de cette étude ont conclu à un risque de blessure trois fois supérieur chez les motocyclistes, et 10 fois supérieurs pour les blessures graves.

Verdict

Vrai. Les documents et les chiffres de la SAAQ montrent que l’on facture aux motocyclistes à peu près ce qu’ils coûtent en indemnisations. Et ces chiffres sont cohérents avec les taux d’accidents routiers et les coûts de santé qui s’ensuivent.

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Des infos à vérifier?

La déclaration d'un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique «Vérification faite» prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n'aime pas les fausses nouvelles.

Vérification faite

Vérification faite: les Québécois sont les plus taxés en Amérique

L’AFFIRMATION: «On entend souvent que les Québécois seraient les plus taxés. Mais si on considère toutes les formes de taxation en plus des impôts — TPS et TVQ, taxes municipales et scolaires, sans oublier l’essence et l’alcool —, est-ce que cela reste vrai ou est-ce que ça devient une fake news?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

LES FAITS

Cela dépend du point de comparaison que l’on adopte. Toutefois, c’est généralement «les plus taxés au Canada» ou «en Amérique du Nord» que l’on entend, et, de ce point de vue, l’affirmation est factuellement exacte. Chaque année, la Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke publie un Bilan de la fiscalité au Québec, qui additionne toutes les recettes fiscales collectées dans la Belle Province par tous les ordres de gouvernement, et ce tant auprès des particuliers que des entreprises.

Dans sa dernière mouture, ce bilan montre que 155,8 milliards $ ont été prélevés en taxes diverses et en impôts en 2017 au Québec, ce qui représente 37,3 % du produit intérieur brut (PIB, soit la «taille» de notre économie). Aucune autre province n’a une fiscalité totale aussi lourde (la moyenne du reste du Canada est de 32 %), bien que la Nouvelle-Écosse s’en approche (36,2 %).

Ailleurs en Amérique du Nord, les États-Unis (27,1 %) et le Mexique (16,2 %) sont loin derrière — ou «devant», cela dépend du point de vue. Notons que la fiscalité varie d’un État à l’autre chez l’Oncle Sam, mais même dans celui qui est généralement considéré comme le plus taxé, soit New York, les taxes et impôts représentent à peine 30 % du PIB.

J’ai trouvé seulement deux sources en désaccord avec l’idée que les Québécois sont les plus taxés en Amérique. La première est une «note» de l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS, idéologiquement très orienté), qui en 2013 faisait notamment valoir qu’au Québec les ménages à faibles revenus sont moins imposés qu’ailleurs. C’est vrai, mais cette note ne considérait que l’impôt sur le revenu et certaines cotisations, et pas les autres formes de taxation.

La seconde est un texte du professeur de comptabilité de l’UQAM Léo-Paul Lauzon, affirmant qu’il faut inclure les services étatiques dans ces calculs. Si les Américains paient moins d’impôts, plaide-t-il, c’est en partie parce que leur système de santé est privé, si bien qu’il faudrait donc inclure leurs primes d’assurance privée et leurs frais de soins pour comparer des «pommes avec des pommes».

Le point n’est pas sans mérite, car il est vrai que certaines «dépenses» sont inévitables — on ne choisit pas d’envoyer ou non son enfant à l’école, par exemple —, la seule question étant de savoir si l’argent est versé au public ou à une entreprise. Mais cet argument implique aussi d’étirer la notion de taxes jusqu’à parler d’«impôts privés», comme le fait M. Lauzon, alors que les impôts ont toujours été, par définition, des sommes versées au public. Si l’on s’en tient à la définition classique, le Québec est clairement l’endroit le plus taxé en Amérique.

Par contre, cela devient moins vrai quand on élargit la comparaison. Toujours d’après le Bilan de la CFFP, 14 États européens ont une «pression fiscale» plus forte que nous, allant de l’Allemagne (37,5 % du PIB) jusqu’au Danemark (46 %) et la France (46,2 %). Précisons toutefois à cet égard que le Québec demeure quand même plus taxé que la moyenne du G7 (35,7 %) et de l’OCDE (34,2 %).

LE VERDICT

Vrai, dans la mesure où on prend le Canada ou l’Amérique du Nord comme point de comparaison, comme c’est généralement le cas. Cependant, si l’on compare le poids des taxes au Québec à celui d’ensembles économiques comme l’OCDE ou le G7, alors non, nous ne sommes pas «les plus taxés» (même si on l’est plus que la moyenne).

Vérification faite

Vérification faite: a-t-on vraiment besoin de 52 000 chauffeurs de camion au Québec?

L'AFFIRMATION

«Il circule une information voulant que le Québec aurait besoin de 52 000 chauffeurs de camion d’ici 2020. Ce chiffre est assez énorme étant donné la taille du Québec. Il y aurait environ 80 000 camionneurs présentement, alors comment peut-on arriver à un chiffre de 52 000? L’Association du camionnage du Québec (ACQ) est parfois citée comme étant la source, mais je n’ai jamais trouvé l’original», demande Nicolas Choquette, de Saint-Félix-de-Kingsey (Centre-du-Québec). Le hasard faisant drôlement les choses, il se trouve que le maire de Québec Régis Labeaume a indiqué mardi que le principal frein au déneigement est «le manque de chauffeurs». Alors voyons voir.

LES FAITS

L’ACQ est bel et bien la source de cette statistique, confirme son porte-parole Axel Rioux. Il s’agit d’une estimation qui a été faite en 2015 et qui concernait les emplois qui seraient disponibles dans cette industrie sur un horizon de 5  ans — donc la date de 2020 est la bonne.

Cependant, a précisé M. Rioux dans un échange de courriels, le chiffre de 52 000 inclut «TOUS les métiers de l’industrie», et pas seulement les camionneurs. Cela inclut par exemple les mécaniciens, les manutentionnaires, les répartiteurs, etc. Mais ce sont tout de même les conducteurs qui sont, de loin, les plus nombreux. M. Rioux souligne par ailleurs que son organisation ne représente pas les chauffeurs qui travaillent dans le déneigement, qui sont regroupés dans une autre association — des «camionneurs artisans», celle-là. En outre, ce chiffre de 2015 était basé sur des données datant de 2012.

Il demeure tout de même que tout le secteur souffre d’une pénurie de main-d’œuvre. Dans un «diagnostic» publié lui aussi en 2015, le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du transport routier (CAMO-route) prévoyait plus de 22 000 embauches pour des conducteurs avec des permis de classe 1 pour les années 2016 et 2017 — donc un rythme d’environ 10 000 par année, ce qui n’est pas très différent des chiffres de l’ACQ. Signe que l’industrie peine à retenir ses travailleurs, la moitié de ces emplois disponibles s’expliquait par le «roulement de personnel» et 14 % par les retraites.

Pas étonnant, donc que 44 % des entreprises sondées pour ce «diagnostic» ont dit avoir éprouvé des difficultés de recrutement — c’était même 86 % de celles qui comptent plus de 100 employés. «Les postes qui semblent être les plus difficiles à combler sont les postes de conducteurs/conductrices ayant un permis de classe 1 ou un permis de classe 3», lit-on dans le document.

Le monde du camionnage ne se renouvelle pas bien non plus : les 45 à 64 ans représentent 52 à 56 % des conducteurs (cela varie un peu selon le type de marchandises transportées), contre 34 à 37 % pour les 26-44 ans.

Mentionnons pour finir que le CAMO-route travaille sur un nouveau «diagnostic» avec des données plus à jour. On verra si cela change le portrait, mais la pénurie ne semble pas sur le point de se résorber. Dernier signe en date : pas plus tard qu’en janvier dernier, l’Ontario Trucking Association a lancé un appel aux gouvernements pour permettre l’embauche de camionneurs étrangers.

LE VERDICT

Plutôt vrai. Le chiffre de 52 000 embauches sur cinq ans de l’ACQ n’inclut pas que les camionneurs, mais ceux-ci sont majoritaires dans le portrait et le rythme d’environ 10 000 camionneurs par année est cohérent avec le diagnostic le plus récent de l’industrie. En outre, il est manifeste que le secteur traverse une pénurie de main-d’œuvre.

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