Sports

Vérification faite: la défense gagne les championnats?

L’affirmation «L’attaque vend des billets. La défensive gagne des championnats», a déjà dit le légendaire entraîneur de football collégial Paul Bryant. La citation a été reprise un nombre incalculable de fois depuis, au point de devenir l’un des clichés les plus usés du monde du sport. Cependant, le week-end dernier, quatre des meilleures attaques de la NFL (1re, 2e, 5e et 8e en verges gagnées) se sont qualifiées pour les demi-finales, et aucune de ces équipes ne s’est illustrée en défensive cette année (entre les 14e et 31e rangs). Alors que les deux places pour le Super Bowl se jouent ce dimanche, voyons si c’était l’exception qui confirme la règle, ou si ce vieux dicton n’a juste jamais été vrai...

Les faits

Si c’est la défensive qui «gagne des championnats», alors c’est qu’elle confère un avantage particulier pendant les éliminatoires, et les meilleures unités défensives devraient donc être surreprésentées dans les finales de conférences (les deux demi-finales). À l’inverse, si l’attaque n’est pas un ingrédient aussi important du succès dans l’après-saison, alors les meilleures offensives ne devraient pas être très présentes en demi-finale — en tout cas, moins que les «grosses» défensives.

Mais ce n’est pas ce qu’on voit. Nous avons remonté jusqu’à la saison 2002 de la NFL (la première disputée dans le format actuel à 32 équipes) et avons identifié les quatre demi-finalistes de chaque année. Nous avons ensuite noté à quel rang l’attaque et la défense de chacune de ces équipes (en verges) s’étaient classées pendant la saison régulière précédente.

Résultat : de 2002 à 2018, le «carré d’as» de la NFL avait en moyenne le rang 10,2 en attaque et 11,1 en défense. Donc dans l’ensemble, ces équipes étaient à peu près équivalentes dans les deux phases du jeu — avec même un léger penchant pour l’attaque, et non pour la défensive.

C’est en droite ligne avec d’autres analyses du même genre (en plus poussé) qui ont été faites dans le passé. En 2015, par exemple, deux chercheurs américains ont fait paraître dans la revue Perceptual and Motor Skills une étude [https ://bit.ly/2MgIrtl] montrant que, tant au football qu’au basketball, les succès à l’attaque pendant la saison régulière prédisent aussi bien que la défensive les succès à venir en séries. De la même manière, en 2012, un économiste et un journaliste du site Freakonomics [https ://bit.ly/1dWmJAi] ont examiné la question sous plusieurs angles et ont eux aussi conclu que la défensive je joue pas un rôle plus déterminant que l’attaque en éliminatoires. Parmi les nombreuses statistiques qu’ils invoquent : sur 427 matches de séries disputés lors des 45 premières années du Super Bowl, la meilleure attaque l’a emporté 62 % du temps, contre 58 % pour la meilleure défensive, ce qui est très comparable (la somme fait plus que 100 % parce qu’il y a eu des parties où la même équipe était supérieure dans les deux phases du jeu).

Bref, le but du jeu est de finir le match avec plus de points que l’adversaire, et il ne fait pas de différence que l’on y parvienne en en marquant plus ou en en concédant moins.

Cela dit, il n’est pas impossible que cette parité entre l’attaque et la défensive soit moins vraie maintenant. Dans la première moitié de notre période, de 2002 à 2010, les demi-finalistes de la NFL possédaient environ la 12e meilleure attaque de la ligue en moyenne, et la 9e meilleure défensive. Mais la NFL a ajusté ses règles et leur application depuis de manière à favoriser l’attaque (en particulier par la passe). Si bien que depuis 2011, le carré d’as du football américain se classe en moyenne au rang 8,2 en attaque, mais seulement 13,3e rang en défensive.

C’est un gros écart, mais il faut dire ici que le sous-échantillon est assez petit, si bien que ce pourrait être simplement dû au hasard.

Verdict

Pas vrai. Rien, dans l’histoire de la NFL, ne porte à croire que la défensive confère un avantage particulier dans les séries de championnats.

Vérification faite

Vérification faite: un mur «anti-drogue»?

L’AFFIRMATION: «Notre frontière sud est un pipeline pour de grandes quantités de drogues illicites, incluant la méthamphétamine, l’héroïne, la cocaïne et le fentanyl», a déclaré le président américain, Donald Trump, lors de son discours à la nation de mardi soir. M. Trump plaidait alors pour l’érection d’un mur à la frontière mexicaine afin de stopper l’entrée aux États-Unis de ce qu’il décrit comme un flot ininterrompu d’immigrants illégaux, de criminalité et de drogue. La réforme proposée par M. Trump inclut également d’autres mesures, comme l’ajout d’agents et de ressources à la frontière, mais il a décrit le mur comme «absolument critique pour la sécurité frontalière» et a indiqué que le mur se repayerait lui-même en réduisant les coûts sociaux liés à la drogue.

LES FAITS

Il ne fait aucun doute qu’une grande partie des drogues qui entrent aux États-Unis passent par la frontière mexicaine, comme M. Trump l’a dit. Il ne fait pas davantage de doute que les quantités impliquées sont impressionnantes : en date du 31 août dernier, l’Agence américaine de protection des douanes et des frontières (CBP) s’enlignait pour saisir un total (annualisé) de près de 600 tonnes de drogues diverses. Et c’est sans compter, bien sûr, les stupéfiants qui passent sans se faire prendre.

En termes de quantités, la principale drogue saisie par les services frontaliers américains est la marijuana. Les dernières données pour 2018 montrent que les patrouilles frontalières (chargées de la surveillance entre les postes frontières) en ont saisi environ 1,5 fois plus que les agents qui travaillent aux douanes elles-mêmes. De ce strict point de vue, M. Trump semble avoir raison.

Cependant, il y a de moins en moins de marijuana qui traverse la frontière mexicaine depuis quelques années, et la chute est très prononcée : près des deux tiers de moins (- 63 %) depuis 2013. Selon un rapport du Cato Institute, cela s’explique par la légalisation du cannabis dans plusieurs États américains, la production interne ayant remplacé le plus clair du trafic transfrontalier illégal.

Et pour les quatre stupéfiants nommés par le président américain lundi, c’est clairement plus par les routes et les postes frontaliers qu’ils entrent aux États-Unis, et non par les zones plus ou moins sauvages non surveillées où le mur serait construit. Toujours d’après le CPB, au 31 août dernier, les douaniers américains avaient saisi 7,5 fois plus de cocaïne que les patrouilles frontalières, 9 fois plus d’héroïne, 6,5 fois plus de méthamphétamine et 4 fois plus de fentanyl.

Cela concorde avec ce que disait en octobre dernier un rapport de la Drug Enforcement Administration (bit.ly/2KJlKNI, p. 99) : «La méthode la plus communément employée par ces [organisations criminelles transfrontalières mexicaines] implique de transporter les drogues illicites par les [points d’entrée officiels] dans des voitures ayant des compartiments cachés ou dans des camions-remorque, au milieu de marchandises légales.»

LE VERDICT

Déformant. L’idée qu’un mur nuirait au passage de la drogue n’est pas totalement dénuée de sens, puisque les trafiquants de cannabis (principal stupéfiant de cette contrebande, en poids) semblent souvent éviter les postes frontières. Mais les statistiques de saisies montrent que les autres drogues entrent très principalement par les douanes, ce qui signifie qu’un mur ne changerait pas grand-chose. Cependant, d’autres mesures proposées par M. Trump, comme l’embauche de nouveaux agents frontaliers, pourraient aider à cet égard.

Hockey

Vérification faite: une échappée, un but automatique?

L’affirmation «T’es vraiment mauvais. Bravo, tu as fait perdre la partie à tout le pays.» Le capitaine de l’équipe canadienne au Championnat mondial de hockey junior, Maxime Comtois, a été la cible de virulentes attaques sur les réseaux sociaux après avoir échoué sur un tir de punition en prolongation contre la Finlande, mercredi — le Canada a ensuite perdu le match. Le message sous-entendu dans la plupart des cas est qu’on est en droit de s’attendre à ce qu’un lancer de punition soit converti, comme si le fait de marquer était la règle en pareille circonstance. Alors voyons voir.

Les faits

Depuis la saison 2005-2006, la LNH règle les matches nuls par des tirs de barrage. Techniquement, ceux-ci ne sont pas des «lancers de punition» (accordés pendant la partie quand une faute est commise sur un joueur en échappée), mais l’exercice est le même : on laisse le joueur seul contre le gardien, le temps d’un tir. Alors cela nous donne un échantillon de plusieurs milliers de lancers pour juger si c’est vraiment la norme de compter en pareilles circonstances.

Et la réponse est non. Sur 13 380 tirs de barrage pris depuis 2005-2006 dans la LNH, seulement 4420 ont été convertis, une proportion de 33 %.

Si l’on veut vraiment comparer des pommes avec des pommes et s’en tenir strictement aux lancers de punition, le portrait ne change pas. Depuis 2005-2006, 40 attaquants de la LNH se sont vus accorder au moins 4 tirs de punition, mais ils n’ont marqué que 27 % du temps : 63 buts en 233 occasions. Pourtant, la plupart des 40 hockeyeurs sur cette liste sont ou étaient d’excellents joueurs offensifs.

Le Verdict

Non, on ne peut pas vraiment s’attendre à ce qu’un lancer de punition donne automatiquement un but. Le taux de réussite, autour de 30 %, est nettement supérieur à celui des lancers «réguliers» (9 à 10 % en général), mais il reste que les gardiens ont le dessus deux fois plus souvent que les attaquants en échappée. La norme, ce serait donc plutôt ça.

Actualités

Vérification faite sur le prix de l’essence: vous avez dit «20 ¢ de trop»?

L’AFFIRMATION: «Les automobilistes québécois paient depuis des années un prix beaucoup plus élevé à la pompe, entre 15 à 20 ¢ de trop, en raison d’un calcul erroné de la Régie de l’énergie», affirmaient les médias de Québecor plus tôt ce mois-ci. L’affaire a eu un grand retentissement. Le premier ministre François Legault s’est dit «très choqué» et son ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, a indiqué qu’il allait demander à la Régie de l’énergie de corriger son erreur le plus rapidement possible. Alors voyons voir s’il y avait bien une erreur — et qui l’a commise.

LES FAITS

La Régie de l’énergie calcule chaque jour une sorte de prix de référence, qui se veut une estimation du prix auquel les stations-service achètent l’essence et de ses composantes (taxes, matières premières, coût du raffinage, marges, etc.). Ce n’est pas la Régie qui fixe les prix, notons-le, mais bien le marché. Ses calculs ne servent qu’à donner une idée de ce à quoi devrait ressembler (en principe et approximativement) un prix à la pompe raisonnable.

Actualités

Vérification faite: alors, contraignant ou pas, ce «pacte» sur les migrations?

L’affirmation: «On dit 46 fois dans le texte [du Pacte de Marrakech sur les migrations] : “Nous nous engageons à...” Ça, ce n’est pas non contraignant», a dit André Sirois, avocat auprès de l’ONU et ancien conseiller juridique de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, sur les ondes de QUB cette semaine. À ses yeux, le Pacte «impose aux pays qui acceptent déjà des migrants […] d’en faire plus pour les immigrants» et pourrait «forcer le Canada à accepter toute la misère du monde». Les propos de Me Sirois ont été rapportés sur toutes les tribunes de Québecor. Il a aussi signé des lettres ouvertes dans Le Devoir et dans La Presse, en plus d’accorder une entrevue à Radio-Canada. Alors, voyons si sa lecture des choses est partagée par d’autres juristes, ou si les médias québécois ont donné une très grande place à une interprétation marginale.

Les faits

Le Pacte de Marrakech, qui doit en principe être adopté la semaine prochaine à l’assemblée générale de l’ONU, est décrit par ses défenseurs comme étant «non contraignant» pour les États signataires — ce qui signifie qu’un gouvernement qui en dérogerait ne ferait face à aucune conséquence. Et le fait est que le texte lui-même est explicite à cet égard. Son paragraphe 7 indique qu’il «établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant», et son paragraphe 15c «réaffirme le droit souverain des États de définir leurs politiques migratoires nationales».

Tous les juristes consultés par Le Soleil — Stéphane Beaulac, de l’Université de Montréal, ainsi que Charles-Emmanuel Côté et Julia Grignon, de l’Université Laval — s’entendent sur ce point. Le fait que ses signataires «s’engagent» à diverses choses ne rend pas le texte plus contraignant, assure Mme Grignon, car «il y a plein d’autres documents et résolutions de l’ONU où les États se disent “préoccupés” et “résolus à agir”, mais ça ne les rend pas contraignants pour autant».

Les traités comme des accords de libre-échange, et les conventions, comme la Convention de Genève, viennent avec des contraintes pour les États signataires. Le Pacte sur les migrations ne sera rien de plus qu’une résolution de l’ONU — et ces résolutions ne sont pas contraignantes.

Cela dit, nuance tout de même M. Beaulac, cela ne veut pas dire «que le Pacte ne peut pas avoir d’impact juridique sur le droit interne, y compris au Canada et au Québec. [...] Un fonctionnaire et, ultimement, un ou une juge pourrait se référer au Pacte afin d’aider à résoudre un problème lié à l’interprétation et l’application de la loi et/ou réglementation de droit interne; dans ce cas, le Pacte constituerait un élément «pertinent et persuasif» dans la considération du dossier en droit interne».

Ainsi, dit M. Beaulac, «les engagements pris par le Canada dans ce document [en l’occurrence, donner accès aux services de base, prévu à l’objectif 15 du Pacte] pourraient devenir pertinents en droit interne, par rapport à [un] dossier précis […tel que] une question relative à un migrant illégal ou demandeur d’asile [par exemple avoir droit ou non aux garderies subventionnées au Québec, pendant l’étude de son dossier]».

Ses collègues de l’Université Laval en conviennent, mais tous deux soulignent que l’effet, s’il y en a un, ne pourra pas être grand. Un juge ne pourrait s’appuyer sur le Pacte de Marrakech que s’il doit interpréter une loi — dans les cas où la loi est déjà claire, le Pacte ne pourrait avoir aucune influence, dit M. Côté. En outre, les tribunaux resteront libres de s’inspirer ou non de ce document, rien ne les y obligera. «Alors au final, ce sont des effets qui sont assez faibles, je dirais», résume M. Côté.

Celui-ci estime enfin que les propos de Me Sirois sont «un peu charriés», alors que sa collègue Grignon en qualifie certains passages de carrément «grotesques». «C’est une contre-vérité grave de laisser penser à la population qu’on va se faire envahir à cause de ce Pacte», dénonce-t-elle.

Le Verdict

Faux. Même si le Pacte de Marrakech pourra avoir une influence potentielle sur le droit canadien, il faudra pour cela qu’un juge canadien décide de s’y référer (sans y être obligé), et il ne pourra le faire que dans les cas où la loi n’est pas claire (ce qui n’arrive pas si souvent). Il faudrait étirer passablement la notion de contrainte pour voir là-dedans les clefs qui forceraient l’ouverture des frontières canadiennes.

Auto

Vérification faite : Combien d’électricité pour un litre d’essence?

L’affirmation: Notre chronique «Science au quotidien» de lundi dernier a fait beaucoup réagir. Nous y répondions à la question d’un lecteur qui voulait savoir combien d’électricité il faudrait pour alimenter le parc automobile du Québec si nous passions tous au tout-électrique demain matin. En mettant les choses au pire, nous calculions que cela représenterait environ un huitième de la production totale d’Hydro-Québec — ce qui est beaucoup, mais quand même assez facilement gérable. De nombreux lecteurs nous ont ensuite écrit pour nous dire que nous avions oublié de compter l’électricité qu’il faut dépenser pour extraire le pétrole, le raffiner et transporter l’essence. Certains ont avancé le chiffre de 2 kilowatts-heure par litre de carburant, d’autres 4 kwh/l et même 6 ou 7 kwh/l. Les uns parlaient uniquement du raffinage, les autres de l’ensemble de la chaîne. Mais l’idée était toujours la même : l’électricité épargnée en abandonnant le pétrole compenserait presque entièrement la consommation des voitures électriques. C’est d’ailleurs là une thèse qui court depuis longtemps sur les réseaux sociaux, alors il vaut la peine d’y regarder de plus près.

Les faits

L’origine de cette croyance, parce qu’il semble bien que ce soit surtout cela, remonterait à un tweet du fondateur de Tesla, l’homme d’affaires Elon Musk, selon une brève enquête menée en 2011 par le Council on Foreign Relations (CFR, https://on.cfr.org/2BEIwDk). Le hic, c’est que les 6 kwh/l dont parlait alors
M. Musk référaient aux dépenses totales en énergie (et pas seulement en électricité) de l’industrie pétrolière et des raffineries.

Et les chiffres donnent raison au CFR. En 2006, d’après des données gouvernementales américaines (https://bit.ly/2rdnaXO), les raffineries américaines ont dépensé un grand total de 1 million de kWh pour raffiner 15 millions de barils de pétrole par jour — un peu moins de la moitié de ce volume finissait en carburant. Mais l’électricité représente seulement 15 % de cette énergie, le plus clair était des combustibles fossiles que l’industrie fait brûler. Finalement, cela fait 0,4 kWh/l pour le raffinage.

Même si l’on tient compte de tout le «cycle de vie» de l’essence, la facture d’électricité reste faible. D’après un rapport de la Commission européenne paru en 2013, pour chaque baril de pétrole qui sort du sol, on doit «sacrifier» environ 20 % de son énergie pour l’extraire du sol, le transporter, le raffiner et, enfin, distribuer le carburant. Cela représente environ 4 kwh par litre d’essence, mais le plus clair (environ 16 % sur les 20) de cette énergie est dépensée lors de l’extraction et du raffinage, soit des étapes où l’industrie tire très principalement son énergie des hydrocarbures (pour la machinerie, pour chauffer le pétrole lors du raffinage, etc.), et non de l’électricité.

Le Verdict

Faux. Entre le moment où l’on sort le pétrole du sol et celui où l’automobiliste fait le plein, il y a bel et bien quelques kwh qui sont dépensés pour chaque litre d’essence produite, mais ce sont presque entièrement des combustibles fossiles, et non de l’électricité, qui fournissent cette énergie. Ça peut faire un argument de plus pour l’auto électrique, mais c’est une autre histoire...

Environnement

Gazoduc: pas de bénéfice environnemental?

L'AFFIRMATION: «Si [le gaz canadien] vient remplacer en Europe, par exemple, des machines ou des usines qui fonctionnent avec du charbon ou du mazout, là, il peut y avoir un gain net en matière de GES [gaz à effet de serre, ndlr] qui peut être intéressant», a déclaré récemment le député péquiste Sylvain Gaudreault à l’agence QMI (Quebecor), en réaction à l’annonce d’un projet de gazoduc qui traverserait l’Abitibi pour amener du gaz naturel des Prairies jusqu’à une future usine de liquéfaction, au Saguenay. Dès le lendemain, cependant, Le Devoir citait «des experts» disant que les bénéfices environnementaux «seront pratiquement nuls». Alors voyons voir…

LES FAITS

Le gaz naturel est principalement constitué de méthane (CH4). Comme il y a moins d’atomes de carbone dans le méthane que dans d’autres combustibles fossiles, en particulier le charbon, le gaz naturel émet environ deux fois moins de CO2, principal responsable du réchauffement climatique, lorsqu’on le brûle. D’après des chiffres du GIEC, pour chaque kilowatt-heure d’électricité produite, une centrale au gaz émet l’équivalent de 370 grammes de CO2, contre 760 g/kWh pour une centrale au charbon. À cause de cela, le gaz naturel est souvent décrit comme un «pas dans la bonne direction» : il faudra éventuellement s’en passer parce qu’il pollue mais, en attendant, il permet de réaliser des gains environnementaux s’il remplace le charbon.

Monde

Vérification faite: Trump confond météo et climat

PARIS - Le président américain Donald Trump a (évidemment) profité du froid exceptionnel de la semaine dernière pour remettre en question l’existence du réchauffement climatique. Il se trompe.

TRUMP: «Il n’a jamais fait aussi froid lors de la parade de l’Action de grâce à New York. C’est une des Actions de grâce les plus froides jamais vues!» (Sur Twitter, jeudi)

Actualités

Vérification faite: Alexandre Bissonnette, un «prisonnier politique» ?

L’affirmation: «Le FLQ à l’époque, quand ils ont tué Pierre Laporte, c’était clairement une organisation terroriste, violente et criminelle. Ils se sont retrouvés en prison, et on a dit que c’étaient des prisonniers politiques. […] Même Amnistie internationale explique la différence sur son site : un prisonnier d’opinion et un prisonnier politique, ce n’est pas la même chose. Un prisonnier d’opinion, c’est quelqu’un comme Raïf Badawi, ce blogueur en Arabie Saoudite qui a été enfermé parce qu’il est critique d’un régime totalitaire. […] Un prisonnier politique, c’est quelqu’un qui a commis des crimes. Et c’est ce qu’Alexandre Bissonnette a fait, il a tué du monde. […] C’est quelqu’un qui a des idées, qui des opinions, qui cible un groupe en particulier et qui passe à l’action», a déclaré cette semaine l’animateur du FM 93 Éric Duhaime.

Les faits

M. Duhaime avait tenu des propos semblables la semaine dernière, en commentant le cas d’une enseignante de la région de Montréal qui a perdu son emploi pour des propos xénophobes et qui avait elle aussi qualifié Alexandre Bissonnette de «prisonnier politique». Notons qu’il a insisté sur le fait que peu importe l’étiquette retenue, cela ne diminuait en rien à ses yeux la gravité de la tuerie de la mosquée. Mais l’affaire a eu des répercussions assez grandes sur les réseaux sociaux, alors voyons voir...

Le site d’Amnistie internationale (AI) fait effectivement une distinction entre les prisonniers «politiques» et «d’opinion» [https ://bit.ly/2FbxlGj], et il est vrai que le cas Badawi cadrerait plutôt bien dans cette dernière catégorie : «personne emprisonnée non pour avoir agi, mais pour avoir simplement exprimé ses opinions ou convictions.» Cependant, la définition de «prisonnier politique» d’AI diffère passablement de ce que M. Duhaime a donnée en onde : «personne emprisonnée pour des motifs politiques, c’est-à-dire pour s’être opposé par des actions [violentes ou non] au pouvoir en place.»

À l’extrême limite, on pourrait faire entrer le FLQ dans cette «case» en faisant comme si le souverainisme québécois était une forme d’opposition au «pouvoir en place» à Ottawa, mais ce serait déjà étirer la définition pour la peine. Il est cependant évident qu’Alexandre Bissonnette ne visait aucunement le «pouvoir en place» quand il a abattu 6 personnes en plus d’en blesser 8 autres à la mosquée de Québec.

De manière générale, il existe un certain flou sur ce qui constitue un «prisonnier politique» ou «d’opinion» — on encore «de conscience». Mais la grande majorité des définitions impliquent une opposition au régime ou au pouvoir en place. Certaines sources, comme l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, précisent même explicitement que «les personnes privées de liberté individuelle pour des crimes terroristes ne seront pas considérées comme des prisonniers politiques» (https ://bit.ly/2HlVEgU).

Enfin, notons que M. Duhaime cite également le Secrétariat d’État américain comme l’endroit où il a pris sa définition de «prisonnier politique». Nous n’avons pas trouvé de définition formelle sur le site de ce ministère, mais cette idée d’opposition au régime est clairement présente dans les Rapports par pays sur les pratiques en matière de droits humains consultés par Le Soleil. 

Par exemple, celui sur Cuba cite une liste de l’Union patriotique de Cuba qui comprend 54 personnes «emprisonnées parce qu’elles ont participé à des protestations pacifiques et des assemblées, ou ont défié le gouvernement de quelque autre manière» (https ://bit.ly/2DigcJ6, p. 5).

Verdict

Faux. On peut certainement voir une motivation politique derrière l’attentat de la mosquée de Québec, mais cela ne fait pas d’Alexandre Bissonnette un prisonnier politique pour autant. Cette notion implique presque toujours une opposition au régime en place, chose qui était absente dans la tuerie de janvier 2017.

Actualités

Vérification faite: consommation à la hausse au Colorado depuis 2014?

VÉRIFICATION FAITE
  • L'AFFIRMATION

La légalisation du cannabis a-t-elle fait augmenter la consommation au Colorado, où cette drogue est en vente libre depuis janvier 2014? Depuis quelques jours, on voit un peu de tout dans les médias et sur les réseaux sociaux : certains brandissent des études montrant qu’il ne se fume pas plus de marijuana dans cet État américain maintenant, alors que d’autres avancent des statistiques qui disent le contraire. Voyons voir.