St-Jérôme entendant les trompettes du Jugement dernier, peint par Jacques-Louis David en 1779

Vente du «Saint Jérôme»: Rome pourrait devoir trancher

Peu importe à quelle institution muséale le tableau «Saint Jérôme entendant la trompette du jugement dernier» sera vendu, les plus hautes instances de l’Église catholique devraient avoir la décision finale quant au sort de la toile du peintre néoclassique Jacques-Louis David que tente de vendre la Fabrique Notre-Dame de Québec.

«En fait, peu importe à quel musée nous vendons, c’est l’évêque qui aura le dernier mot, et je dirais même que pour une vente aussi importante, ça doit aller jusqu’à Rome», a déclaré au Soleil Mgr Denis Bélanger, curé de la paroisse Notre-Dame de Québec, à propos de l’œuvre évaluée 6,2 millions $ canadiens. Le dossier, qui fait déjà beaucoup jaser au Canada, rebondira donc fort probablement au Vatican avant de connaître sa conclusion.

Mgr Bélanger avoue qu’il n’aurait jamais pensé que la mise en vente de l’œuvre, qui avait été donnée à la Fabrique dans les années 1930 par les sœurs Geneviève et Henriette Cramail, déclencherait une telle controverse. Le Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, tente de vendre La tour Eiffel de Marc Chagall pour acheter l’œuvre de David, mais le Musée de la civilisation de Québec a blâmé l’institution ontarienne de ne l’avoir jamais contacté à ce sujet alors qu’il détenait un droit de premier refus sur l’œuvre du peintre français en vertu d’une convention de dépôt ratifiée avec la Fabrique.

«On ne s’attendait pas à une réaction aussi prononcée. Actuellement, la controverse est très forte et on veut qu’elle trouve sa solution. Nous sommes en contact avec les gens qui veulent avoir le tableau. Nous ne sommes pas contre le fait qu’il demeure au Québec, mais nous ne pouvions pas ne pas l’offrir à Ottawa puisque le Musée des beaux-arts du Canada l’a exposé durant 18 ans. Le Musée de la civilisation en a la garde, bien sûr, mais il ne l’a jamais exposé», résume-t-il.

Le prêtre indique d’ailleurs avoir proposé l’œuvre au Musée national des beaux-arts du Québec et au Musée des beaux-arts de Mont­réal. «Dans les deux cas, on parle d’un intérêt mesuré et d’offres timides. Je comprends qu’ils n’ont pas les fonds nécessaires pour faire l’achat de cette œuvre. Ça nous a amenés à aller voir à l’international, histoire d’avoir une idée de la valeur de l’œuvre et on a vu un vif intérêt à l’international. Par contre, je le répète, on n’a jamais demandé de certificat d’exportation.»

Mgr Bélanger n’a aucun problème avec le droit de premier refus du Musée de la civilisation, mais précise qu’il n’avait pas l’impression que l’institution allait l’invoquer. «C’est bien correct qu’ils aient ce droit, ils prennent soin de nos affaires. Cependant, au départ, je n’avais pas l’impression que le Musée de la civilisation allait y tenir parce que ce n’est pas un musée des beaux-arts.»

Fonds de stabilisation

Pour la Fabrique, la vente du tableau servirait à alimenter un fonds de stabilisation qu’elle est en train de créer pour assurer à travers les décennies et les siècles l’avenir de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec et de l’église Notre-Dame-des-Victoires.

«On voudrait que ce fonds atteigne 10 millions $ et qu’il produise chaque année environ 150 000 $, histoire de couvrir les opérations courantes des églises, notamment le maintien d’un minimum de personnel. N’oublions pas que ces deux églises dépassent le million de visiteurs par année et que cet été, ce sera un défi d’ouvrir Notre-Dame-des-Victoires au moins trois jours par semaine en raison de la perte d’une subvention de Patrimoine Canada», indique le curé. 

Ce dernier a par ailleurs tenu à rassurer la population à l’effet que la Fabrique n’avait pas l’intention de vendre des tableaux qui sont exposés dans ses églises, notamment le tableau de Théophile Hamel qui avait été présenté à l’exposition universelle de Paris en 1867. «Il est hors de question de prendre des images dans l’église pour les vendre», a-t-il assuré en terminant.