Camelot pour le magazine La Quête, Jonathan Galy a été épaulé dans son travail par une recrue d'un jour, soit David Fillion, le commandant du poste de police du centre-ville.

Vendre La Quête avec un commandant de la police

Jonathan Galy est arrivé un peu en retard au rendez-vous, s'est laissé désirer. Il faut dire qu'il n'a pas l'habitude de venir le midi; il préfère l'affluence de l'heure de pointe du soir. Il faut aussi dire que le commandant du poste de police du centre-ville l'attendait de pied ferme!
Depuis deux ans, Jonathan Galy est camelot pour le magazine La Quête. Vous savez, cette publication outil de réinsertion sociale qui offre une alternative à la mendicité, une expérience de travail.
Jeudi donc, Jonathan Galy sortait de sa zone de confort. Il était bien à son spot habituel pour vendre ses copies; devant l'épicerie du coin boulevard Charest - rue Saint-Dominique, dans Saint-Roch. Mais, nouveauté, il devait former une recrue, lui montrer comment présenter son produit pour l'écouler.
Et sa recrue était en uniforme policier. Enquêteur, commandant du poste de l'arrondissement La Cité-Limoilou, David Fillion aussi sortait de sa zone de confort. Même s'il a bâti sa carrière dans les quartiers centraux, vendre La Quête sur le trottoir n'est pas dans sa définition de tâches.
Jonathan d'expliquer qu'il est difficile de trouver preneur : «C'est assez aléatoire. Ça dépend des journées, ça dépend de l'humeur du monde, ça dépend de la température...»
D'ajouter qu'il aimerait être moins pris de haut par les passants. «C'est à la mode de s'installer dans un quartier populaire. [...] Il y a à peu près une personne sur cinq qui va te dire bonjour. Au moins qu'ils soient un peu plus courtois. Ça n'a jamais tué personne un sourire, et de dire bonjour. Moi je ne demande rien. Je salue les gens et c'est tout. Je ne suis pas achalant.»
Promesses non tenues
Le policier Fillion de constater que certains promettent d'acheter une copie, mais ressortent par une autre porte après leur épicerie. Que d'autres ne les regardent même pas.
Et que de plus en plus de gens ne trimballent plus de monnaie, ce qui rend ardue la vente de La Quête à 4 $ - «La rue est beaucoup moins payante depuis le plastique», confirme d'ailleurs Jonathan.
«Je pensais qu'avec un uniforme, ça allait vendre un petit peu plus», observe le commandant. «Présentement ça vend, mais pas beaucoup. On comprend un peu les difficultés de ces gens-là, et on voit la réaction des gens face à eux. C'est touchant.»
Mais Jonathan Galy et ses collègues camelots ont une idée pour augmenter leurs revenus. Pour l'instant, ils ne peuvent vendre que sur le trottoir. Ils aimeraient avoir accès à des bâtiments publics également : la mairie, l'Assemblée nationale, les centres commerciaux... Et pourquoi pas le poste de police? lance Jonathan.
Certain que le projet de La Quête «remet des gens en action», David Fillion annonce que les policiers ne barreront pas la route aux camelots.
Reste toutefois à convaincre les élus, les entreprises, à leur ouvrir leurs portes.
Voilà qui permettrait à un plus grand nombre de personnes vulnérables de se lancer en affaires, poursuit Diane Morin, directrice générale de l'Archipel d'entraide, organisme à la tête de La Quête. Car le magazine, c'est du sérieux. «Les camelots, on a l'habitude de dire qu'ils sont en "business". Ils achètent le journal. Ils l'achètent 2 $ et ils le revendent dans la rue; le prix suggéré c'est 4 $.»
Jeudi, Jonathan Galy a donc sensibilisé le commandant Fillion. Et trois autres camelots ont fait de même avec des politiciens municipaux et nationaux. Reste à voir si ces assistants d'un jour ont écouté.