Valorisation des déchets: cible ambitieuse de 82% pour Québec

La Ville de Québec se donne pour objectif de valoriser 82% des déchets des citoyens d’ici 10 ans. C’est beaucoup plus que les 55% actuellement recyclés et compostés et même plus que la cible de 70% établie par le gouvernement du Québec. «Ça sera pas facile», prévient le maire Régis Labeaume.

L’administration municipale a dévoilé mardi sa Vision 2018-2028 pour une saine gestion des matières résiduelles. Elle est assortie d’un premier plan de mise en œuvre de cinq ans avec des actions précises et un budget de 36 millions $.

La future usine de biométhanisation, qui accueillera les boues de l’usine de traitement des eaux usées dès 2021 et les déchets de table à partir de 2022, comptera pour beaucoup dans cette amélioration, a confirmé Suzanne Verreault, membre du comité exécutif responsable des dossiers d’environnement.

Les autres actions vont dans plusieurs directions, de l’ajout d’équipements de tri dans les écoles, les bâtiments municipaux et les édifices multilogements à la construction de nouveaux écocentres en passant par le soutien des organismes luttant contre le gaspillage alimentaire et l’ajout de collectes d’encombrants dans les quartiers denses. Les grands événements devront prévoir du recyclage pour être subventionnés. Dans les rues, des corbeilles de recyclage feront leur apparition à côté des poubelles. Elles seront installées dans le Vieux-Québec d’abord, puis dans les quartiers centraux. 

Et au-dessus de tout ça, de grandes campagnes de sensibilisation sur des grands thèmes — comme le gaspillage alimentaire, la réduction à la source et l’herbicyclage, par exemple — afin d’«accompagner» la population dans le changement. «On ne laissera jamais le citoyen seul. Il y a une bonne partie d’investissement qui va aller en communication, en accompagnement, en éducation», a insisté Mme Verreault.

«Je pense que ce sera pas facile, j’en suis convaincu. […] Ça va prendre beaucoup de conscientisation et en même temps, il faut faire le maximum pour faciliter la vie des gens», a renchéri le maire Labeaume. Il a donné l’exemple des résidus alimentaires, qui seront mis directement dans le bac de déchets. Les sacs, de couleurs distinctives et distribués gratuitement par la Ville, seront ensuite triés au Centre de récupération de la matière organique (CRMO).

Le maire de Québec n’a pas caché que la cible de valorisation à 82%, sans équivalent au Québec selon les dires de ses fonctionnaires, est ambitieuse. Il a d’ailleurs confessé qu’il avait dû être convaincu de son bien-fondé.

À plusieurs reprises au cours de la conférence de presse tenue à l’hôtel de ville, il a été dit que la production de déchets doit devenir difficile, coûteuse. M. Labeaume a toutefois spécifié que la tarification serait réservée aux industries, commerces et institutions, qui paient déjà pour disposer de leurs déchets. «J’exclus totalement, tant que j’y serai, de tarifer les matières résiduelles chez les citoyens, le résidentiel», a martelé le politicien. Sa collègue conseillère municipale venait tout juste de l’évoquer pour «le futur».

«Contre l'enfouissement»

L’administration Labeaume a également réitéré qu’elle n’allait pas fermer son incinérateur car elle est «contre l’enfouissement». L’équipement municipal est en cours de modernisation actuellement et devrait être de moins en moins utilisé à mesure que les matières résiduelles seront valorisées.

Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale, a applaudi la nouvelle vision présentée par la Ville de Québec. «[Dans le passé], on avançait trop lentement dans la gestion des matières résiduelles et on n’a pas mis les efforts nécessaires. Là, je pense qu’on prend ça de plus en plus au sérieux. On est extrêmement contents de l’ensemble des mesures qui sont dans le plan d’action. Toutes les clés qu’on espérait y voir y sont. Il y a une équipe extrêmement compétente à la Ville, il faut juste leur donner les moyens», a-t-il commenté.

M. Turgeon est d’accord pour donner la priorité à la sensibilisation. «Ce sont les mêmes individus qui recyclent mal à la maison, qui recyclent mal au bureau. Il y a une job à faire en continu», dit-il.

À noter que le maire Labeaume a refusé de répondre aux questions des journalistes sur d’autres sujets. «Je ne veux pas de side show», a-t-il laissé tomber au lendemain du remaniement de son comité exécutif après que son bras droit Jonatan Julien eut quitté Équipe Labeaume. 

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LE «FAR WEST» DANS LA RÉCUPÉRATION DE VÊTEMENTS

Les citoyens sont invités à faire preuve de vigilance au moment de déposer leurs vieux vêtements dans les cloches.

La Ville de Québec veut faire le ménage dans les bacs de récupération de vêtements qui sont installés un peu partout sur le territoire afin que seuls les organismes de bienfaisance régionaux profitent des surplus des citoyens.

«Présentement, c’est le far west, les cloches de récupération de textiles. Il y a des gens qui se lèvent, des commerces, et pendant la nuit, il y a une cloche installée dans leur stationnement. Les profits vont dans des endroits plus ou moins connus, obscurs, et ne sont pas réinjectés nécessairement dans le milieu de Québec. On veut s’assurer que ces cloches soient contrôlées et que ça serve nos gens les plus défavorisés», a expliqué Mathieu Fournier, conseiller en environnement à la Ville de Québec, lors du dévoilement de la Vision 2018-2028 pour une saine gestion des matières résiduelles.

Le plan d’action prévoit l’ajout de bacs de récupération dans tous les écocentres. Une réglementation municipale devrait suivre en 2019 afin de contrôler l’installation et la gestion des cloches de récupération de textiles. Dans certaines villes du Québec, comme Sherbrooke par exemple, des permis sont requis et il faut demander la permission au propriétaire du terrain où sont recueillis les dons de vêtements. 

«La Ville de Québec reconnaît toute une série d’organismes qui montrent patte blanche pour leurs finances et leurs actions dans la communauté. Probablement que ça va être dans cette optique» de favoriser les bons joueurs locaux au détriment des inconnus de l’extérieur, a précisé M. Fournier, sous l’œil approbateur du maire Régis Labeaume. 

Yvan Drouin, gérant de l’Armée du Salut à Québec, confirme que plusieurs bacs d’au moins trois organismes extérieurs sont apparus dans les rues de la capitale au cours des dernières années. Son organisation a testé les numéros de téléphone inscrits dessus et s’est butée à des répondeurs. «On ne sait pas où ça s’en va», dit-il. 

M. Drouin affirme que les dons de vêtements sont en baisse dans les organismes de la région. Ils ont d’ailleurs demandé à la Ville de Québec d’intervenir. En attendant, les citoyens sont invités à faire preuve de vigilance au moment de déposer leurs vieux vêtements dans les cloches. «On aide avec ce qu’on a, mais si on s’en fait enlever, on aide moins», résume le gérant de l’Armée du Salut.