Une équipe de chercheurs de l'université de Kyoto (ouest), conduite par Haruhisa Inoue, est parvenue à prolonger de 8% environ la durée de vie d'une souris atteinte de SLA par transplantation de progéniteurs neuronaux riches en protéines gliales.

Utilisation d'animaux en recherche: chair à labos

Ils sont des millions au Canada. Seulement au Québec, on en dénombre plusieurs centaines de milliers chaque année. Dans les locaux des compagnies de recherche médicale et pharmaceutique, mais aussi dans des ministères gouvernementaux, des hôpitaux, des universités et, même, dans certains collèges; les animaux de laboratoire sont très répandus. Quelques surprises en perspective.
Les animaux sont largement utilisés dans les laboratoires scientifiques canadiens. Les contingents des poissons, des rats et des souris sont certes fort bien représentés parmi les quelque 3,3 millions de bêtes soumises aux expérimentations chaque année. Mais on y retrouve aussi des milliers de chiens, de chats et de «primates non humains», a constaté Le Soleil. Le Québec est d'ailleurs un grand champion de l'utilisation de singes.
Il y avait donc environ 3 333 689 animaux dans les laboratoires du pays en 2011, selon les plus récentes données offertes par le Conseil canadien de protection des animaux (CCPA). À peu près le même décompte que les années précédentes.
Aucune loi ne contraint toutefois les scientifiques à dévoiler leurs travaux au CCPA. Cette «autorité morale» recevrait néanmoins les infos de la majorité des établissements hébergeant des cobayes puisque sa certification est exigée par les subventionnaires, note le directeur général, le Dr Norman Willis. Pas de tampon officiel, pas d'argent public. Là où l'argent est privé, pas d'obligation de transparence.
Du lot de bêtes au service des chercheurs, plus ou moins 20 %, 25 % se trouvent au Québec, avons-nous calculé. Certaines grosses espèces sont cependant surreprésentées en nos terres. Ainsi, au cours des dernières années, entre 70 % et 90 % des quelques milliers de «primates non humains» recensés dans les labos d'un océan à l'autre logeaient chez nous; entre 3200 et 4500 singes par an sont installés dans les officines de la Belle Province. Un autre exemple : pour les chiens, on oscille entre 45 % et 60 %.
Plus des trois quarts des cobayes sont toutefois bien plus petits. Au sommet du palmarès trônent les très populaires poissons zébrés, talonnés par les souris. Oui, oui, des petits poissons remplacent les animaux plus gros autrefois plus présents dans les centres de recherche.
Peu importe l'espèce en cause, la pratique soulève l'ire des groupes de défense des animaux qui militent pour la prohibition (voir texte à la page suivante). Les percées technologiques devraient permettre de développer des traitements ou de tester de nouveaux produits sans confiner les cobayes dans les labos où ils souffrent, selon eux.
Une fortune à construire
«On ne doit pas s'inquiéter. En 2014 [...], on ne peut pas utiliser des animaux inutilement en quantité qu'on désire», rétorque le Dr Gilles Demers, directeur des évaluations pour le CCPA. Les accréditations des labos, c'est son équipe qui les délivre.
Une animalerie de labo qui répond aux normes «coûte une fortune à construire», fait valoir cet ancien président de l'International Council for Laboratory Animal Science (ICLAS). «Il n'y a pas un humain qui va à l'hôpital au Québec qui est bien traité comme un animal de laboratoire. [...] Les endroits où les animaux sont les plus maltraités, c'est dans les petshops et dans les SPCA. Il n'y a aucun animal qui est gardé là dans des conditions acceptables pour la recherche.» Espèces mélangées, bêtes stressées, cages inadéquates, odeurs... «Vous ne verrez jamais ça dans une animalerie de recherche», jure le Dr Demers.
Et les chercheurs sont surveillés, même quand son équipe d'inspecteurs quitte les lieux, soutient-il. Chaque établissement doit constituer un comité de protection des animaux auquel siègent des membres de la communauté.
«[Un laboratoire], ce n'est pas un environnement idéal parce qu'on voudrait tous que les animaux ne soient plus utilisés en recherche», laisse-t-il pourtant tomber. «Mais le problème, c'est que ce n'est pas possible. Pour le moment, en tout cas.»
Avant que vous montiez au créneau, voire aux barricades, le Dr Jean Gosselin insiste également pour vous rassurer : «Les animaux sont très, très bien traités.» Il est directeur du Département de médecine moléculaire de l'Université Laval. Il est aussi professeur et président du Comité de gestion des animaleries du centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. Et il cumule une vaste expérience avec les souris.
Alors, Dr Gosselin, ils souffrent les animaux de labo? «Non, vraiment pas. Les animaux sont tout à fait bien traités. [...] Les normes sont très, très strictes.» Des comités de surveillance sont à l'oeuvre dans tous les établissements possédant une animalerie et des vétérinaires soignent les bêtes, explique-t-il. À la fin de l'expérimentation, c'est encore les vétérinaires qui s'occupent de les endormir : «Tous les animaux sont par la suite euthanasiés.» Chaque semaine, les «cadavres» quittent vers l'incinérateur.
Aussi, plaide-t-il, la pratique serait essentielle. Santé Canada et la Food and Drug Administration exigent qu'on injecte les nouvelles molécules supposées être thérapeutiques aux bêtes avant de les administrer aux humains. Il ajoute que sans cette étape animalière, le boulot des scientifiques serait beaucoup plus complexe, ralenti de plusieurs années.
Quoi qu'il en soit, dans les animaleries scientifiques, il y en a pour tous les goûts : des amphibiens, des rongeurs de toutes sortes, des reptiles, des animaux de ferme, des lapins, des toutous errants récupérés, des oiseaux, des furets, des porcs miniatures...
Emplacements secrets
Où logent-ils? «[Au Canada], il y a 171 institutions certifiées par nous pour utiliser des animaux», inventorie le Dr Norman Willis, du CCPA. La liste publiée n'est pas complète, plusieurs préférant ne pas s'exposer à l'opprobre populaire. À la lecture, on apprend tout de même que, chez nous, beaucoup sont installés dans la métropole et ses couronnes. Tout simplement parce qu'entreprises pharmaceutiques, centres hospitaliers et institutions d'enseignement y sont plus nombreux. Mais, de la Gaspésie à l'Abitibi-Témiscamingue, s'il y a un centre de santé d'envergure, une université ou un cégep offrant des formations impliquant des bêtes, pariez qu'une des bâtisses héberge une animalerie.
Le CCPA ne dévoile toutefois pas les emplacements exacts. Pourquoi? À cause de la controverse entourant l'usage d'animaux en recherche? «En effet, ils en sont pleinement conscients.» En 2012, il y a d'ailleurs eu des incidents à l'Université de la Colombie-Britannique.
Le Dr Willis a lui-même travaillé dans les labos avec de grands animaux, des cochons, des vaches, des poulets. Il cherchait des cures, expérimentait des traitements. Il convient qu'il y a «place à l'amélioration». Le CCPA promeut d'ailleurs les méthodes de recherche alternatives, la réduction du nombre d'animaux dans les labos et le raffinement des méthodes d'élevage et d'expérimentation afin de diminuer la douleur et la détresse.
Ancien président de l'Organisation mondiale de la santé animale, aujourd'hui à la tête du CCPA, Norman Willis invite les citoyens à contacter son organisation pour soumettre leurs commentaires. Il espère trouver un équilibre entre les scientifiques et les critiques.
**********************
«Des procédures éprouvantes et souvent meurtrières»
«La vérité, c'est que derrière les portes fermées, des milliers de chiens et de chats, les mêmes que nos animaux de compagnie, sont soumis à des procédures éprouvantes et souvent meurtrières.»
La Humane Society International est en guerre. Par courriel, on nous a transmis un commentaire abrasif imputé au directeur de la recherche et de la toxicité du groupe de défense des animaux, Troy Seidle. Il en remet une couche : «Des centaines de singes, très intelligents, souffrent physiquement et mentalement, et de nombreuses expérimentations invasives sont réalisées sur plus d'un million de lapins, cochons d'Inde, hamsters et autres rongeurs. Ces animaux ne sont pas simplement des statistiques.»
M. Seidle pense que les chercheurs, que les gouvernements, manquent le bateau : «Il est temps d'investir dans de nouvelles techniques non animales avancées, dans le but d'accélérer le progrès médical. Le Canada devrait être le chef de file de cette recherche à la pointe de l'innovation.»
À la Fondation Fauna, on milite également pour la fin progressive de la recherche scientifique sur les animaux. «Même si les animaux non humains ne réagissent pas de la même façon que les humains à une substance, nous continuons à utiliser les animaux parce que c'est une tradition, parce que les tests sur les animaux sont une industrie énorme qui rapporte beaucoup d'argent, et parce qu'on n'investit pas assez dans les alternatives aux modèles animaux», lit-on dans le site Web.
Dernier refuge
Chargé de projet de l'organisme, Mario Dugas nuance : «C'est sûr que ça prend [des animaux] pour faire des expériences, mais au minimum. C'est ce que l'on souhaite.» Le sujet est émotif pour lui. Il bosse au refuge de Fauna, à Carignan, où logent des bêtes «maltraitées» dont, justement, plusieurs retraités des laboratoires. «Au Canada, on est le seul sanctuaire.»
Nombre de pensionnaires proviennent des États-Unis, dont un babouin olive habitué de la transfusion à répétition, des chimpanzés soit séropositifs, soit spécialistes de la langue des signes, deux macaques sortis d'une recherche sur la cécité... «On a déjà sauvé des chiens aussi de laboratoires.»
«On en prend soin jusqu'à la fin de leurs jours. C'est pour leur donner du bon temps parce que ce sont des singes qui ont été anesthésiés 150, 200, 250 fois... C'est comme un centre d'accueil pour les animaux âgés qui finissent leurs jours ici en toute quiétude.»
Mario Dugas invite les gouvernements à serrer la vis aux compagnies pharmaceutiques et autres organismes subventionnaires qui financent la recherche sur les animaux au Canada, surtout sur les primates non humains. Tous devraient minimalement être obligés de verser l'argent nécessaire aux soins de fin de vie en refuge pour leurs cobayes, réclame-t-il. «Ça coûte tellement cher.»
***************
Animaux transgéniques
«Les modèles animaux ont beaucoup, beaucoup évolué au cours des 15, 20, dernières années. Surtout par l'apparition d'animaux modifiés génétiquement», observe le directeur des évaluations du Conseil canadien de protection des animaux, le Dr Gilles Demers. «Parce que maintenant, quand on veut étudier une maladie [...], on peut se créer des modèles animaux. La plupart des maladies connues maintenant, on a créé des animaux, on a modifié leur génétique, pour leur donner ces maladies-là. Et comme ces animaux sont reproduits sur les mêmes lignées génétiques, on peut faire des études sur des animaux qui sont équivalents et identiques au niveau génétique. On a raffiné tellement les modèles animaux, qu'on a réussi à créer des animaux identiques. Donc, des animaux identiques, à qui on donne un virus identique, devraient normalement donner des résultats identiques.» Rats qui développent des tumeurs, souris atteintes d'une tare neurodégénérative... On est loin des tests des années 60 effectués sur les chiens errants, dit-il. Restent les débats éthiques : et le bien-être des animaux? Et s'ils s'échappent dans la nature ? Et si cela permettait de modifier le génome humain?