Guy Ouellette témoignait jeudi au palais de justice de Québec.

UPAC: Ouellette se dissocie des fuites

Le député libéral Guy Ouellette nie toute responsabilité directe ou indirecte dans les fuites d’éléments de preuves provenant d’enquêtes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et assure qu’il ne connaît pas la source des coulages aux journalistes.

Salle comble jeudi après-midi pour le témoignage fort attendu de M. Ouellette au palais de justice de Québec. Il a été assigné par les avocats de la défense, qui tentent de mettre fin aux procédures contre l’ex-vice-première ministre Nathalie Normandeau, l’ancien vice-président de Roche Marc-Yvan Côté et quatre coaccusés en raison de la publication de preuves qui les priveraient d’un procès juste et équitable.

Le député de Chomedey a témoigné d’une voix faible pendant un peu moins d’une heure, le dos tourné à la salle, sans jamais regarder les avocats qui lui posaient des questions. 

Après avoir décrit son parcours de policier et de politicien, M. Ouellette s’est fait poser les questions que tout le monde attendait par l’avocat de Marc-Yvan Côté, Me Jacques Larochelle. Ce dernier a dû s’y prendre à quelques reprises pour trouver une formulation qui respectait le privilège parlementaire. 

«Est-ce que d’une façon ou d’une autre vous portez une part de responsabilité dans la diffusion dans les médias, les journaux d’informations confidentielles provenant d’enquêtes de l’UPAC?» a demandé Me Larochelle. Non, a répondu le député Ouellette, qui plus tard dira même qu’il n’a «aucun intérêt dans les enquêtes policières», mais plutôt dans les façons de faire de l’organisation. 

«Est-ce que vous savez qui est responsable?» a poursuivi l’avocat. Non, a de nouveau répondu le politicien. 

De la même façon, il dit ignorer qui est ce «Pierre» qui a tenté de couler un CD de la preuve dans le dossier Normandeau-Côté au journaliste Louis Lacroix.

M. Ouellette est ensuite revenu sur son arrestation le 25 octobre. Il a raconté comment il avait été retenu pendant presque six heures, de 14h30 à 20h15, par les policiers qui voulaient l’interroger. Lui-même n’a pas prononcé le moindre mot. 

Affirmations de Zambito

Le député a aussi dû répondre à des questions sur les affirmations de Lino Zambito. M. Ouellette a ainsi confirmé avoir discuté des personnes intéressées au poste de commissaire de l’UPAC, dont Denis Gallant, mais sur la base d’un article paru dans La Presse et non parce qu’il avait vu la «short list» des candidatures. 

Questionné à savoir s’il avait dit à M. Zambito que le renouvellement du mandat du commissaire Robert Lafrenière avait été forcé par le premier ministre à cause de l’arrestation de Nathalie Normandeau, le député a d’abord dit : «Je ne crois pas que c’est dans les mots que vous l’avez mentionné». 

Invité à préciser les bons mots, il a répliqué : «Je ne pense pas qu’on ait eu des discussions à cet égard là».

Talonné encore une fois, M. Ouellette a fini par dire qu’il n’avait pas eu de discussions «ni de près ni de loin» là-dessus avec M. Zambito. 

Idem pour les états d’âme du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, lors de la nomination. 

Me Justin Tremblay, procureur de la Couronne, a fait confirmer par M. Ouellette qu’il avait parlé à Richard Despaties, ex-policier et employé civil congédié de l’UPAC l’an dernier, du climat de travail à l’intérieur du corps de police. Le privilège parlementaire a été invoqué pour empêcher les questions sur la façon dont les deux sont entrés en contact. Rappelons que c’est le téléphone cellulaire de M. Despaties qui a été utilisé pour «appâter» Guy Ouellette le jour de son arrestation. 

Le député de Chomedey a été invité à dire s’il pensait que Robert Lafrenière était l’homme de la situation pour diriger l’UPAC. Il a tourné autour du pot, parlant de son mandat de président de la Commission des institutions de l’Assemblée nationale qui s’intéressait au climat de travail et à la façon de gérer la boîte. «Pour obtenir un résultat maximal, le climat de travail est pas idéal», a-t-il fini par dire. 

En fin de journée, des notes de l’enquêteur Michel Comeau, qui a produit un rapport sur les fuites à l’UPAC, ont été dévoilées. Elles ont été prises après une rencontre avec Guy Ouellette, une «très bonne connaissance», en juillet 2016. 

On peut y lire qu’il «ne croit pas que le parti protège Nathalie Normandeau» et qu’Anne-Frédérick Laurence, directrice des communications de l’UPAC, pourrait faire du coulage «au profit de Robert Lafrenière». À côté du mot «Couillard», une flèche et ce mot : «naïf». «Jean-Louis [Dufresne, alors chef de cabinet] décide tout mais dernier mot Couillard», peut-on lire encore. 

M. Comeau a dû expliquer à la défense pourquoi ces notes ne se retrouvaient pas dans son rapport final. «Quand j’ai rencontré M. Ouellette, il m’a demandé de garder ça sous le couvert de l’anonymat», a répondu l’enquêteur, qui considérait de surcroît que le témoignage était «contaminé» du fait qu’il y avait eu plusieurs partages avec Lino Zambito et qu’«on pouvait percevoir que M. Ouellette et M. Lafrenière, c’est pas nécessairement l’amour».

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«L'AMBIANCE EST POURRITE À L'UPAC»

Le climat de travail malsain qui règne à l’UPAC explique les fuites de renseignements policiers aux médias, ont fait valoir jeudi un policier et un enquêteur civil qui nient être à l’origine de ces fuites même s’ils sont considérés comme les principaux suspects.

Les employés de l’UPAC Stéphane Bonhomme et Richard Despaties — suspendu dans le premier cas, congédié dans l’autre — ont été visés par des perquisitions le 25 octobre, en même temps que le député libéral Guy Ouellette.

Richard Despaties avait un message à lancer au juge André Perreault en ce jeudi matin : «L’ambiance est pourrite [sic]» à l’UPAC. Il a dénoncé des «concours pipés», des postes comblés par les amis du commissaire Robert Lafrenière. Il a rapporté le dépôt de nombreuses plaintes de harcèlement psychologique, des partys de Noël de moins en moins populaires, des départs massifs de secrétaires et d’enquêteurs. 

M. Despaties n’a pas hésité à dire que le commissaire «ment» quand il assure que ça va bien à l’interne. 

Avant lui, Stéphane Bonhomme a aussi assimilé à la «frustration au niveau du plancher» les fuites dans les récentes enquêtes à saveur politique. Talonné par la Couronne, il a dû reconnaître qu’il avait des griefs contre un de ses supérieurs pour manque d’assiduité. Il a également fait circuler une caricature de YGreck représentant le commissaire Lafrenière en tortue disant «Ça… s’en… vient!». Le policier trouvait «rigolo» de voir le grand patron ainsi représenté. 

Les deux hommes ont convenu que les renseignements policiers n’étaient pas faits pour être partagés. Ils ont toutefois constaté «comme tout le monde» qu’il y avait des fuites et que ça ne pouvait venir que de l’intérieur. 

M. Bonhomme a donné comme exemple le fait que des journalistes se trouvaient sur les lieux des perquisitions en même temps que les policiers. M. Despatie a constaté cela lui-même le 25 octobre quand les journalistes ont filmé sa maison en cours de perquisition. «Ça fuite de partout», a-t-il conclu ce jour-là. 

Les deux employés de l’UPAC ont assuré qu’ils n’avaient pas mis la main sur de la preuve informatique ou papier pour la redistribuer et qu’ils n’étaient pas le fameux «Pierre» qui a offert de distribuer la preuve de la cause Normandeau-Côté. 

M. Bonhomme a aussi nié que des documents et un disque dur de l’UPAC avaient été retrouvés à sa demeure, même si tant la défense que la Couronne avaient des questions très précises à ce sujet. 

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UNE PATRONNE AUX AGUETS

«Surveille ton homme, il semble pas filer.» L’homme, c’est Mathieu Venne, l’enquêteur principal au dossier Normandeau-Côté. Le conseil a été prodigué à sa chef d’équipe, Geneviève Leclerc, après les arrestations en mars 2016. L’enquêteur Venne était alors souvent au bord des larmes et considérait Nathalie Normandeau comme une «victime». 

Interrogée jeudi, Mme Leclerc a expliqué pourquoi M. Venne est soupçonné d’être à la source des fuites aux médias : il n’en parlait jamais même si c’était son dossier, il poussait pour que l’enquête sur le libéral Sam Hamad soit relancée, il était à Québec quand le fameux «Pierre» a voulu y rencontrer le journaliste Louis Lacroix. 

Mme Leclerc a également témoigné que son équipe n’avait pas réalisé avant la dernière minute que les arrestations tombaient le jour du budget provincial. Son choix aurait été de réaliser l’opération le vendredi, mais il en aurait coûté trop cher de temps supplémentaire puisque les policiers travaillent quatre jours par semaine. 

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COUILLARD À LA DÉFENSE DE LAFRENIÈRE

Le premier ministre Philippe Couillard a refusé jeudi de commenter tout ce qui a été mentionné devant la cour ces derniers jours. Il a toutefois réitéré sa confiance en Robert Lafrenière, grand patron de l’UPAC, et a soutenu qu’il avait pris lui-même la décision de lui confier un deuxième mandat en 2016, était donné que l’UPAC était un organisme relativement jeune. «Le critère principal était un critère de continuité. J’ai pas l’intention d’entrer dans les détails de qui a dit quoi, à qui, comment, parce qu’ultimement, c’est ma décision», a-t-il lancé aux journalistes. Patricia Cloutier