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Désarroi, frustration et découragement chez les restaurateurs à la veille d’une troisième fermeture.
Désarroi, frustration et découragement chez les restaurateurs à la veille d’une troisième fermeture.

Une troisième fermeture des restaurants impossible? Et pourtant...

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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Les frigos sont pleins, les commandes de Pâques sont envoyées, les horaires sont faits et ça déborde de réservations pour le congé. Désarroi, frustration et découragement chez les restaurateurs à la veille d’une troisième fermeture.

«C’est dramatique ce qui nous arrive», lâche François Michaud, copropriétaire du restaurant Le Graffiti de l’avenue Cartier.  

Ils l’ont tous dit lors de la réouverture au retour de la relâche : si le gouvernement venait à exiger une troisième fermeture, ce serait «la catastrophe». Pourtant, nous y voilà.  

«On est enragés. Notre personnel pense sérieusement à changer de métier. On annule toutes nos réservations. C’est ridicule. Ils sont en train de nous tuer. C’est un manque de respect face à des gens qui font du bien. On a comme principe de créer de l’emploi, faire de l’argent, faire faire de l’argent et de donner du plaisir à une société qui en a besoin», exprime M. Michaud.  

«C’est dramatique ce qui nous arrive», lâche François Michaud, copropriétaire du restaurant Le Graffiti de l’avenue Cartier.  

Les réservations s’accumulaient mercredi pour les dernières heures d’ouverture du Graffiti. Les fidèles clients souhaitent en profiter pendant qu’ils le peuvent, mais veulent surtout se montrer solidaires. 

«Pourquoi on continue à faire ça? On se pose sérieusement la question… Bien sûr qu’on est tous découragés. Bien sûr que j’ai plus de busboy, plus de plongeurs. Ils ont foutu par terre une industrie. Ils n’étaient pas visionnaires. Ils ont pourtant plein de bons exemples à copier. On est les seuls qui ouvrent, ferment, ouvrent, ferment», ajoute le restaurateur. Il en avait beaucoup sur le cœur. 

Ne lui parlez pas de son moral, il est bas. M. Michaud avait peine à contenir ses émotions devant le travail de gestion qu’une telle décision entraîne. «Il faut vraiment manquer de clairvoyance et de jugement», termine-t-il, entre deux coups de téléphone.  

Sur le terrain 

Martin Parrot, copropriétaire de la brasserie artisanale Griendel dans Saint-Sauveur, n’a pas mâché ses mots devant cette annonce surprise du gouvernement.  

«C’est de la marde. Ça n’a pas de bon sens», souffle-t-il lorsque joint par Le Soleil.  

Le copropriétaire du Griendel, Martin Parrot reproche au premier ministre un manque de connaissance du milieu. 

Lui et quelques autres restaurateurs discutaient la semaine dernière. Ils se disaient à la blague que ce serait renversant que les restos ferment une troisième fois, juste après quelques semaines d’opération.   

«On se disait qu’ils ne pourraient jamais nous faire ça, ce serait complètement ridicule.» 

Mercredi soir, ils ne riaient plus. «C’est le témoignage d’un manque de jugement réel. Il y a un manque de transparence, mon impression est qu’il y a beaucoup d’improvisation», confie Martin Parrot.  

Le propriétaire du Griendel reproche au premier ministre un manque de connaissance du milieu. Le comble pour les restaurateurs est que tout doit fermer avec seulement 24 heures d’avis. 

«Ça paraît qu’e François Legault n’a pas les deux pieds sur le terrain. Comme si c’était facile pour tout le monde de se revirer sur un dix cennes. Ça nous met un stress incroyable sur les épaules. Ça n’a absolument aucun bon sens. Qu’est-ce que je fais avec mon stock, avec mes employés? Je trouve ça très fâchant et désolant», ajoute Martin Parrot.   

Les quelques mots du premier ministre sur le financement sont loin de consoler les acteurs du milieu. «Ce n’est pas vrai que c’est facile les compensations financières. C’est ultra complexe et mal faite. Les programmes sont compliqués et l’argent n’arrive pas», déplore aussi M. Parrot.  

Sortie «thérapeutique»

Il y avait beaucoup de sourires dans le restaurant Montego de l’avenue Maguire, mercredi soir. Les couples et les familles profitaient d’une dernière soirée à l’extérieur de la maison.  

Charles-Antoine Authier, copropriétaire du Montego

«On a prôné souvent le fait qu’il fallait qu’on prenne notre temps avant d’ouvrir, à la place d’ouvrir puis de fermer de nouveau. Le plus dur, ce sont mes employés. Le gouvernement ne peut pas jouer au ping-pong avec la vie des gens et l’assurance chômage. Probablement que ça va décourager beaucoup de gens de choisir la restauration», croit Charles-Antoine Authier, copropriétaire du Montego.  

«Ils disent qu’ils vont nous aider financièrement, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on a acheté, on ferme juste avant Pâques. Il faut trouver des solutions pour vider ça», ajoute-t-il.  

Les clients disaient tous la même chose en visitant le restaurant mercredi : c’est n’importe quoi. «Ils nous regardent presque avec pitié. En plus, 10 jours pour le gouvernement Legault, ça peut être 2-3 mois.» 

M. Authier insiste pour dire que les sorties des derniers jours ont fait du bien, même «thérapeutique» pour certains. Les clients en arrière de lui acquiesçaient de la tête.  

«Juste entendre le bruit, le monde autour d’eux, c’est un bon sentiment. [Le premier ministre] ne voit peut-être pas l’impact positif que ça fait. On parle de santé mentale… alors voilà. Ce sont des petites choses comme ça qui peuvent aider», termine-t-il. 

Désarroi, frustration et découragement chez les restaurateurs à la veille d’une troisième fermeture.

Comment aider les restaurateurs? Les commandes en ligne. Les restaurants doivent vider leur frigo. Plus ils auront de demandes, moins ils perdront les provisions déjà achetées.  

La compassion de leur fidèle clientèle fait du bien. Sauf que cette fois, la pente sera réellement très dure à remonter. La configuration et la mécanique des restaurants coûtent souvent trop cher pour garder un restaurant en vie seulement avec le takeout.  

Ce qu’ils en disent… 

«On ne peut faire autrement qu’être dévastés, c’était le scénario le plus redouté et ça arrive, à la veille du congé du Pâques. C’est un coup très dur pour le moral», souffle François Meunier, porte-parole de l’Association des restaurateurs (ARQ). 

«On nous dit dix jours, mais est-ce que ce sera vraiment ça? C’est sûr qu’on est inquiets de l’impact pour la rétention de notre main-d’œuvre. Il y aura des conséquences très graves pour beaucoup d’exploitants», redoute-t-il. 

«François Legault parle tout le temps des aides financières, mais ça reste difficile. Une troisième fermeture, c’est encore pire, chaque fois c’est plus difficile. Ça crée des inquiétudes chez les employés. On a déjà de la misère à les garder, ça chasse ceux qui restent», exprime Renaud Poulin, président de la Corporation des propriétaires de bars, brasseries et tavernes du Québec. 

«On sent un vent de découragement qui augmente continuellement… Pour certains, c’est final, ils rouvriront plus. On voyait le bout du tunnel avec les vaccins, mais c’est comme un tunnel sans fin», ajoute-t-il.