La rentrée scolaire risque d’être encore plus éprouvante pour les élèves qui présentent un trouble du spectre de l’autisme.
La rentrée scolaire risque d’être encore plus éprouvante pour les élèves qui présentent un trouble du spectre de l’autisme.

Une rentrée scolaire qui risque d’être éprouvante pour les élèves autistes

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
Si la rentrée scolaire contient son lot d’inconnus et de stress pour n’importe quel élève, le défi est décuplé pour les enfants et les adolescents qui présentent un trouble du spectre de l’autisme (TSA), d’autant plus en situation de pandémie. Pour diminuer l’anxiété de ces élèves, la préparation est essentielle. À un peu plus d’une semaine de la rentrée, comment peuvent-ils se préparer, alors qu’ils n’ont obtenu aucune information sur son déroulement?

C’est la situation vécue par une mère de famille de Rimouski qui a fait part de son inquiétude sur sa page Facebook. Julie Adams-Fournier déplore que le plan du ministère de l’Éducation ne tienne pas compte de l’impact psychologique de cette rentrée remplie de changements sur les élèves en difficulté. «C’est inquiétant de voir que le système ne semble pas ou peu se préoccuper de ses citoyens vulnérables, écrit-elle dans un véritable cri du coeur. Notre société n’est pas inclusive. Nous en avons malheureusement un bel exemple. Que fera-t-on de ces élèves qui vivent déjà difficilement le changement? La routine et la stabilité sont primordiales pour leur bien-être et leur capacité de fonctionnement. Le moindre changement peut prendre des jours, voire des semaines à se mettre en place. Parfois, on n’y parvient tout simplement jamais. C’est ça, leur quotidien, leur réalité.»

Manque d’information

Cette mère de deux adolescents neuro-atypiques se sent oubliée. «On a zéro nouvelle, dénonce-t-elle en entrevue pour Le Soleil. Ce n’est pas facile! J’ai un enfant qui demande beaucoup de préparation. Pour une nouvelle année scolaire normale, son temps d’adaptation est d’un mois. C’est un défi. Il faut qu’on le prépare et ça nous prend des réponses. On est à une semaine de la rentrée et on ne sait rien! On est comme dans un trou, un genre de tourbillon. Comme personne n’a l’air d’avoir les informations, tout le monde pellète par en-avant!» 

Lors des rentrées précédentes, elle disposait d’avance des informations sur leur déroulement. «On avait une rentrée individualisée. On se rendait à l’école une journée ou deux avant pour prendre connaissance de l’environnement. L’année passée, il y avait un changement d’école. On avait rencontré la TES [technicienne en éducation spécialisée] pour qu’à la première journée, il y ait déjà du repérage qui ait été fait.»

Julie Adams-Fournier se demande aussi comment un enfant autiste arrivera à utiliser les stratégies visant à décoder les expressions du visage si les enseignants et les intervenants portent le couvre-visage. Il s’agit, à son avis, d’un obstacle additionnel.

Casse-tête supplémentaire

Cette rentrée représente un casse-tête supplémentaire pour Julie Adams-Fournier puisque depuis janvier, l’anxiété de son fils de 15 ans était telle qu’il lui devenait pratiquement impossible de fréquenter l’école. «On réussissait à l’envoyer à l’école deux jours par semaine», raconte la maman de l’adolescent qui présente un trouble du spectre de l’autisme combiné à un trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et à un trouble anxieux.

Avant la suspension des cours causée par la pandémie, la famille prévoyait une scolarisation à la maison avec un certain nombre d’heures de cours dispensées par un enseignant. «J’ai travaillé fort de mars à juin pour réussir à avoir une rencontre. En juin, on a eu une rencontre avec l’orthopédagogue. À ce moment-là, c’était encore le plan. Là, ce n’est plus ça. Il faudrait qu’il aille à l’école.»

L’autre option qui s’offre à la mère de famille est de scolariser elle-même son fils à la maison. «Je travaille et je suis à mon compte. Je ne veux pas en arriver à ça! Il y a un système qui est là et il est supposé y avoir des mécanismes pour réussir à le scolariser.»

Du côté de sa fille de 12 ans qui a «un diagnostic de douance avec dyslexie, dysorthographie, dyspraxie et TDAH» nouvellement inscrite dans un programme sports-études, «on ne sait pas encore comment ça va se passer». «Tout ce qu’on sait, c’est parce que je me suis connectée à une rencontre extraordinaire du conseil d’établissement sur Zoom, raconte Mme Adams-Fournier. Là, ils ont présenté la grille-horaire et un peu le fonctionnement de l’école. Mais, pas plus que ça.» Elle a aussi appris qu’il n’y aurait plus de services de récupération sur l’heure du dîner ni de reprises d’examens. La maman n’a pas non plus obtenu de réponse à sa question sur la transition de l’enseignement en classe vers la formation à distance en situation de fermeture d’une classe causée par un cas positif à la COVID-19. 

Julie Adams-Fournier a demandé à l’intervenante du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et TSA (CRDI-TSA) de marteler auprès de l’orthopédagogue afin d’obtenir des informations. «L’orthopédagogue nous a envoyé un petit mot pour nous dire qu’elle était revenue de vacances et que ça ne servait à rien qu’on se rencontre parce qu’elle n’avait pas de détails. Je lui ai répondu que si on attend d’avoir tous les détails, on n’avancera jamais! On la sent complètement démunie. On sent qu’elle voudrait bien nous donner les réponses, mais elle ne les a pas.»

Sensibilisation

Lundi, Autisme de l’Est-du-Québec (ADEQ) a fait parvenir une lettre aux centres de services scolaires et aux écoles de son territoire afin de les sensibiliser au stress et à l’anxiété que vivent les parents d’élèves autistes et afin d’offrir sa collaboration. «On a reçu plusieurs appels de parents inquiets par rapport à la rentrée scolaire, confirme la directrice générale, Nancy Renaud. Ils n’ont pas d’information. C’est difficile pour eux. Ils sont dans le néant! Ils ne peuvent pas se préparer ni préparer leur jeune. Ils comprennent que l’information vient au compte-gouttes, mais ils aimeraient faire partie des réflexions. Ils ne veulent pas tout chambouler, ils veulent juste être pris en considération.» Selon elle, certains se demandent s’il ne vaudrait pas mieux garder leur enfant à la maison afin qu’il reçoive un enseignement à distance. 

Pour Nancy Renaud, cette missive ne poursuit pas un objectif accusateur. «On comprend très bien qu’on est tous dans le même bateau. C’est une rentrée et une année qui sont particulières pour tout le monde. Je pense que c’est en travaillant et en discutant ensemble que les choses vont s’améliorer et qu’on va trouver des solutions.» Parmi celles-ci, la directrice de l’organisme propose de retarder la rentrée scolaire des élèves qui présentent un TSA tant et aussi longtemps que l’information ne sera pas disponible.

«Ce qui est particulier, c’est que d’un centre de services scolaires à un autre et d’une école à une autre, c’est différent, s’étonne Mme Renaud. Les services offerts ne se font pas de la même façon. Ce que plusieurs parents nous ont dit, c’est qu’ils avaient une prérentrée avant la rentrée scolaire, où leur enfant était invité à rencontrer son professeur, à aller voir ses locaux. Souvent, la planification de l’automne était faite lors d’une rencontre en juin. Mais, la rencontre a été annulée et ils n’ont reçu aucune information pour la rentrée scolaire de la semaine prochaine.»

Une clientèle oubliée

L’ADEQ déplore qu’il n’y ait pas de plan mis de l’avant pour les enfants vulnérables dont les capacités d’adaptation et d’apprentissage sont limitées. «La rentrée scolaire est déjà un moment difficile pour plusieurs parents et enfants TSA, signale la dirigeante de l’organisme. Chaque année, c’est la même affaire : ça se passe mal, ce n’est pas agréable. Là, on tombe dans une année scolaire qui ne ressemblera pas aux autres. On sait que les routines sont super importantes. Les parents ont l’impression qu’on ne s’est pas préoccupés d’eux. On s’est occupés de la masse générale qui vit un stress, mais qui a une capacité d’adaptation qui va lui permettre de passer au travers.» 

Avec l’augmentation possible des besoins particuliers d’autres enfants qui accuseront des retards causés par la pandémie, certains parents d’enfants autistes se demandent s’ils pourront compter sur les mêmes services qu’auparavant, selon Mme Renaud. «Pour eux, c’est déjà une bataille au quotidien d’avoir des services! Ils se demandent si les services vont suivre, s’ils vont être accompagnés.»